MarcoPolette

Anne-Marie en Chine

Grandes promenades dans la verdure

Hier vendredi, Wu Yongqin, une collègue de français, m’invite à passer l’après-midi dans une forêt de bambous avec Nicolas, le Français qui vit en Asie depuis deux ans déjà. Suite du programme : l’accompagner au marché, puis chez elle, où elle va nous faire un vrai repas chinois avec plein de légumes !

Une forêt de bambous, ça peut être aussi sombre qu’une forêt de sapins :

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C’est plein de jolis chemins :

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Il y a même des clairières avec des nymphéas chinois :

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Le marché n’est pas très loin, ni la maison où vit Yongqin. J’avoue qu’au marché, je n’ai même pas songé à prendre de photos, tellement j’étais fascinée par les étalages de fruits et légumes, les cages où poules et canards attendaient leur sort, et que dire des poissons ? Les poissons de mer sont déjà morts, voire débités en tranches, comme chez nous, car nous ne sommes pas tout à fait au bord de la mer. Mais les poissons de rivière vont et viennent dans des aquariums, ou des bassines en plastique de toutes les couleurs posées par terre – idem pour les crabes, les crevettes, les grenouilles (énormes, elles ressemblent plutôt à des crapauds), et aussi les « tortues à carapace molle » (aussi improbables et hideuses, je trouve, que des créatures de films d’horreur). On emporte donc son poisson tout vivant dans un sac en plastique, d’où il passera directement dans la poêle à frire : voilà qui garantit la fraîcheur !

Nous voici de retour dans le quartier de Yongqin. Des maisons pas très hautes pour la Chine, qui comme Babel doivent dater des années cinquante. L’immeuble de Yongqin est tout à côté de celui-ci, mais libre d’échafaudages.

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On voit ici des échafaudages en fer, mais très souvent, dit Nicolas, ils sont encore en bambou, beaucoup plus souple et tout aussi résistant.

Nous sommes rejoints pour la soirée par une autre invitée, une jeune Congolaise qui vit ici depuis quatre ans - on serait tenté de dire « quatre ans seulement », si l’on songe qu’elle parle maintenant couramment chinois, et rédige en ce moment sa thèse en anglais sur des questions de gestion d’entreprise. D’une voix souriante qui efface les consonnes dures, elle raconte le saisissement de l’arrivée, l’horreur de ne pouvoir parler à personne, la curiosité insatiable des Chinois de la rue devant une Noire, le froid, le froid, le froid du premier hiver, l’église enfin trouvée juste le soir de Noël…

Pendant ce temps, dans sa cuisine minuscule, Yongqin nous a mijoté un dîner succulent (poisson, crevettes, aubergines, concombres cuits). Les plats arrivent sur la table, accompagnés d’un vin chinois épais et délicieux. On saisit ses baguettes. La soirée devient magique.

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Le jardin botanique.

Tout près de la forêt de bambous, un jardin botanique où m’ont emmenée cet après-midi Camille et Jenny. Promenons-nous sans rien dire, puisqu’on admire sans se poser de questions :

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Des nymphéas (Jenny aime bien aussi) :

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La maison de thé :

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Un tableau ? Non, une fenêtre !

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Camille montre au jour un éventail qui se trouvait exposé là, des motifs « Fleurs et oiseaux » sculptés dans du bois :

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Ce soir l’air est soudain plus vif. L’automne approche, voici les premières feuilles rousses :

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Dernier bouquet, dernière fenêtre…

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Enfin un tour en bateau !

Cette fois Jenny et Camille étaient d’accord toutes les deux : une arrière-saison très douce, un coucher de soleil tout proche… avant d’aller à la Bibliothèque Musicale, dont Camille m’avait tant parlé, c’était le moment où jamais de commencer par un petit tour sur le Lac.

Plus que jamais, envie de voguer !

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Et le soleil nous attend là-bas :

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D’abord une photo de Barbapapa et de son petit papa :

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Tout près, déjà, les lotus s’enfoncent dans le noir :

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En voilà qui ont de la chance ! Ils n’ont pas hésité ! Mais nous aussi, nous aussi !

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Sur un lac, on se tait. Mystère de l’eau. Tout n’est que calme et clapotis. On chantonne en sourdine, on est chez les heureux du monde :

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On voit poindre là-bas d’autres pèlerins de l’eau :

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On se croise. Vite, l’eau nous disperse :

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Par là, Hangzhou la ville dans sa brume rose :

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On débarque enfin, mais on se console vite : la Bibliothèque Musicale est tout près. Un peu à l’écart, encore sur la rive, une maison de bois.

