MarcoPolette

Anne-Marie en Chine

Dans lequel Marcopolette joue à la maîtresse

Aujourd’hui, leçon de chinois, et pas de rouspétance !



- Si vous aussi êtes de ceux pour qui les caractères chinois « sont du chinois »,



- si, à la rigueur, vous voulez bien « apprendre la langue » - c’est-à-dire le sens des mots et leur prononciation, mais pas les quelque 3000 signes nécessaires pour déchiffrer un journal,



- si conséquemment, vous vous demandez s’il n’y aurait pas un moyen « simple » - c’est-à-dire occidental – de pouvoir lire un texte à haute voix en recourant à des caractères plus familiers,



eh bien oui, ce moyen existe ! Les caractères chinois peuvent être transcrits dans ceux que nous connaissons ! Ça a même un nom, ça s’appelle le « pinyin ».



Exemple : au lieu des 2 caractères, pour nous énigmatiques, qui désignent la Chine, l’un étant « Milieu » et l’autre « Pays » (la Chine étant l’« Empire du Milieu », du milieu du monde s’entend), le pinyin, sous réserve de règles de prononciation pas toujours évidentes, nous permet de lire sans effort : « zhong guo ».



De même, la France est désignée par les deux caractères qui signifient « Pays des Lois » ou « fa guo », moins en hommage à Montesquieu, semble-t-il, qu’à cause de la prononciation chinoise de la première syllabe (le « r » est escamoté).



Mézalor mézalor, direz-vous, keskil zattande pour généraliser toussa ???



L’exemple ci-dessous va vous le dire tout de suite. Pour bien le comprendre, il faut se souvenir aussi que tous les mots chinois sont composés d’une seule syllabe, mais qui se « chante » (et bien sûr s’écrit) différemment selon le sens. On dit qu’il y a 4 « tons », figurés par des signes qui affectent la voyelle concernée, selon qu’elle doit se prononcer haut perchée, en montant la voix, en descendant, ou en descendant pour remonter aussitôt. Ce qui donne souvent à la langue parlée ce caractère « miaulé » dont on s’amuse quand on est petit (après, il arrive qu’on apprenne VRAIMENT le chinois et tout ce qui va avec…).






Et si l'on abandonnait les caractères chinois pour le pinyin? Délaisser les caractères chinois au profit du seul pinyin simplifierait-il vraiment la vie? Voici ce que deviendrait l'histoire du poète Shi, qui avait fait vœu de manger 10 lions.



Texte original :



施氏食狮史



石室诗士施氏,嗜狮,誓食十狮。施氏时时适市视狮。十时,适十狮适市。是时,适施氏适 市。氏视是十狮,恃矢势,使是十狮逝世。氏拾是十狮尸,适石室。石室湿,氏使侍拭石室。 石室拭,氏始试食是十狮尸。食时,始识是十狮尸,实十石狮尸。试释是事。



试释是事!

Version pinyin :



shī shì shí shī shǐ



shí shì shī shì shī shì shì shī shì shí shí shī shī shì shí shí shì shì shì shī shí shí shì shí shī shì shì shì shí shì shī shì shì shì shì shì shì shí shī shì shǐ shì shǐ shì shí shī shì shì shì shí shì shí shī shī shì shí shì shí shì shī shì shǐ shì shì shí shì shí shì shì shì shǐ shì shí shì shí shī shī shí shí shǐ shí shì shí shī shī shí shí shí shī shī shì shì shì shì



shì shì shì shì




Traduction française :



Histoire du poète Shi qui mangea dix lions



Dans sa maison de pierre, le poète Shi qui aimait le lion, jura qu'il en pouvait manger dix. Il se rendit ainsi régulièrement en ville à la recherche de lions. Un jour à 10 heures, 10 lions arrivèrent au marché. Par chance Shi s'y trouvait également. Après les avoir observés, de ses flèches il les tua tous les 10, puis ramena les corps à la maison de pierre. Il trouva les murs humides et chargea le domestique de les essuyer. Les murs secs, Shi se mit à goûter les 10 lions. Alors qu'il mangeait, il se rendit compte que ces 10 lions étaient en fait 10 lions de pierre. Essayez donc d'expliquer cela!



(Source : site « Chine Nouvelle »)





Et puisque vous avez été bien sages, voici la photo d’un des champignons de schtroumpfs kaki que l’on trouve disséminés un peu partout sur les pelouses du campus, et qui sont en fait, je le rappelle, des haut-parleurs chargés de diffuser des infos, des polkas au ralenti pour signaler la fin des cours, ou même de la musique douce sans objectif précis, « juste pour détendre », m’a-t-on dit.




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La semaine prochaine sera vraiment une semaine de détente, « la semaine dorée », fériée pour tous les Chinois, le premier octobre étant la Fête Nationale (avènement du communisme). Il paraît que « la moitié du pays » (soit les six cent millions de Chinois que chantait Dutronc, et dont le nombre a doublé depuis !) se retrouvera à Hangzhou, ville touristique !!! Exagération bien sûr (j’espère), mais s’il vaut mieux éviter le Lac et ses environs j’ai déjà le projet d’aller au Musée de la peinture et de la calligraphie chinoises avec une étudiante en architecture (« Camille ») qui apprend le français et a offert de me guider avec son amie « Jenny ».



Il paraît qu’il fait très froid dans nos contrées. Ici, la chaleur est encore telle qu’on a l’impression que l’air est épais. Ross (le collègue australien envoyé ici tout spécialement par mon ange gardien) ne sort jamais de la salle des profs sans avoir d’abord placé sur ses cheveux blancs son chapeau de jardinier, un paille à larges bords orné de fleurs roses et vertes brodées au raphia. Il n’est pas rare de voir l’un ou l’autre étudiant s’endormir sur une table, tandis que l’enseignant(e) continue vaillamment son dur métier malgré la sueur qui lui dégouline sans arrêt dans les yeux. Oui, la fraîcheur d’un musée et la présence de ces deux jeunes filles feront vraiment partie d’une « semaine dorée » !



En attendant, bon week-end à vous tous, et n’oubliez pas votre petite laine!


Poètes, poèmes

Samedi dernier avait lieu une petite fête pour le lancement du n° 3 de « Mouse », la revue poétique du campus créée il y a deux ans par Robert Berold, mon prédécesseur sud-africain (je dis mon prédécesseur parce qu’il avait été recruté par le même poète et dans les mêmes conditions que moi, lors d’un festival de poésie), et Lan Tian, autrement dit Ciel Bleu, autrement dit le premier émissaire en Chine de mon ange gardien (Hello Kitty, la lampe bleue, le joli foulard, etc., tout ça c’était lui).

Eh bien, cette fois ce fut une très belle après-midi, malgré les torrents de pluie qui augmentaient encore la peur de ne pas trouver l’adresse – mais Ciel Bleu avait tout prévu, y compris de faire son numéro sur mon portable tout neuf et de le passer au chauffeur de taxi pour qu’il puisse le guider (un authentique ange gardien, je vous dis !). Les lectures avaient lieu dans un quartier très éloigné du centre, un quartier tout neuf (encore un), tellement neuf que la librairie où se tenaient les lectures semble avoir surgi de nulle part, toute blanche et transparente parmi ses livres, encore inconnue de la plupart des futurs clients qu’elle espère, « quand le pont sera construit » : un pont qui devrait la relier bientôt à l’un des campus.

La fête avait lieu à l’étage – un seul étage, une vraie curiosité dans ce pays ! – un vaste salon meublé de fauteuils confortables et de petites tables, avec un large bar. Gâteaux et boissons sur une grande table à l’écart.

Les étudiants se sont relayés pour lire la plupart des poèmes qui figuraient dans la revue – les leurs ou bien ceux d’auteurs absents ce jour-là. En anglais (traductions ou dans l’original) ou en chinois (idem). Malgré quelques naïvetés inévitables, l’ensemble était excellent. Après chaque texte, on pouvait faire des commentaires, poser des questions. J’avais envoyé un texte inédit déjà ancien, que j’avais écrit directement en anglais un jour que je surveillais un examen à la fac, après qu’une étudiante m’eut demandé un supplément de papier brouillon : elle était si peu jolie, elle avait si peu de charme que j’avais cru me voir en une sorte de miroir de Blanche-Neige (celui qui dit toujours la vérité). Bref, j’avais été émue au point de saisir moi aussi une feuille de brouillon et le stylo qui traînait par là.

Après les lectures, Lan Tian a pris sa guitare, ce qui a avantageusement remplacé les airs occidentaux sirupeux (« I had the Last Waltz with you », « Besame mucho »…) dont on ne semble pas pouvoir se passer ici dans tout endroit public (même à la fac, des champignons genre Schtroumpfs, si, si, c’est vrai, mais kaki, disposés par ci - par là sur les pelouses, diffusent ce genre de soupe, plus une petite polka pour débutants au piano synthétique pour annoncer la fin et la reprise de chaque cours). On s’est un peu dispersé dans les fauteuils pour parler avec qui voulait. J’ai été abordée, entre autres, par « Jenny », une étudiante en business dont l’ami français est reparti à Paris alors qu’elle vient d’avoir une bourse pour les Etats-Unis. Par « Bruce » bien sûr, l’un de mes étudiants en « Hot Issues » de littérature ; par un étudiant qui parle un allemand absolument éblouissant, fluidité, musicalité, pas l’ombre d’une faute (a-t-il jamais été en Allemagne ? « Oh, oui ! Un mois ! »). Puis par un étudiant en français – le meilleur ami de Ciel Bleu – qui a proposé de m’emmener faire des excursions dans des coins très célèbres autour de Hangzhou ; en échange, dit-il, on parlerait français. Lui aussi est un authentique littéraire, en français ou en chinois il a déjà dévoré tout le dix-neuvième siècle, Baudelaire, Hugo, Maupassant, Stendhal, il les cite pêle-mêle, et aussi, « mis seulement en chinois », les grands Russes, Dostoïevsky, Tolstoï, est-ce que je connais aussi ?

Qu’est-ce qu’il veut faire l’année prochaine, quand il aura son dernier diplôme ? Enseigner ? Il rigole. Oh non, Madame, c’est très difficile, très compétitif, et on ne gagne que 1200 yuans par mois (c’est-à-dire 120 euros, mais comme le pouvoir d’achat est à multiplier par 10, on se retrouve dans la même situation que nos jeunes agrégés). Alors, quoi ? « J’irai sans doute en Afrique (!!!), là où on parle français, travailler pour des chantiers de construction, je connais quelqu’un là-bas qui dit qu’on peut y gagner beaucoup d’argent, il faut, pour commencer ».

Les chantiers de construction, l’argent, le business. Est-ce une plaie infernale, ou est-ce tout simplement réaliste ? En tout cas cela semble être l’obsession générale. Je suis tellement estomaquée que je ne sais plus quoi répondre. Et vous ?

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les deux petites filles jumelles du poète qui m'a fait venir ici : elles lisent ensemble et en chinois une page de la revue

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il annonce un air de Bach. Plus tard, ce sera un air chinois.

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le poète-mathématicien, et papa des deux petites filles

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la photo n'est pas très bonne mais c'étaient quand même des moments exceptionnels

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à la guitare: mon ange gardien !!!

Lunaisons

Sur le campus on voit toujours des jardiniers travailler à l'entretien des (nombreux) massifs, arrangements et autres espaces verts. Je crois qu'il s'agit principalement de paysans expropriés, qui ont eu la chance de trouver là un travail peu payé mais qui leur convient mieux qu'en usine :

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Autres fleurs de campus (je ne m'en lasse pas) :

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Je tâcherai de photographier un jour une scène pas trop rare et très jolie : un vélo pédalé par un jeune homme en plein effort, tandis que sa belle est assise en amazone sur le porte-bagages, le sourire aux lèvres et l'ombrelle-parapluie à la main...

En attendant mes cheveux ont déjà commencé à repousser, je le sens, en tout cas ils font moins "je-sors-de-chez-le-coiffeur-que-je-n'ai-pas-pu-arrêter"! C'est promis, dès que je me trouve un vélocipédiste complaisant je saute sur son porte-bagages avec Hello Kitty et je vous envoie la photo !

Ce soir c'est la fête de la Lune, je vais peut-être aller au Lac voir si la Lune se montre vraiment. J'ai déjà mangé deux de mes gâteaux (pas eu le temps d'aller déjeuner à la très lointaine cafétéria, qui est pourtant "la plus grande de toute l'Asie" !!!). L'un était sans doute à la noix de coco, l'autre je ne sais pas mais ils étaient très bon tous les deux.

Allez, regardez un peu par la fenêtre et buvez un petit quelque chose à ma santé !

FOR GIRLS ONLY !

Tracasseries et tremblements

Li Hua, la « manageresse » de Babel, avait très gentiment accepté de m’accompagner au Public Security Bureau, où il faut aller s’inscrire dans les 30 jours après son arrivée (et c’est bientôt – mais oui !), sans que personne ne m’ait jamais dit où ça se trouve, comment y aller, etc, avec une quasi-certitude que pas une âme n’y comprenne autre chose que le chinois.

Une fois dehors, elle se dit tout à coup qu’en fait c’est très certainement notre coordonnateur qui s’en occupe pour tout le monde. Ah bon ? Coup de portable. Personne. Bon, on verra ça plus tard, (C’est un vrai souci, ces rapports avec une administration qu’on sent complexe et tout-puissante. Sur le campus, j’ai demandé à qui appartenaient toutes ces voitures qui passent et repassent entre les vélos des étudiants. A des profs ? « A des officiers », m’a-t-on répondu en français : il fallait comprendre « à des gens des bureaux » (« offices » traduit de l’anglais). « Ils gagnent beaucoup d’argent ». Et l’autre jour, comme je voulais vérifier si les étudiants connaissaient la notion de « narrateur omniscient », on m’a répondu, en anglais cette fois, comme une évidence : Oui, les gardes sont omniscients. Comment ça ? « Yes, the guards, they know everything ». Les gardes en question, on les appellerait chez nous des appariteurs, à Strasbourg j’en ai rarement vus de bonne humeur, mais ici ils sont en uniforme.)

Puisqu’elle est là, Li Hua veut bien m’accompagner à la succursale de la Bank of China la plus proche (la seule banque où l’on peut retirer de l’argent directement sur son compte habituel en France). J’ai retardé ce moment au maximum, prévoyant le cauchemar possible de ma carte bancaire avalée à tout jamais et personne pour comprendre le désastre, et encore moins pour avoir ou pouvoir y remédier. Mais tout se passe bien, je ressors de là avec assez de yuans pour un petit moment – le sentiment de sécurité financière est un rempart comme un autre contre des précarités de toutes sortes. Encore une fois, surtout parce qu’ici la barrière de la langue est vraiment une barrière, malgré la gentillesse des gens. En outre, on dit toujours que tout est incroyablement bon marché, mais je ne sais pas encore exactement où j’en suis dans mes comptes, donc pour l’instant prudence.

Prudence, oui, mais il y a des impératifs auxquels on ne saurait se soustraire, et puisque tout a si bien marché jusqu’ici, je demande à Li Hua si elle ne connaîtrait pas un coiffeur, car ça va bientôt être le moment…

Donc, à partir d’ici, les garçons, vous ne lisez plus, vous retournez jouer avec vos game-boys et vos boys’ games favoris, c’est bien compris

… (je disais donc) : ah oui, ça va bientôt être le moment de rafraîchir un peu ma couleur de cheveux, ce que la nature n’assure plus à elle toute seule depuis quelque temps déjà (inutile de le dire aux garçons), et aussi, éventuellement, de revoir la longueur de certaines mèches un peu trop folles peut-être. Li Hua connaît-elle un bon coiffeur ? Par là, j’entends quelqu’un qui ne taillerait pas savamment dans tous les sens, ce qui va très bien aux cheveux très noirs et très raides des filles et des garçons d’ici mais n’améliorerait guère mon apparence présente, - et qui ne me transformerait pas non plus en mémère des années 50.

Li Hua connaît. Ici même, tout près de Babel. « Come on », on va entrer. Bon, dans le fond, ça m’évitera de la déranger une autre fois. On va au moins prendre un rendez-vous. Questions, réponses, explications entre Li Hua et deux-trois jeunes gens très minces avec, justement, des cheveux très noirs savamment tailladés qui leur vont très bien. Pour moi, ils vont chercher un méchier de chez L’Oréal, une chance. Arguments, contre-arguments. Faudra-t-il une coupe ? Oh, peut-être un peu, là, sur le dessus. Le temps que je me dise « Bon, vendredi ce serait bien », on m’accompagne vers l’escalier et Li Hua, pppfff, s’envole vers son bureau où elle a autre chose à faire.

Bah, un jour où l’autre il aurait fallu y passer, alors pourquoi pas maintenant, justement j’ai du boulot pour demain, je vais prendre une récré d’avance.

Au premier étage, ce ne sont que petites cabines séparées par des rideaux de fils de plastique. On m’allonge (je n’ai pas le choix) sur une couchette genre dentiste moderne, et hop, shampooing. Après ça intervient un jeune homme qui me passe le séchoir sans trop de douceur et dans tous les sens. Le résultat est remarquable, mais va-t-on me remettre dans la rue avec ce look ? Patience, voici une très jeune fille avec la mixture espérée dans un petit bol. Passage et repassage du pinceau, tout est normal, à part peut-être la longueur de l’attente qui suit. On m’offre du thé vert et une version chinoise de Harper’s Bazar. Retour enfin à la couchette futuriste, rinçages divers avec de l’eau qui sent bon. En passant j’ai entrevu derrière les rideaux de fils un homme allongé, de la mousse plein le visage, un autre à plat ventre à qui l’on masse les épaules ; un autre, assis, a livré ses mains à une manucure. Quant à moi, on me guide vers l’escalier, retour au rez-de-chaussée, fauteuil, miroir, jeune homme, ciseaux.