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On peut y dîner, y choisir un disque, l’écouter sur place, dans la douceur des sofas mauves aux coussins curieusement autrichiens. Nous faisons tout ça.

Etrangeté, et donc évidence, d’écouter Beethoven dans cette maison de bois qui sent le pin comme un chalet de Norvège. Sur la table, un cendrier de porcelaine, des sachets de sucre et de lait en poudre pour les amateurs de café. Une rose dans un vase mince, avec sa branche de gypsophile. Aux oreilles, l’un des derniers Quatuors, par le Quartetto Italiano. Pas de mots. Tout serait cliché, triché.

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Dans les intervalles de silence, on perçoit en sourdine le Gershwin sans nuances émis par le comptoir. On est quelque part, on est partout, on est en Chine.

Ah, le dernier mouvement, la cavale blanche et la ligne claire de sa joie têtue, la pierre et la mousse, tout ce qui poignarde, tout ce qui rend doux.

Tout est parfait.


Dans lequel Marcopolette commence peut-être une carrière de facteur

Ce matin ils étaient 21... Ce soir ils sont 32... et bien moins que demain, et pour combien de temps ? Depuis quelques semaines Wanadoo refusait d'envoyer mes messages à des correspondants non-wanadoo, mais me transmettait encore tout le courrier, d'où qu'il vienne.

Cette fois c'est fini. Très tôt ce matin, Wanadoo a brusquement cessé d'accepter les messages, TOUS les messages, dans sa boîte de réception. Mais continue charitablement d'afficher leur nombre : 21 ce matin, 32 ce soir, combien depuis tout à l'heure ? Quelque part un diable poilu se réjouit, trépigne et ricane, je l'entends d'ici :-(

Une petite minorité de ces messages m'est cependant parvenue sur mon autre adresse (pourquoi ceux-là et pas d'autres - demandez au monstre poilu). Et donc, s'il vous plaît, si vous m'avez envoyé un message auquel je ne réponds pas, non seulement ne m'en veuillez pas, mais dites-le à Marcopolette qui me fera suivre, et je vous enverrai mon autre adresse, celle qui marche même en Chine, pour l'instant. Merci, merci, merci, à bientôt !!!

Juste avant de dormir

Retour à Babel après avoir babillé en anglais depuis huit heures du matin – juste un peu avant, c’était en allemand avec Irina, ma voisine russe, qui elle aussi passe des nuits inquiètes quand il s’agit d’attraper la navette de sept heures vingt (et non pas « le navet », comme je viens de l’écrire dans un moment d’égarement post-Huit-à-huit).

Mais est-ce possible : c’est la fin du trimestre d’automne, plus qu’une semaine de cours, puis ce sera celle des examens, puisque les « experts étrangers » et autres Babéliens doivent avoir tout terminé, corrigé, plié, rendu, une semaine avant leurs collègues chinois. Quand ce sera leur tour, nous aurons donc une semaine de vacances ;-) . Après, je ne sais pas : il paraît que jusqu’ici j’ai eu un peu plus de travail que je n’aurais dû, et que pour le trimestre d’hiver je n’aurai que deux groupes pour le même cours de « English-speaking countries » - encore un truc très vague où je sens que je vais m’en donner à cœur joie avec Katherine Mansfield, Henry Lawson et autres indispensables – et pour compléter, l’Administration, sévère mais juste, me demandera sans doute une ou deux conférences sur des sujets que je ne connais pas encore, mais qu’importe, la fête sera belle, surtout si j’ai un emploi du temps moins loufoque.

Ce qui d’ailleurs n’est absolument pas gagné, car ici on travaille vraiment 7 jours sur 7, certains collègues ont cours le samedi et le dimanche, et leurs week-ends au milieu de la semaine, d’autres commencent l’après-midi mais finissent à dix heures du soir… et les étudiants peuvent très bien être de tous les parcours à la fois, selon le cursus qu’ils ont choisi.

A cinq heures je suis allée dîner avec Lan Tian, « Ciel Bleu », qui est en quatrième et dernière année et déjà en pleine anxiété de « job-hunting » : envoyer des dossiers à des entreprises qu’il essaie de sélectionner aussi judicieusement que possible. Car ses parents le sermonnent chaque week-end, me dit-il, afin qu’il passe sans attendre au stade n° 2 du plan de vie qu’ils ont fait pour lui : après de bonnes études, trouver un « bon » travail. L’étape n°3 sera : acheter un appartement avec ses économies (ils l’aideront) (mais viendront peut-être habiter avec lui). Et enfin : étape n°4 : trouver une femme et avoir un fils. Bref, comme il le dit tristement, il est temps de « ranger sa guitare et d’oublier la poésie ». Il a tout juste vingt-deux ans depuis la semaine dernière.

Mes étudiants le répètent à tout propos : « You see, Miss Anne, I am an only child ». Et peu à peu on prend conscience de ce fait inédit : une génération entièrement composée d’enfants uniques – certains le regrettent, d’autres disent que c’est pas grave, ils ont des cousins (leurs propres enfants, eux, n’en auront pas), d’autres encore, à les entendre, sont très contents. Parfois une grande sœur – un « raté » que les garçons sont censés réparer ; à qui il doivent leur vie, en somme.

La « piété filiale » étant l’une des quatre vertus du bouddhisme, ils savent déjà, à vingt ans, que ce travail forcené, qui dure depuis le lycée et va conduire à la dure compétition du monde du « business » (quel que soit leur sujet d’étude principal, ils envisagent tous de faire carrière dans le « business », puisque c’est là qu’on gagne de l’argent) – aura un jour comme phase ultime la prise en charge totale de leurs parents, et aussi de leurs beaux-parents, puisque ceux-ci n’auront pas d’autre fils qu’eux-mêmes pour remplir ce devoir sacré.

Huit heures et quart, j’attends la navette du retour, ah voilà le prof d’anglais chinois, mon ange gardien du jeudi, avec deux de ses étudiants débutants. Il me les présente : ce sont des Ouïgours, des musulmans de la province du Xinjiang, à quatre mille kilomètres d’ici, « trois jours de train ». Ils font partie de ces minorités du pourtour de la Chine, comme les Tibétains, et sont comme eux indépendantistes (cela, il ne me le dit pas). Ils ont l’air étonnamment joyeux malgré leur éloignement, redoublé encore par l’éloignement du campus où ils doivent rentrer, à une heure d’ici, deux fois plus loin que Xixi.

La navette arrive, ma semaine est finie. Je ne sais pas le nom de mon collègue chinois, ni quel âge lui supposer. La quarantaine, la cinquantaine peut-être, malgré sa gaieté et son air juvénile, à cause de la grande ride horizontale qui lui barre le front. Ses Ouïgours, dans leur anglais rudimentaire mais ici amplement suffisant, m’ont dit que c’était « a good man ». Si je n’ai plus cours à ces heures-là, je regretterai de ne plus le voir. Oui ! Quand je quitterai ce pays, il y aura beaucoup gens à qui je me serai attachée. Ce sera dur, car sans doute pour toujours.

Il y a encore eu un coucher de soleil sur le bâtiment des études d’architecture, et les palmiers ont enfin été sauvés des eaux :

  Photos 3      et 4

Une journée presque ordinaire

Petit lever point trop pénible. Courtois échanges d’anecdotes Paris-province avec collègue français dans le bus de sept heures vingt. Deux heures de cours toniques, deux autres décevantes. Déjeuner-conversation avec la jeune « Marianne », qui apprend le français. Autres bâtons rompus sous un saule avec icelle. Encore deux heures de cours. Retour assoiffé devant Xixi Campus. Marcopolette cueillie dès l’alunissage par deux étudiantes en psychologie. Consentement à les suivre et être interviewée pour leur étude sur les étrangers en Chine, à condition qu’on lui donne tout de même à boire. Dégustation de trois verres d’eau chaude. Brèves questions, longues réponses. Prolongations dans une échoppe de dim-suns avec Jing (« Cristal ») et Wen (« Nuage »). On promet de se revoir.

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Dans lequel Marcopolette retourne au Lac parce qu’il fait beau et qu’elle a envie de faire un tour en bateau