Il n’y va pas de main morte, mais c’est un vrai pro. Mèche après mèche sont passées à la pointe des ciseaux, patiemment comparées, patiemment retaillées, va-t-il en rester ? Je me vois bientôt ressembler à Annie Cordy dans les années 70 (progrès dans le temps, mais va-t-il falloir sourire sans arrêt ?), avec une frange droite et une mèche bien léchée sur chaque oreille. Pour expliquer ce que je préfèrerais, je dérange un peu tout ça, je crée du flou, j’en remets en arrière, il essaie de suivre, j’ai l’impression d’encourager les premiers ébats d’un communiant (Hé les boys, qu’est-ce vous faites là ?) (en plus j’ai jamais fait ça avec un premier communiant, vous pensez bien). Je refuse gel et « Hairwax », et me voilà ce soir.

Dans la rue on ne m’a dévisagée ni plus ni moins que d’habitude. Mon Minou, qui m’a vue sur Skype tout de suite après, m’a trouvée très bien, mais c’est vrai qu’il me préfère toujours avec les cheveux courts, et cette fois il en a au moins pour jusqu’à Noël (toujours sur Skype, hélas). Moi il va falloir que je m’habitue – jusque-là, plus de photos de Marcopolette !

Réseaux

Dimanche 23 septembre 2007

Il pleut depuis ce matin. Quand c’est à petit bruit, petites gouttes, petits quarts d’heures comme aujourd’hui, ce n’est pas désagréable du tout. Le problème, c’est la crasse des rues : sur Hangda Lu, la large avenue qui croise Xixi Road, il y a d’un côté des immeubles luxueux, pas trop hauts, tout brillants de vitres et de néons, flanqués de fontaines et de grands bacs pleins de verdures diverses, et puis – du côté Xixi – des petites échoppes un peu plus reluisantes qu’autour de Babel (vendeur de cigarettes et de boissons diverse, marchande de vêtements tous cintres dehors…), mélangées à des commerces beaucoup moins populaires, hôtels, restaurants, coiffeur, et même bijoutier aux prix fous. Et là, le trottoir, qui fut jadis pavé d’un joli motif de pierres encore roses et grises par endroits, est si défoncé que l’on ne sait plus comment contourner les énormes nappes d’eau sale assez profondes pour qu’on s’y baigne les pieds jusqu’aux chevilles.

On se rappelle soudain qu’on n’a pas vu de ciel bleu depuis quatre semaines.Même le typhon de mardi, qui promettait de tout nettoyer, n’a finalement mis au jour que quelques taches étonnamment bleues perdues derrière des nuages blancs – mais vraiment blancs, si bien que je me suis rendu compte que c’est bien cela qui manquait ici. En ville, sur le campus, et jusqu’autour du lac, le ciel, avec des nuances variées, reste obstinément grisâtre. Ce pourrait être la saison. C’est malheureusement la pollution. Un collègue allemand qui vit ici depuis dix ans (diantre !) me l’a confirmé : il y a encore cinq ans, dit-il, le ciel pouvait être aussi bleu qu’ailleurs ; depuis, il a vu Hang Zhou s’enlaidir dans la saleté et le toc, si bien qu’il songe à retourner bientôt en Europe.

Le plus étrange, c’est qu’on n’a pas vraiment l’impression de souffrir de cette pollution. On ne se sent ni vraiment oppressé, ni asséché, ni que sais-je encore. Les arbres poussent vaillamment, et apparemment sans problèmes. Il y en a plein la cour sous mes fenêtres. Seuls les oiseaux semblent rares. Quelques moineaux viennent picorer devant la cantine de Babel, mais guère de chants.

Cette semaine-ci a passé bien vite. Dimanche dernier, en cette heure d’après-midi, je visitais le tombeau du roi Nanyue (pas de ciel bleu non plus), puis c’était la soirée romaine. Je voudrais juste ajouter ici les notes que j’avais prises en rentrant de cet Ouï Lire un peu spécial :

« …on quitte dans le noir la Roma Villa par des sentiers cahoteux, arbres, buissons et bananiers couverts de poussière de ciment, et nous passons dans grincements d’amortisseurs amortis – soudain le (très jeune) chauffeur arrête tout et vient parlementer avec « Jessie », notre accompagnatrice. Il s’est perdu. Pas grave, un petit coup de portable, tout va bien, une voiture va venir nous sortir de là comme un cargo dans le port de New York.

Question : dans ce pays où la survie passe par toutes sortes de réseaux, que ferait-on, et comment faisait-on, sans les téléphones mobiles ? Ils sont partout et à toute heure dans toutes les mains. Moins pour des conversations vraiment privées (si j’entends bien) que parce qu’il s’agit toujours de se rejoindre, de dire où l’on est, demander conseil, avertir d’un changement : autant dans la vraie vie que sur les écrans des ordinateurs, tout paraît toujours voué à l’instant, au provisoire, à l’une ou l’autre « application » qui va peut-être « quitter inopinément ».

Dans l’obscurité de ce car cahotant, entre George et Matt, quelques bribes de rencontres - Matt le jeune Américain typique des séries sitcom, presque trop beau, trop sain, trop sourires et gestes dehors, mais surprise : c’est aussi un très fin connaisseur de littérature et poésie, et pas seulement américaines. Venu de Pékin où il vit depuis deux ans, avec une girl-friend chinoise : sans doute pour cela moins désorienté que moi. Même les millions de fenêtres, même la lèpre qui menace partout comme une mousse, il trouve ça « kind of - you know - nice », touchant même.

George est bien plus âgé, à peu près comme moi sans doute. Très bon poète – en tout cas excellent poème, celui qu’il a lu deux soirs de suite. Chicago, et maintenant Pékin depuis quatre ans. Sur la « Plaza », le premier soir, il a souvent répété « China has changed my life » . Là, je deviens un peu curieuse, car il n’a par ailleurs aucune illusion sur la Chine, ni interprétation romantique de tout ce qui me reste ici si étranger. Il me désigne simplement d’un grand geste la jeune Chinoise endormie à ses côtés. Il l’a connue presque aussitôt après son arrivée dans le pays : « China has changed my life ». Indeed.

Aha, c’est donc ça le secret des expatriés qui restent ici, et pourquoi ce sont tous des messieurs. Comment n’y avais-je pas pensé. C’est aussi le cas de certains de mes collègues, même s’ils ont leur chambre ou leur appartement à Babel (j’ai commencé à recevoir des confidences).

George me donne plein de conseils, et aussi son adresse courriel, m’encourage à lui écrire, et même à venir les voir à Pékin dans l’immense appartement qu’on lui a donné : il est en Chine pour une sorte de mission américaine, ridiculement bien payée dit-il. Il est sincère, je le vois bien, mais je sens aussi que ma peau s’est quelque peu tannée, au fil des ans, en ce qui concerne ces rencontres de passages et les mini-séparations qui en résultent forcément. »

Encore une première fois !

A l’aéroport de Canton, au dernier moment, on nous fait changer de navette pour nous amener devant un avion marqué « China Eastern », alors que mon billet porte « China Southern ». Panique. Je montre mon billet à tout ce qui porte un uniforme (dans les parages ça ne manque pas), et encore une fois aux hôtesses une fois dans l’avion. On me rassure avec de grands signes : mais oui, c’est bien le vol pour Hang Zhou !

Et voilà qu’une fois dûment installée et encore un peu palpitante, j’entends mon voisin avertir dans son indispensable portable : « bu shi zhong guo nan », c’est-à-dire : « C’est pas la Chine du Sud », autrement dit encore « C’est pas la Southern ».

Hé, ça n’a l’air de rien, mais avec mon vocabulaire de bébé de trois semaines c’est la première fois que je saisis une phrase au vol, comme ça, sans faire exprès !

(Je crois que mon ange gardien là-haut est fier de moi).

Gâteaux de lune et photos du jour

Malgré la chaleur et les arbres encore verts, mardi prochain c’est déjà ici la fête de la Lune. Dans les aéroports de la semaine dernière, je voyais plein de gens se trimballer avec de très grands et très jolis sacs en papier avec dedans de mystérieux grands cartons souvent rouges.

Je crois avoir compris maintenant qu’il s’agissait de boîtes de « gâteaux de lune », que l’on s’échange ici un peu comme nous des chocolats pendant les fêtes de fin d’années. L’université en a offert une très belle à chacun des « Foreign experts ». Une fois les gâteaux mangés, on garde la boîte pour mettre ses petits trésors dedans.

Voici la mienne :

(photos)

OK ? OK !

Et ça, c'est c'est le bazar qui me relie à vous (allez, viens sur la photo, Brenda !)

Encore une soirée diapos !

Quelques buildings... Le bus monte et descend sur des ponts et des autoroutes, la ville en est pleine.

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On arrive devant une maison chinoise traditionnelle, à l'époque où chaque membre de la famille avait un rang bien précis (1° fils, 2° fils, etc.), et y occupait un quartier en conséquence. Sous Mao la demeure avait été convertie en imprimerie, elle a été restaurée et sert de musée des arts et traditions populaires.

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Et maintenant, attention, on arrive à la tombe du roi Nanyue, qui vivait ...euh... Bon, ça doit être facile à retrouver, hein ? 9a c'est la momie du roi, mais une momie à la chinoise : le corps avait été découpé en 3 tronçons, chacun placé dans une chambre différente, après avoir été cousu dans un linceul tissé de fils de jade, qui devaient lui assurer l'immortalité (toujours le même souci), lui-même assemblé avec du fil de soie rouge :

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Devant le tombeau (c'est bien un Chinois qui a construit les pyramides du Louvre, non ?) :

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Voilà, on peut rallumer, on range tout et on prend l'apéro !