Cette semaine, l’une de mes étudiantes avait préparé un exposé sur le « Petit Prince » - en anglais, bien entendu, et avec vidéo, bien évidemment. Mes jeunes Chinois sont les rois de la vidéo, faut voir avec quelle dextérité ils vous allument tous les machins tapis autour du bureau, dessus, dessous et au plafond. Et comment, du mardi au jeudi, ils vous préparent un exposé avec projections diverses et variées – avariées, hélas, parfois, car recopiées sans vergogne de je ne sais quel site internet et innocemment ( ?) redonnées telles quelles. Parfois le texte de l’essai, totalement pompé lui aussi, apparaît en même temps sur l’écran, agrémenté d’un fond hollywoodien, ou bollywoodien, disons chollywoodien, choisi par le ou la coupable – en général, ce sont les filles qui adorent les couleurs baveuses qu’elles trouvent tellement « cute » ou « romantic ». Les garçons ont aussi leurs petits péchés mignons : tout ce qui bouge et qui n’est pas une « girl » est un « guy ». Et tous, ils ont bien du mal à comprendre 1) pourquoi, après discussion sémantique, j’ai déclaré que je ne voulais plus entendre ces mots-là hors contexte précis, et 2) pourquoi je refuse qu’on me serve du réchauffé d’internet, et en général tout ce qui ressemble de près ou de loin à du plagiat ou du piratage. Ah bon ?! Mais si j’écris moi-même mon texte, ce sera beaucoup moins bien qu’un texte déjà tout fait ! Il y aura peut-être des fautes ! J’aurai une moins bonne note !

Je me demande parfois s’ils ne se moquent pas un peu du prof, mais pour autant que je puisse en juger ils ont l’air sincères, et sincèrement ébahis devant ces exigences inouïes.

Du coup, j’avais déjà eu droit à un Petit Prince totalement frelaté, réécrit, redessiné, les dessins de St-Ex méconnaissables sur des fonds fondants-fondus-faisandés, de la fraise, de l’épinard, de la citrouille bien malaxés ensemble, toutes saisons confondues. Pourquoi l’oratrice avait-elle rajouté ce cauchemar de maraîcher en faillite ? Ben, pour que ce soit « more cute », bien sûr ! Et pourquoi, à la fin, l’aviateur et le Petit Prince s’en vont-ils main dans la main, vus de dos, façon Charlot et sa Gamine dans les « Temps Modernes » ? Mais… pour que ce soit moins triste, « more romantic ». Et puis, vous avez dit qu’il ne fallait pas recopier, alors…

(Oui, dur métier. Mais on ne s’ennuie jamais)

Bref, cette semaine je craignais le pire, mais heureuse surprise, rien de trop grave à reprendre. Et même, un joli temps d’arrêt ému sur le Petit Prince qui tire sa chaise plusieurs fois pour voir plusieurs couchers de soleil. (Une petite naïveté cependant pendant la discussion, quand une fille me demande : « Miss Anne, vous croyez qu’il meurt vraiment, le petit Prince ? »).

Mais aujourd’hui c’était dimanche, et c’eût été un grave péché de ne pas aller au Lac, même toute seule, essayer de faire un tour en bateau par un temps pareil, doux et frais à la fois, avec ce ciel bleu qui persiste, un air si clair, mais pour combien de temps ?

Au bout de Xixi Lu, ce n’est pas le Petit Prince que je croise, mais deux petits garnements qui jouent aux billes avec les petites pommes de la vendeuse de fruits. Laquelle se précipite pour les récupérer :

  Photo 1

Une fois dans l’avenue qui mène tout droit au Lac, c’est l’arroseuse municipale – je voulais vous en parler depuis longtemps - qui une fois de plus revient m’enchanter, c’est le cas de le dire, avec les airs « occidentaux » qu’elle enchaîne à cœur joie avec un son de locomotive en plastique – y compris « Frère Jacques » et « Happy Birthday to you ». Li Hua me disait même que les gens sont toujours très contents de l’entendre quand ça tombe justement le jour de leur anniversaire !

  Photo 3

L’automne à Hangzhou, c’est aussi l’odeur délicieuse des petites fleurs jaunes des buissons d’osmanthe (l’emblème de la ville), une odeur fraîche et persistante à la fois, sans rien d’entêtant mais qui parvient même à vaincre celle des pots d’échappement. Un parfumeur qui saurait la reproduire verrait sa fortune faite, et rien que ce nom, « Osmanthe », sur un flacon chinois !

  Photos 4      et 5

On approche du lac… voilà le marchand de ballons :

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Ici, les ballons ont un cœur de ballon à l’intérieur du ballon… Je ne sais pas ce qui me retient de m’en acheter un (un de ces jours je vais craquer, et tant pis pour les conséquences !) :

  Photo 8

La foule autour du lac, quand il fait beau et que c’est dimanche. Et la foule à la maison de thé près des lotus :

  Photos 9      et 12

Dimanche ou pas, les jardiniers bossent, pendant que d’autres se promènent :

  Photos 18      et 20

Quelle que soit la saison, je crois qu’il se passe toujours quelque chose autour du Lac. Ainsi, les rangées de saules sont doublées par des rangées de pêchers qui, m’a-t-on dit, seront en fleurs dès février ;-)

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N’empêche, je vois beaucoup de bateaux mais toujours pas d’embarcadère… Oh, là-bas ! Le monstre du Lac de l’Ouest ? Mais non ! Un cerf-volant !

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…qui se transforme très vite en poisson volant :

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Et là ! Une longue file de fleurs volantes ! Celui qui les tient ne cesse d’en rajouter, et la file monte de plus en plus haut :

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Attention ! Un aigle cerf-volant !

  Photo 38

Et encore d’autres cerfs-volants, pas très grands mais diablement véloces, qui vrombissent comme des moteurs. D’autres fleurs volantes surgissent tout à coup pour leur disputer le ciel :

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Toujours pas d’embarcadère… Pour me consoler, allez, je fais comme le Petit Prince, j’attends le coucher du soleil…

  Photos 25,     33

Mais je ne suis pas triste, au contraire, j’ai même appris à dire « wo hen gao xing », « je suis très contente ! » :

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Et voilà !


Dans lequel Marcopolette se fait des amies sur le trottoir, brave les rues en folie pour un coucher de soleil, et découvre la colline aux bambous.

Dès qu’il fait beau on les voit revenir, les petits, tout petits artisans de Xixi. Ils me manqueront tous. Ils sont d’une autre époque, et pourtant de celle-ci, terriblement transitoire dans ce pays de buildings. Pauvres parmi les pauvres, ils sont venus des campagnes (les gens qui en parlent on toujours un geste vague pour dire que c’est loin), et dès le matin ils sont là, sur le trottoir défoncé déjà bien encombré de piétons, ils sont là à bosser. Je n’ose pas toujours les photographier car tant de pauvreté n’a rien de pittoresque, je ne veux pas en faire des images d’album. J’ai peur qu’ils n’y voient que curiosité, alors qu’au contraire, leur dignité est telle qu’elle ne s’effarouche pas : le plus souvent ils sont très fiers et prennent la pose lorsqu’ils me voient ajuster mon petit appareil.

Ainsi de la vendeuse de pots de fleurs, ravie que j’entre dans son jeu et que je lui marchande une de ses plantes tout en admirant le cache-pot qui allait avec - du coup, elle m’a donné une soucoupe en me faisant bien remarquer qu’elle était « bleu de Chine » (et j’ai tout compris !) A côté d’elle sa copine couturière bossait sans s’arrêter pour si peu. Je les ai donc « prises » toutes les deux en leur promettant de leur donner les photos.



Dix minutes plus tard, après quelques tours de magie, je redescendais leur apporter à chacune leur portrait en couleur sur une feuille de papier. Je m’étais attendue, certes, à des réactions de plaisir, mais pas à tant d’exclamations que tout le monde s’arrêtait pour écouter, contempler, comparer, même les cols blancs cravatés qui passaient pour aller déjeuner restaient absorbés comme s’ils n’avaient jamais vu de photo de leur vie. La couturière riait aux éclats en montrant la caisse crevée de sa machine à coudre, c’était tout à fait ça !

  Photos 1     , 2

En retournant à Babel je me suis permis de photographier en catimini l’une des échoppes où l’on sert à manger très vite et pour trois fois rien (mais j’avoue que la saleté m’a depuis longtemps empêchée d’y retourner) :

  

Je ne me lasse pas non plus du linge de la blanchisseuse :

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On n’est pas dans le Sud du pays pour rien ! Quand c’est l’heure, je vois partout des gens s’arrêter pour dormir, dans les salles de profs de la fac des collègues s’affalent sur une table, ou bien restent assis sur leur chaise, bras ballants et tête renversée, dans la rue les transporteurs de déchets et paquets divers s’endorment dans la caisse de leur tricycle… il ne viendrait à l’idée de personne de réveiller qui que soit, et d’ailleurs aucun bruit ambiant ne les réveille. Ici aussi, tout est prêt, même s’il a fallu consolider un peu le divan des rêves :

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Coucher de soleil sur le Lac de l’Ouest