Roma Villa

16 septembre 2007

Lecture à Canton – Roma Villa

Il y a des moments comme celui-ci où la Chine, c’est trop pour moi. Trop de gratte-ciels chinois effrontément neufs aux dix mille fenêtres, l’un regardant par-dessus l’épaule de l’autre, comparant peut-être leurs derniers étages masqués par des façades recopiées d’autres temps, d’autres lieux, coupole, temple grec, toit de chalet ou manoir anglais, et qui sur un Occidental ont l’effet bizarre d’une contrefaçon déconcertante, d’une rouerie de nouveau riche qui aurait raté son but. Trop de gratte-ciels encore et encore, et toutes ces grues qui juste à côté en construisent déjà d’autres, tous différents, tous pareils, estompés comme à Hang Zhou dans la brume grise d’une pollution désormais installée à demeure – pas un jour de ciel bleu en trois semaines.

Et juste à côté, les gratte-ciels déjà habités, trop de gratte-ciels déjà noircis de crasse et de coulures, trop de gens appelés à vivre là, fourmis infimes - le cliché, signe d’impuissance, revient en force à la place des vrais mots - englouties dans quel possible « ensemble » ? Des plantes vertes pourtant, des masses de plantes vertes, bambous en pots ou buissons de feuillages dégorgés par des fenêtres minuscules sur les verrues carrées des climatiseurs.

Trop de misère au galop, et trop de pacotille « à la manière de », tel l’hôtel pseudo-cubain, telle la « Roma Villa » (sic, toujours sic, bientôt sic) où nous sommes ce soir, cylindre de faux marbre, Colisée minimal où personne n’entend aucun poème j’en suis bien sûre, même avec le micro, tant il y a de rumeur de foule, de climatisation massive, d’allées et venues d’enfants. Alors pour m’isoler j’écris ceci dans mon cahier d‘écolier chinois trouvé au supermarché, comme à Strasbourg quand j’ai l’air de prendre sagement des notes pour me guider dans la vie et que la moitié du temps c’est vrai mais les trois quarts du temps c’est que je m’ennuie ou/et que je suis révoltée par la suffisance de l’orateur et/ou la passivité de l’auditoire (voilà, maintenant vous le savez) (et j’insiste : additionner la moitié plus trois quarts, ce n’est pas du tout sot quand il s’agit de compter le temps) (additionner les parenthèses non plus, quand on discute avec des lointains qu’on a envie d’embrasser et qu’on crée un petit blanc pour mieux entendre leurs réponses) (bon j’arrête).

Trop d’uniformes aussi. Ici le moindre larbin est un « garde », comme à l’université, et plus sa fonction est minime, plus sa casquette paraît énorme (et donc sa tête plus petite), ses épaulettes de sous-lieutenant trop grandes pour ses épaules (ils ont tous l’air d’avoir quinze ans maxi), son brassard trop rouge et son visage trop fermé. C’est la première fois que je lis des poèmes, et que j’en vois lire, avec des gardes en uniforme postés autour de la scène (qui est ronde comme une arène, ai-je dit qu’on est au Colisée ?). C’est pour le décor, certes, et sans doute même pour honorer ce soir les poètes et la poésie. A la place du fameux « choc culturel » je ne vois qu’une béance ignoble entre une culture disparue (je n’en distingue pas encore les traces, il y en a sûrement), et le chaos de Nouveau Monde entièrement voué au virtuel. Dans cette maquette de Colisée pour peplum en Technicolor, impossible de ne pas lire les signes d’une décadence qui triomphe avant même qu’il y ait eu épanouissement.

Le poète chinois qui devait lire la traduction de mes trois petits textes s’excuse d’avoir oublié le dernier, « Virginia », son préféré dit-il. Ce n’est pas grave. Personne ne s’en sera aperçu. Elle n’avait rien à faire ici. C’est même une consolation : s’il a, même malgré lui, épargné Virginia, ce Chinois-ci est sans doute un vrai poète.

En tout cas, c’est ce que me souffle mon ange gardien depuis là-haut, dans son bureau du ciel.

            
                          "Roma Villa"

(à suivre..)

TERRAE INCOGNITAE (suite)

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Ça c'est dans l'"église des poètes" : je ne sais pas quel architecte chinois, cubain ou jésuite avait eu l'idée de compléter la "plaza" (sic) cubaine par une église, mais il faut reconnaître que c'était vraiment émouvant de se promener dans cette forêt d'oriflammes qui portaient nos visages. Peut-être parce que l'ensemble, tout en noir et blanc, restait sobre. Pas comme l'Ouï Lire sur la plaza..

Alors voilà, tout comme à Ouï Lire, ou plutôt Ouï Libre, on avait droit à un poème chacun, à dire dans notre propre langue. Il fallait d'abord monter sur une scène à l'appel de son nom, et en avant sous la lumière des projos ! Une traduction en chinois était judicieusement projetée sur un écran, pas si judicieux que ça l'écran car pas très grand et placé tout au fond de la scène, mais on était quand même applaudi comme si on avait prononcé à haute et intelligible voix le message fatal qui allait changer nos vies à tous. Ballons, rumeurs, cris d'enfants. Et photographes, ah les photographes, jamais je n'en ai vu autant à la fois, et que je cours dans tous les sens et que je m'accroupis et que je change de place avec le collègue : en fait c'est très facile de sourire à des appareils énormes et anonymes, il suffit d'un peu de curiosité et de beaucoup d'indulgence pour ces appareils énormes qui ont dû coûter un max de yuans. Tout ça interrompu par des remises de prix (retour en masse des photographes), et des animations d'une naïveté ahurissante, genre "La Mort du Cygne" par les élèves de seconde du lycée de filles de Lunéville. Allez, je vous les mets un peu, les deux nénettes, pas tout hein, mais je sens que vous ne me pardonneriez jamais d'avoir raté ça :

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Et ô surprise, dans tout ce clinquant on a eu aussi un petit divertimento de Mozart par des jeunes gens extrêmement doués (La violoniste est revenue plusieurs fois de suite accompagner l'un ou l'autre texte chinois avec, toujours, la Méditation de Thaïs) :

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Car il y avait AUSSI des poètes ! Juste un petit extrait du trombinoscope :

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Allez, demain on va à Canton, si internet nous prête vie. Accrochez-vous, on n'a encore rien vu, il y aura même une villa romaine !

TERRA INCOGNITA (Paul, tu me mettras ça au pluriel, steuplaît)

Mais non, mes chéris, je ne vous avais pas oubliés, ni à Canton, et encore moins en rentrant ici lundi, lorsque tout à coup, horreur ! ma connection internet, qui venait pourtant de me donner tous vos messages bien-aimés, a brusquement prétendu (au moyen d’une de ces petites fenêtres que vous connaissez aussi) que ma boîte Ethernet, payée naguère à prix d’or et en cash aux télékoms chinois, eh bien, elle n’était plus branchée. Au secours, Bill ! Bill n’y peut rien, sorry, faut faire revenir le guy des télékoms. Bon, je ne vais pas m’appesantir sur les détails et sur ce à quoi on pense pendant 3 longs jours – même plus envie de nourrir Marcopolette à la cuiller pour le jour où ça remarchera, parce qu’on est sûr que cette fois ça ne remarchera JAMAIS. Oh boys, oh boys, c’est ça vos jouets, et me dites pas que c’est quand même super quand ça marche, je suis pas d’accord du tout, il y a peu de temps, quand vous n’aviez pas encore inventé ces machins-là au lieu de vous occuper de vos nanas, on s’en passait très bien, et si ça n’avait pas existé je ne serais pas en ce moment dans ce pays de vertiges en train de comprendre petit à petit ce que ça doit être d’avoir été pris en otage et séquestré à mille milliers de milles de toute terre connectée, même si ici les gens sont gentils et ne me racontent pas toutes les cinq minutes que personne n’a envie de payer la rançon.

Bref, alleluia, ce matin un beau gosse des Télékoms (oui, ça s’écrit comme ça ici - quand ça s’écrit) est arrivé avec Li Hua, la manageresse de Babel, a constaté la mort clinique d’Ethernet, tournicoté près de deux heures, pour finalement monter sur le toit et découvrir que l’antenne avait eu l’idée de se plier (geste), comme ça, de rire je suppose. Bref, Google réapparaît, j’ai envie de pleurer, je serre Li Hua dans mes bras, répète mille fois xiéxié au beau gosse, et nous voilà ce soir.

Alors, Canton ? entends-je de tous côtés.

Je rappelle tout d’abord qu’ici on dit Guang Zhou. Et je réponds : j’y suis allée, (bus pour l’aéroport, enregistrement de mon modeste bagage, navette pour l’avion, avion pour Canton, une voiture super-luxe pour l’hôtel (après une grosse frayeur parce que bien sûr pour commencer il n’y avait personne à l’aéroport). Et j’en suis revenue en sens inverse, toute seule, et de tout ça je suis très fière (applause, please).

   
  

L'arrivée de l'avion à Canton




Ah, l’hôtel !!! Loin de Canton, en fait, très très loin même, puisque construit par une chaîne américaine comme un hôtel cubain. Luxe presque imbécile. Draperies de tissu doré le long de la rampe de l’escalier Sunset Boulevard plus-majestueux-tu-meurs,ainsi que tout le long des galeries tout autour du hall d’accueil.

      

Devant l'hôtel

     

La piscine et le galion espagnol

  

Le "quartier cubain" vu depuis ma chambre d'hôtel (le plus drôle c'est qu'au-delà on entendait un coq chanter matin et soir avec obstination)

Chambre plus sobre, deux lits, mais on m’apprend vite que mon interprète (« female, of course ! ») va venir dormir dans le deuxième. Jamais demandé d’interprète, bien sûr.



Elle s’appelle « Florence », secrétaire dans le civil, et possède un portable dont la sonnerie réveillerait un cimetière de rockers. Ça aussi je l’apprends très vite.

         

Je vais vous dire : dans ce pays où le complexe de Gulliver menace de vous terrasser à la moindre déconfiture (« ils sont petits mais très, très nombreux, et en plus ils sont chez eux, c’est moi qui aurais jamais dû », etc.), mieux vaut tenir en laisse toutes ses autres paranos, sous peine de se croire observé partout par l’œil de Pékin. Déjà, pour le rétroprojecteur des salles de cours, il faut allumer un machin qui pend au plafond, geste genre Adolf d’une télécommande et ppfffchou, me voilà observée pendant une heure et demie et Dieu sait par qui. Là, le plafond « cubain » a des caissons qui cachent Dieu sait quoi. Et voilà ma Florence qui vient partager mes nuits, et en attendant vient se promener avec moi un peu partout. On se prend en photo autour de la piscine (flanquée d’un galion espagnol), sous les palmiers, devant la fontaine, etc. On discute aimablement. On s’habitue. Je décide de la mettre à contribution pour faire avancer l’heure de mon retour (peur de rentrer à Hang Zhou la nuit, chemin à retrouver, tout ça). Elle dit qu’elle a essayé mais que ce sera très difficile (en contournant toutes les hiérarchies j’y arrive du premier coup).

Le soir grand dîner avec tous les poètes invités (dire que c’est en me râclant l’âme dans tous les sens que je suis arrivée ici) : buffet chinois, excellent. Florence est à côté de moi. De l’autre côté, une jeune femme qui me dit dans un français très honorable (elle a passé 2 ans à Lyon autrefois) qu’elle est coréenne et vit à Hong Kong (avec son voisin, si j’ai bien vu). Des serveurs passent derrière nous, et remettent un ou deux doigts de vin rouge glacé dans nos verres, jamais plus : c’est pour pouvoir sacrifier plus souvent au « gan bei », ou « cul sec », chaque fois qu’on doit vider son verre en l’honneur de quelqu’un. Et au dessert, champagne ! Curieuse façon de le verser (l’honneur revient au doyen des poètes étrangers) : une pyramide de coupes, on remplit celle du dessus à ras bord, tellement à ras bords qu’elle déborde sur celles du dessous, qui à leur tour, etc. Je ne sais pas comment c’est distribué ensuite, car il n’y avait pas assez de liquide pour remplir toutes les coupes, mais tout le monde se retrouve avec de quoi sacrifier au gan bei.

        

L’aimable et jolie Coréenne ne tarde pas à me décevoir quelque peu en essayant de parler littérature anglaise, qu’elle dit enseigner à Hong Kong : le nom de Katherine Mansfield lui est totalement inconnu, quant à Virginia Woolf, elle me demande si elle vit encore et où (je réprime le sourire sarcastique de Mr. Bean dans Blackadder qui me monte aux lèvres).

La suite à demain, car maintenant faut que je sacrifie à un autre rite, académique celui-là, qui m’inspire tellement que j’ai repoussé le pensum jusqu’au dernier moment (et peut-être même le dernier moment est-il passé). Il s’agit du « syllabus », au pluriel « syllabuses » selon les uns, « syllabâille » selon les autres : il faut dire tout ce qu’on va faire en cours huit semaines à l’avance, et envoyer ça à l’administration de l’université dès tout de suite. J’ai réussi les deux « Hot Issues », mais comment dire d’avance ce qui va se passer lors de huit cours de conversation ?? Proposer des topics, c’est ça que je vais faire (pardon pour les anglicismes qui reviennent en catimini, c’est mon costume de Foreign Expert qui revient s’endosser de lui-même dès que je pense au boulot).

Demain c’est ma journée huit-à-huit, je ne sais pas dans quel état je serai en rentrant, mais il y aura au moins quelques photos mises en ligne par mon Minou, l’Empereur des rédacteurs en chef, que l’on continue s’il vous plaît à applaudir bien fort !

Des anges passent

Aujourd’hui journée Huit à huit.

Huit heures : Rachel fait son exposé sur la musique classique : elle a apporté toute une vidéo, branche tous les machins sans même les regarder, l’écran s’allume et affiche « Classical music, by Rachel ». Elle parle sans aucune note, annonce deux parties, d’abord les instruments de l’orchestre (qu’elle fait défiler sur l’écran par familles), puis le répertoire. En vient aux morceaux qui associent musique et poésie, « puisque ceci est un cours de littérature » : les lieder, les chansons, les songs. Explique brièvement chacun. Annonce un exemple de « lied allemand avec accompagnement au piano ».

Oh ! les pas du piano dans la neige, la voix de Fischer-Diskau : « Fremd bin ich eingezogen, fremd zieh ich wieder aus ». Ici, dans cette salle high-tech, parmi tous ces jeunes Chinois... Je craque, cette fois c’est plus fort que moi, alors j’explique cette incroyable première phrase, l’amour rejeté, et la noblesse de celui qui préfère s’en aller en silence vers un voyage d'hiver… Ils écoutent tous avec des rumeurs de surprise. Rachel est contente de cet écho inattendu : curieusement, elle n’avait jamais songé à ça, elle avait juste aimé cet air pour lui-même et pensé qu’il entrerait bien dans sa démonstration des « Lieder, chansons, songs ».

Dans la salle des profs, longue conversation avec Ross, mon collègue australien. Qu’est-ce qu’il peut être gentil avec moi ! Il me remercie de m'être présentée par mon prénom, le premier soir à Babel, sinon il aurait pensé qu'il fallait toujours m'appeler "Madame" (!). Il dit qu’il m’accompagnerait bien jusqu’à l’aéroport s’il n’avait pas cours demain, il verse de l’eau dans la cafetière électrique et de là sur les feuilles de thé de Hangzhou dont il m’a mis une généreuse pincée dans une tasse trouvée là. Il me conseille d’aller voir absolument Sydney et Adelaïde (c’est des villes, hé les forts en géographie, pas des étudiants chinois !), par contre Canberra et Melbourne, aucun intérêt. En attendant, comme il fait très chaud, il me conseille aussi de mettre quatre chaises bout à bout et de m’allonger dessus pour faire une petite sieste (je m'en garde bien). Ce qui lui manque, à lui, ce sont les roses qu’il cultive dans son jardin là-bas.

Rencontre enfin avec « Marianne » et « Amélie », les deux étudiantes en français qui m’ont écrit de si gentils messages de bienvenue.(« Amélie », c’est pour Amélie Poulain, et « Marianne » pour la France, bien sûr). Elles sont jolies comme des cœurs, frêles et contentes comme des gamines qui se seraient mis des chemisiers à trous-trous par-dessus leurs jeans et des chichis roses dans les cheveux. Dieu que ça me manquait tout ça ! Je vous entends d’ici glousser ô boys, mais dès que je les aurai photographiées on verra bien qui arrive le premier, en charter, à rollers ou à dos de chameau !

C’est mon ange gardien qui les envoie : demain je dois prendre l’avion pour Canton (Ohé ! les amis helvètes, qu’est-ce que j’aimerais mieux qu’il y en ait quatre, des cantons, et que ce soit chez vous !), mais d’abord prendre le bus pour l’aéroport, et où, et combien de temps, les avis sont partagés et les amis aussi, ça m’a tout l’air d’être « un certain temps ». Mon poète-recruteur devait y aller avec moi, mais finalement il sera à un autre festival à Tokyo :-(

Marianne me propose très gentiment de venir me chercher à Xixi pour m’emmener au moins jusqu’au bus (je rappelle que trouver son chemin en Chine quand on ne parle pas chinois relève du miracle absolu). Après… il faudra me souhaiter bon vent, ô vous tous ! A lundi ou mardi … Jusque-là, « Zart, zart, die Türe zu… ».

Premières fois

J'ai craqué... mais c'est bon !

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Dans lequel il ne se passe rien et demain peut-être moins encore

Ce matin deux techniciens chinois sont venus me mettre une belle boîte chinoise des Télécoms chinois avec de vrais morceaux d'internet chinois dedans. Et m'ont fait payer pour cela une rondelette somme chinoise. Mais qu'importe ! Joie ! Extase ! Merci les dragons ! Et surtout merci Bill (toujours mon voisin anglais), qui en savait plus qu'eux sur la question et en plus comprenait le français de mon bijou.

Las, une fois parti Bill et évaporés les dragons, je me mets à lire vos messages, à en envoyer tous azimuts, et voilà-t-y pas qu'une mauvaise petite fenêtre se met à me demander sans arrêt, toutes les 10 minutes, si je veux vraiment rester connectée ? Ben oui, que je dis, et au bout d'un moment je vais manger.

Quand je reviens PLUS RIEN ne marche ! Et j'avais prévu d'aller à la fac faire une répétition générale (bus, campus, etc), car demain je commence à 8 h, le bus met 30 mn pour arriver et j'aurai pas forcément les yeux en face des trous.

Dans le bus du retour, arrive également (bénie soit-elle) la secrétaire que j'étais allée voir. Bénie soit-elle, car elle m'avise que j'ai oublié mon portable dans son bureau. Bon, tant pis, tu iras le récupérer demain, me souffle Bibi Fricotin. Maaaaiiis oui !

Mais non ! Sans portable, pas de réveil ! Sans réveil, pas de Mme S. à la fac demain à 8 heures, ou alors c'est qu'elle n'aura pas dormi de la nuit.

"En cas de nécessité absolue..." j'appelle mon poète, celui-là même qui m'a convaincue de venir ici (et que je n'ai plus revu depuis l'excellent repas au restaurant- chinois - du premie soir).

Sa femme (?) va me réveiller demain, qu'il dit. Enfin, si elle est réveillée.

Je le préviens que je vais bientôt craquer si ça continue, ces histoires d'internet (sur Skype, quand ça marche, je vois mon Minou qui commence à se lasser aussi de toutes ces choses où il ne peut pas vraiment m'aider).

"Take it easy", qu'il me dit.

Et j'ajoute que si ça ne marche pas pour le week-end prochain à Canton, je ne serai pas vraiment fâchée de la chose, vu que j'aurais plutôt envie, là, de rester où je suis, là, si tant est que c'est quelque part (non, ça je ne le dis pas. Pas encore). "Take it easy", confirme-t-il.

Pas très palpitant, tout ça. Marco Polo avait autre chose à raconter, lui. Et il a dû en rencontrer aussi, des Pieds Nickelés !

J'ai honte.

Aimez -moi quand même !

Un dimanche français

Dans lequel je bois du bordeaux à midi et je reçois du vrai chocolat le soir

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IT'S A MAN'S WORLD (But I have been kissed)

Eske c'est Brenda qui réussit son premier maléfice, internet refuse absolument d'envoyer tout message ce matin, même chez wanadoo ou Orange. C'est le moment d'avouer que je ne suis qu'une simple pigiste, le vrai rédacteur en chef c'est mon Minou, tous les soirs après le boulot il met en page les photos que je lui envoie pour Marcopolette (paske moi je sais pas faire, c'est comme avec vous boys, quand je crois que j'ai compris c'était pas ça du tout, et ça fait longtemps qu ça dure, ah la la. Faut dire que Brenda, je ne l'avais pas gâtée :

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IT'S A MAN'S WORLD

Ce matin je suis retournée chez Ali Baba - je veux dire ce magasin qui sur 4 étages (+ un pour une cafétéria) vend TOUT ce qu'on peut imaginer, et même tout ce qu'on n'oserait pas imaginer (la suite le dira) en fait d'appareils électroniques. Ce n'est pas très loin de Babel, mais dès le coin de Xixi Lu (vous savez le dire en chinois maintenant), on débouche sur Hangda Lu : et là, brusquement, adieu Babel, adieu l'univers tranquille des petites échoppes d'artisans, bienvenue (?) au pays du veau d'or :

             

Avec encore quelques jolies trouées sur la vieille ville :

Mais voici l'entrée de la caverne, sur un trottoir complètement défoncé par divers travaux, ce qui n'empêche pas une nuée de scooters dernier cri d'y piaffer tout du long en attendant leur cow-boy. Juste un petit aperçu de l'abreuvoir:

        

Pas besoin d'invoquer un nom de céréale improbable, il suffit d'écarter les lattes de plastique transparent qui obstruent l'une des entrées (et aussi les gens qui font pareil dans l'autre sens). A l'intérieur, complètement suffoquée par l'abondance de biens dont je suis très heureuse d'habitude d'ignorer jusqu'à l'exigence -très belle coquille ! Je voulais dire "existence" - je cherche en vain l'étage où, pas plus tard qu'hier, j'ai repéré des exposants d'imprimantes (on nous a bien dit que celle de la fac, vaut mieux pas, elle ne marche pas bien du tout, et puis on serait trop sur le coup, il faut remplir des fiches sans fin toutes écrites en chinois, etc, etc). Je n'ai pas trop de temps devant moi, et personne ne semble parler anglais dans ce royaume de l'ultra-modernité, aussi je vois arriver avec grand soulagement un jeune (ai-je dit qu'ils sont tous jeunes ?) commercial très commerçant, qui ne parle pas anglais non plus mais fait très bien semblant. Je passe sur les péripéties : palabres, gestes, répétition du mot "Epson", du mot "Canon", appel à une copine à lui enrubannée de rose censée parler anglais (ying wen). Insistance de ma part sur le mot "printer" : la poupée répète "Yeah, blender", le jeune homme "Yeah, Brenda". Il me fait asseoir sur une chaise et disparaît un bon moment, pendant lequel, plus Tintin reporter que jamais, je prends cette photo de l'enfilade de stands d'en face (je ne sais pas combien de kilomètres carrés il y en a des comme ça sur chacun des 4 étages) :

Oh chouette, un peu de douceur dans ce monde de fils électriques et de machins tout carrés de partout !!! Qui je vois là, posé sur une palette par son papa fatigué ?

En fait, j'aurais bien voulu vous le montrer de dos, avec son petit pantalon fendu derrière pour livrer passage à une paire de petites fesses adorablement rebondies - je n'ai pas osé. Je me suis souvenue qu'en Asie c'est ainsi qu'on évite les problèmes de couches : tout finit par être balayé ! Mais fini de rire, le vendeur revient avec un carton portant la photo d'une machine qu'il me présente comme "Brenda". Tout le reste est écrit en chinois, mais je vois en clair les mots "Canon" et "Inkjet", OK j'achète. J'ai juste le temps de ramener le paquet à Babel : j'ai failli faire attendre les collègues et Taffin Zhu, notre coordonnateur, qui doit nous emmener faire le tour du forcément grand campus de Zhejiang University.

L'ANGLAIS TEL QU'ON LE PARLE:

Accueil de Mme He, la directrice du département des langues. Les collègues de Babel : Sean (Caroline du Nord), Steve et Philip,(Californie). Ross, l'Australien. Bill, mon voisin anglais. Je suis fascinée par un autre Américain absolument, incroyablement, hallucinamment (là, faut inventer un mot) sosie de Woody Allen, avec une tête trop lourde à porter pour son cou maigre, de grosses lunettes mélancoliques et une casquette à visière hors de propos. On dirait Woody parti faire du jogging et égaré dans un autre film. Au tour de table, il dit seulement, les yeux dans le vague : "I am John". Ross lui fait remarquer que c'est peu. Il répond d'un air accablé : "Yeah, I know". Il devrait aussi y avoir une autre Française, mais elle n'est arrivée qu'hier, personne ne l'a encore vue, même Taffin, on suppose qu'elle dort. Autre collègues (jeunes) : José, pour l'espagnol, et Stefano !!!! pour l'italien (il me demande tout de suite d'où je viens, s'extasie sur Strasbourg où il est allé 2 fois, etc, etc,) Ross pose LA question qui m'inquiète en sourdine: avec tous nos accents, parlers et cultures si différents, comment les étudiants vont-ils seulement savoir ce qu'ils doivent apprendre ? Réponse : Justement, c'est ça qui va leur faire du bien.

Tour du campus :

Où l'on voit que le Parti n'est pas parti, il a sa place au moins sur les portes des bureaux ; et ça, au moins, c'est clair pour tout le monde :



Sinon, tout ici n'est que du neuf, ultra-neuf, super-neuf, tout comme Mistinguett chantait qu'elle était nue, plus que nue, super-nue ;-) On a créé des espaces verts pour adoucir un peu cette blancheur d'hôpital, mais, comme l'a fait remarquer Woody, nulle part de bancs pour s'asseoir, discuter, réviser, rêvasser. Seulement du fonctionnel, de quoi bosser :

Et pendant ce temps-là, tout autour de Zhejiang Campus, la construction continue:

       

alors même, disait Taffin, qu'on ne sait pas encore qui va venir habiter tous ces bâtiments :

       

Des mâchoires de fer pour engloutir bientôt les derniers champs qui restent alentour et le curieux manoir victorien :

       

Mais aussi du grandiose !

Il est 17 h, le soir tombe déjà, le soleil se couche sur l'huître qui bâille : l'Ouest, c'est par là... téléphoner maison...

Entre futurisme et nostalgie, y aura-t-il la place pour des moments présents? Le temps s'entrechoque avec lui-même. Et la nostalgie s'éloigne déjà :

ALI BABA : LE RETOUR

En rentrant je déballe mon imprimante... Horreur ! Ce n'est pas une imprimante ! Je ne sais même pas ce que c'est !!! Demain, retour chez Ali Baba. Avec un Anglo-Saxon qui parle un peu chinois (je commence à en connaître), ou un Chinois qui parle anglais - mais ça, même Ali Baba n'en a pas. Me reste plus qu'à attendre le retour de Ciel Bleu, mon ange gardien. Mais faudrait pas qu'il tarde trop.

Dernières flâneries avant la rentrée

L'entrée très solennelle de Xixi Campus
(le dernier caractère de la banderole signifie "école")

Du linge qui sèche dans le parc d'une belle résidence,
tout près de la grille qui longe le trottoir.

Un bâtiment plus beau que Babel, avec de beaux climatiseurs !

              

Une belle façade pour Frédéric ;-)

Le rush quand le feu passe au vert... Ça fait toujours un peu peur, cette masse qui a le temps de s'agglutiner d'un feu rouge à l'autre. Surtout que même quand c'est aux piétons de passer, voitures, taxis, vélos de toutes sortes, les bus aussi parfois, ne se privent pas de tourner sur le passage protégé comme si de rien n'était. Chez nous ce serait la panique (Hé ! Ho!). Ici, tout ce monde-là s'évite sans même se regarder, aussi gracieusement que des patineurs.(Enfin, il vaut mieux rester "alert", comme le conseille Bill, mon voisin anglais...).

Retour à Xixi Road : les échoppes sont toujours un peu les mêmes, mais le décor du trottoir peut changer tous les jours !

On rencontre partout des vélos transportant des chargements invraisemblables en volume - et sans doute en poids.

Heureusement, tout est prévu pour faire la sieste...



Mais demain vendredi notre coordonnateur vient nous chercher au bas de Babel pour nous entretenir de choses sérieuses : la rentrée, c'est lundi ! Bon week-end...

XI HU

Attention éteignez tout et mettez le chat sur la grand-mère, aujourd'hui c'est soirée-diapos !

Cet après-midi la pluie avait cessé, j'ai même cru entrevoir le premier rayon de soleil de la semaine sur mon lino façon parquet, alors hoppla, c'était le moment où jamais d'aller voir le grand Lac de l'Ouest que l'on dit si beau (et que vous pouvez repérer sur Google Earth, ça en vaut la peine). Très simple : en sortant de Babel on prend Xixi Road sur la droite, et puis au coin, là juste après le marchand de fruits, encore sur la droite, on tombe sur Baochu Road, une grande avenue pleine de banques et de magasins et d'autres bâtiments mystérieux bien que ce soit écrit dessus. Suivre tout droit. Si ça paraît un peu longuet, demander au jeune flic qui se trouve là (ici tout le monde est très jeune ou très vieux, est-ce que je l'ai déjà dit ?) : "Qing ? Xi Hu ?", bras tendu droit devant soi comme une vraie statue d'époque, et voilà-t-y pas qu'on est deux à regarder dans la même direction tandis qu'il répond sans s'étonner : "Xi Hu !". (C'est mon ange gardien qui va être fier de moi à son retour !). On continue donc, et le lac... Eh bien, le lac, un lac, j'avais oublié que ça pouvait être ça. D'abord je le vois entre deux saules, comme entre deux rideaux qui s'ouvrent sur un horizon bordé par des montagnes toutes bleues, toutes calmes, toutes transparentes. Voilà les photos :

               

               

               



                                


Des gens se promènent tout autour sur un large trottoir bordé de platanes côté rue, et de saules côté rivage. Magiques, le saules, jamais en repos, agités au moindre souffle

Partout des bans pour s'asseoir. Tout le monde à l'air simple et heureux. On se prend en photo :(

On espère être pris en photo

Un pont de pierre. Tiens, entre le lac et les kiosques, cette étendue de grandes feuilles, on dirait de la rhubarbe sauvage (ici tout est possible)

Mais non ! Ce sont DES LOTUS !!!

        


Voilà. C'est ça, le Lac de l'Ouest. Juste un tout premier petit aperçu.

Un nom plus pimpant l'aurait banalisé. Sans doute un exemple de discrétion chinoise, le rien pour en dire beaucoup, "l'éloge de la fadeur" pour mieux goûter des saveurs multiples. C'est bien de l'avoir tout près, avec un chemin un peu long mais tout simple pour s'y rendre.

                          

Xixi Road...

Voilà Xixi Road...

Encore Xixi Road = il faisait déjà sombre, le soir tombe très vite ici, on n'est pas sous les tropiques mais tout de même à la même latitude que le sud de l'Algérie

Toujours Xixi Road. Derrière le mur on voit se profiler Babel !

Voilà Babel (un peu après la malédiction)

Ils ne mordent pas (le sosie est un peu caché), mais on se demande bien ce qu'ils gardent aussi férocement !

On arrive presque ! (la vraie entrée est un peu plus à droite) Sur la plaque, les deux derniers signes en chinois signifient respectivement "milieu" et "c¦ur". Ensemble, si j'ai bien compris, ils veulent dire "centre". Les deux premiers signes... Hm, faudra encore faire des progrès... Egalement : vue sur un élément extérieur d'appareil de climatisation.

La façade presque au complet. On voit bien les éléments de la clim. J'habite au tout dernier étage, mais de l'autre côté. Je n'ai pas vue sur le bananier dont on voit ici quelques mèches de cheveux.

Voilà le bananier au grand complet, avec l'entrée du restaurant. Je ne sais pas trop qui a le droit d'y manger : les clients sont presque tous des Chinois de tous âges (étudiants, petits enfants mais aussi personnes très âgées, des parents en visite peut-être). On y sert à déjeuner et à dîner (un peu plus tôt qu'en France, l'autre soir au restaurant il était 18 heures). Dans la première salle on trouve une carte des plats inscrite à la craie sur un tableau noir placardé au mur : on a l'impression d'avoir devant soi un millier de poèmes au moins, mais pas de panique, la jolie jeune fille qui prend les commandes derrière une petite table vous tend en souriant un "Menu in English", en fait un mini-cahier de 5-6 pages où l'on trouve des listes de plats en chinois avec une traduction approximative en anglais, à peine plus lisible tellement l'ensemble est incroyablement ramolli et crasseux. La première page s'intitule ainsi : "Some pork, beef, and one bunny", car on y trouve des plats avec du porc, du b¦uf, et tout à la fin de la liste, un plat de lapin (je n'ai pas voulu essayer ! "Rabbit", à la rigueur, mais "Bunny", ça me ferait trop penser à des peluches vivantes, ou encore aux poubelles hollywoodiennes du supermarché !).

Si on le désire la jolie jeune fille attrape derrière elle un gobelet en carton de chez Coca Cola, et ô magie de la pub, neuf fois sur dix, parmi 4 choix possibles je demande effectivement un coca cola (la Zazie de Queneau disait déjà "Caco Calo", ici ça se prononce "keu kè keu lè", et ça s'écrit... comme ça se prononce !).

Là-dessus on va s'asseoir à l'une des tables pour 4, non sans prendre au passage sa paire de baguettes jetables enveloppées dans du papier de soie, une cuillère en porcelaine si on a demandé de la soupe... et une petite assiette pour recracher les arêtes, os de poulet et d'une faon générale ce qui ne passe pas.

En fait on fait tout un plat (si l'on peut dire) de cette habitude chinoise de cracher dans son assiette, sur la table ou par terre, mais finalement partout où je suis allée jusqu'ici, gargote d'en face ou grand restaurant, tout se passe avec un maximum de discrétion. De toutes façons on ne peut pas se tenir très droit pour manger, avec les baguettes il faut se pencher sur son plat ou son bol de riz, donc on ne crache pas d'une bien grande distance. La seule chose un peu surprenante c'est qu'on voit souvent les gens avec un truc déjà au bord des lèvres tandis qu'ils essaient de tirer le maximum de ce qu'ils ont encore dans la bouche. Un peu comme les gamins chez nous avec leur chewing-gum, quand ils méditent de réussir une belle bulle. Entre-temps des femmes de ménage apportent les plats, passent dans les rangs, empilent les reste dans de grandes bassines en plastique, essuient la table, balaient par terre...

Parfois je me retrouve en face d'un visage d'Occidental : l'un ou l'autre de mes futurs collègues. Mais j'en parlerai la prochaine fois !

        

Tribulations électroniques et autres expectations

Dans lequel on voit que ce que Bouddha avait donné d'une main, Confucius le reprend de l'autre. Incompétences diverses de l'auteur. Molles excuses. Passage d'un expert. Haine irraisonnée des objets. Perspective d'un voyage peut-être périlleux.

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Post-scriptum

Tao tai tai a fait ce qu'elle a pu, mais il devient évident que si je reçois bien tous vos courriels sur ma messagerie, je ne peux répondre qu'à ceux qui sont comme moi chez wanadoo. Ne m'en veuillez pas, donc, si je ne peux pas encore vous joindre personnellement. Ma boîte Orange refuse également de fonctionner sur mon portable, j'essaierai donc à nouveau demain de trouver le fameux cybercafé où on peut même boire du café, "tout près d'ici" (soupir !). Bonsoir, bonsoir, et bonne nuit, il est 23.30 ici !

Des nouvelles de Babel

Bon ben voilà je n'arrive plus pour l'instant à insérer des photos, le mot magique "Partage" pour les envoyer ne s'affiche plus nulle part. Tant pis, sauf révélation express c'est Michel qui s'en chargera ce soir, enfin cette nuit pour moi, puisque par exemple 20h en France = 2 heures du matin ici. Quelques mots en attendant : J'habite le "Foreign Experts' Building", 47, Xixi Road, ou Xixi Lu en chinois total, et j'avoue que pour l'instant cette adresse n'a pas encore fini de me ravir. J'ai l'impression d'avoir fait irruption dans un album de Tintin (ou Ding Ding, comme on l'appelle ici), ou de Quick et Flupcke, enfin de la bonne littérature belge des années 50 que j'allais lire dans le noir et sans lunettes quand j'étais petite et désobéissante. Xixi Road ! Ça existe vraiment !

Le premier "Xi" signifie "Ouest", comme dans "Xi Hu", le "Lac de l'Ouest" qui est l'un des attraits de Hangzhou (on se croit en Extrême-Orient, mais tout est relatif, toujours !), avec le fameux thé vert du Puits du Dragon et d'autres merveilles que je ne connais pas encore. Le deuxième "Xi", m'a-t-on dit, désigne une rivière tout près d'ici. Les deux "Xi" sont représentés par des idéogrammes complètement différents, même s'ils se prononcent exactement de la même façon (1° ton, la voix haut perchée, et le "x" comme un "sss" giscardien, je veux dire zozoté avec élégance. Essayez voir ? Paaarfait !). Les quatre étages dévolus aux "Foreign Experts" doivent dater eux aussi des années 50, ou même avant, du temps des concessions étrangères : on y voit encore sur le mur et des plaques de cuivre (en cherchant bien) le nom simple et pompeux de "Babel". Deux lionceaux chinois ou babyloniens surveillent méchamment l'une des entrées. Comme la Babel biblique, le bâtiment est de nos jours bien décrépit et cracra (mais qu'importe ! "Xixi Road" !).

Au bout de ces quelques jours largement passés à essayer d'établir des contacts avec des Chinois de toute apparence, ma surprise est intacte au moins pour deux raisons :

- Si on n'a le temps d'apprendre qu'un seul mot avant de venir en Chine, il faut absolument que ce soit "Xiéxié" (merci) : grands et petits, jeunes et vieux, pharmaciens, banquiers, étudiants, caissières, flics et femmes de ménage, ils se mettront tous non pas en quatre, mais en dix mille pour essayer de secourir. Partout où j'ai essayé de trouver LE cybercafé dont on m'avait vanté l'existence totue proche, PERSONNE ne parlait anglais. TOUS voulaient expliquer quelque chose, à toute vitesse et bien vainement, les bras pleins de gestes et le sourire ineffaçable. On se quittait d'un air si navré que je disais encore Xiéxié une dernière fois, juste pour ne pas rompre trop vite le contact. Je suis rentrée suante et fâchée comme une Anglaise dans un roman colonial, mais ce n'était vraiment pas de leur faute.

- Ceux qui parlent ou écrivent l'anglais, par contre, le font avec une sorte de perfection exubérante dans l'américanité qui frise l'extravagance. On trouve à "l'accueil" de notre Babel (en fait un simple comptoir derrière lequel des jeunes femmes en blouse bleue papotent gaiment, mais seulement en chinois) des numéros de "China Daily", moitié compil d'articles anglais et américains, moitié textes signés par des Chinois qui doivent étonner plus d'un Américain bien tranquille, s'il en existe encore. (J'ai remarqué que le mot "martial" y revient assez souvent, avec çà et là une amusante coquille qui le transforme en "marital").

Ce contraste entre l'ignorance totale de l'anglais (et ils en ont bien le droit), et l'incroyable énergie avec laquelle ceux qui s'y sont mis essaient d'intégrer la culture américaine, a des résultats très inattendus sur, par exemple, les produits du "supermarché" de Xixi Road) — une sorte de bazar où l'on trouve absolument de tout, un maximum d'articles hétéroclites dans un minimum d'espace, sous-sol compris. Les reliefs les plus nauséeux du rêve américain y trouvent parfois un recyclage surréaliste, tant ils n'ont aucun rapport avec l'objet à vendre — à moins que de tout temps ils n'aient été justement destinés à celui-ci. Comme cette inscription que j'ai relevée sur une poubelle à pédale, où on voit un petit-chien-fille et un petit-chien-garçon habillés comme des peluches occupés à se disputer un bout de ruban rouge :

Puppies with wet noses like to find new things SNIFF SNIFF!

Sur une autre poubelle, un ourson et une oursonne assis avec pots de fleurs et arroze-zoirs, et entre eux cette légende carrément hollywoodienne : The Bear Story Who knows ? Maybe a bear doll you bring home will be a family treasure some day I love bear (sic !) Huaping Household Appliances LTD

That's all folks ! à suivre...

Sur une autre poubelle,

 

Sortie de Shanghai : le Pont sur une partie du port

 

Immeuble néo-néo

  

La route ... (mon chauffeur crache dans son mouchoir, mais crachote aussi sans arrêt vers sa portière). Il accepte un morceau de chocolat. Xiéxie (merci) et sourires !

  

On est arrivés ! Ce soir je dormirai là. Le coin lecture est prêt.

  

Mon salon-bureau : traitement spécial, j'ai droit à 2 pièces + SdB + cuisine, à partager plus tard avec qqn qui n'est pas encore là

  

Un autre coin du salon. Le bureau (en fait je travaille à une autre table car on ne peut pas y brancher de lampe). Sur la chaise : un joli foulard de soie, cadeau de bienvenue qui m'attendait à la réception avec un mot de Lan Tian (= Ciel Bleu), l'étudiant enthousiaste qui édite Mouse, le magazine de poésie du campus. Sur une étagère, une boîte de thé de Hangzhou (absolument délicieux) offerte par Sean Cain, le jeune Américain globe-trotter venu enseigner le "Business English" (Wow !). Il avait deux boîtes, alors il m'a tout simplement dit "Choose". Très relax et très sympa.

       

Mon bijou et mon Minou. (De temps à autre il faut appuyer quelque part sur le bijou pour revoir le Minou, évadé soudain dans le noir). Ça et les musiques dont j'avais bourré i-tunes, ça m'a bien aidée ces premiers jours sans possibilité de courrier.

  

Ah, mon coin salon !Tout est OK, OK ?

              
  

Vue de mes fenêtres

  

Autre vue (vers la droite)

  

Les cintres valent deux sous le paquet mais sont présentés avec un (vrai?) Lacoste !

  

Mon bureau ! Hier dimanche j'ai fait de grands déménagements, celui-ci était dans la chambre où il ne servait qu'à supporter la télé (!) (pas encore essayé). Là on voit bien la lampe "Ciel Bleu" de Lan éclairant mon bijou (et mon Minou)(qui a l'air tout surpris), et les pantoufles que je me suis achetées pour suivre les coutumes du pays et aussi parce que je vais dehors en sandales et que dehors dans Xixi Road c'est très, très sale par terre.

  

Le soir tombe très vite, surtout ces jours-ci où il pleut à verse. Là il devait être 17 heures, pas plus.

  

C'est toujours très coquet une télé !

  

Lan Tian, mon ange gardien. Il était venu avec plein de choses : un plan de la ville, un parapluie rose avec un manche "Hello Kitty", une lampe de bureau exceptionnelle - on ne la voit pas ici parce que la table était couverte par le pique-nique, des dim sum que je n'ai guère pu manger, encore un peu nauséeuse du décalage. Et puis aussi du lait, parce que les gens de l'Ouest (c'est-à-dire nous qui vivons bien à l'ouest du lac de l'Ouest) boivent du lait et que j'ai besoin de calcium, c'est tout vu, pas de rouspétance. Il s'inquiétait pour moi, car tout de suite après il partait passer la dernière semaine de vacances chez lui à Shanghai avec ses copains. Qu'est-ce que j'allais devenir ? (a good question indeed, Lan).






                   

Et enfin pour cette fois-ci, le repas inoubliable où m'avait invitée Cai Tian Xin, le poète chinois qui m'a invitée ici (et convaincue de venir). Nous sommes dans l'un des cabinets particuliers d'un grand restaurant, et le voici avec sa femme Lily et leurs deux filles jumelles de 10 ans, super-excitées parce que c'était aussi leur 1° jour de classe et elles avaient reçu 11 livres (en chinois !) chacune.


Allô la Terre ?

Hello tous et toutes qui me manquez tant, ceci est un test, ce billet sera donc court ! Après presque une semaine de tourments électroniques suivis d'une toute petite perte de patience de ma part, Tao tai tai (Miss Tao pour nous autres débridés) vient enfin de monter dans ma chambre et de me montrer LE fil qui me connecte à vous. La suite au prochain numéro, si celui-ci s'envole bien comme il faut (sinon il faudra attendre le technicien qui lui-même attend que TOUS les résidents soient arrivés pour connecter officiellement tout le monde à la fois, ce qu'il fera dès qu'il aura téléphoné la veille, c'est clair, non ?)