Xi Hu, le Lac de l’Ouest, je crois que je ne m’en lasserai jamais. En ce moment il fait exceptionnellement bon, doux et frais à la fois, le ciel est bleu depuis plusieurs jours, mais tout peut changer à tout moment – vent, pluie, grisaille, qui sait comment l’automne va s’installer ? Aussi, mercredi après-midi, je prends mon temps et mon élan, et dès quatre heures je prends Xixi Road sur la droite, puis encore à droite, et puis c’est tout droit, le lac est là-bas, un grand quart d’heure et il n’y aura plus qu’une avenue à traverser dans le jet continu de la circulation, arrogance des bagnoles de luxe, impatience des taxis, vélos qui tournent dans tous les sens avec leurs freins trafiqués pour hurler plus fort que les klaxons et les beuglements des bus qui passent quand ça n’est pas leur tour ; et les piétons s’élancent dans tout ça avec un aplomb et une sérénité qui, de fait, semblent leur assurer une immunité de fait, comme s’il suffisait de ne pas regarder le danger pour qu’il vous évite. Tout de même, la Chine est le pays du monde où il y a le plus d’accidents mortels, non seulement en valeur absolue, ce qui serait logique, mais aussi en valeur relative. Ce qui me sidère le plus, ce sont les vélos sans lumière qui transportent sur leur porte-bagages un tout-petit sans casque ballotté dans un vieux siège de plastique tout vacillant :

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Mais nous voilà au Lac, que nous cache fugitivement un taxi :

   (rouleau 49), Photo 03

Tout de suite, c’est le miracle, on entre dans une foule paisible et souriante qui trouve d’instinct son harmonie, on est « parmi », et le regard voit loin, attiré par les bateaux qui croisent tout là-bas :

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        7.

A travers les branches d’un saule on discerne le pont, que l’on rejoint bientôt :

  Photos 8      et 9

Tout le monde photographie tout le monde, des soldats essoufflés terminent un parcours pas trop désagréable :

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Et le soleil descend :

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La colline aux bambous

On ne me dit jamais rien !!! Depuis pratiquement deux mois (eh oui !) que je suis ici, je ne savais pas que derrière Xixi, au-delà d’une autre route dangereuse, se trouvent des collines dans lesquelles Li Hua, l’intendante de Babel, va se promener tous les jours après son déjeuner. Une petite heure, pas plus, ce qui me paraît très faisable. Temps magnifique aujourd’hui encore, hop, allons-y.

  Photos 1,      3.

Lia Hua est totalement étonnée – c’est tout juste si elle me croit – quand je lui apprends que chez nous les montagnes ont des sentiers, pas des escaliers comme ici :

  Photos 2,      4.

Pas de petits préaux ici, les arbres et les bambous géants suffisent à donner de l’ombre :

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Pas assez pourtant pour les belles qui craignent pour la blancheur de leur peau !

                           

Demain samedi, beau temps assuré car je retrouve Ciel Bleu, mon tout premier ange gardien chinois. Il veut venir m’installer un logiciel pour regarder des films et m’apporter « des choses ». A suivre…

Dans lequel Marcopolette ne craint pas d’ennuyer ses amis en leur proposant une nouvelle soirée diapos

Mais vous pouvez zapper, regarder juste les images sans les commentaires, les commentaires sans les images, méditer devant les poules et picorer devant les bouddhas… enfin, vous promener tout pareil que dans un jardin chinois !

Car grande journée, samedi dernier : départ dès le matin, avec tout un autocar de collègues chinois (nous ne sommes que quatre « Foreign Experts) pour deux heures d’autoroute vers la province voisine de Anhui. Pris beaucoup de notes en regardant par la fenêtre, mais je vous en fais grâce pour aujourd’hui. Juste une petite photo des montagnes (j’aime bien les montagnes chinoises) :

  

Et on arrive à Yuxian : au milieu de maisons très récentes et toutes semblables, une très vieille ville préservée et vouée au tourisme. Les Chinois se passionnent désormais pour la découverte de leur pays : chaque semaine de vacances ou week-end les envoie visiter une province plus ou moins lointaine, en avion s’ils ont de l’argent, mais les heures d’autocar ne leur font pas peur. Aussi, après l’ère des frénésies de destruction des vieux quartiers, on commence à rebâtir à l’identique, et à présenter aux touristes ce qui n’avait pas encore péri :

        
        
  

Sur la place, l’ancien théâtre. La galerie était la scène. On me dit que le fameux théâtre de Pékin a trouvé son origine ici.

  

J’aime bien les (belles) plantes en (jolis) pots, que l’on trouve un peu partout, y compris sur notre campus, sur les terrasses rectilignes des étages de bureaux. Alors voilà…

  

Attention, collègues, ce portique annonce (en lisant à l’ancienne, de droite à gauche) un musée consacré à un enfant du pays, « le plus grand professeur de tous les temps ». Faut voir ça !

  

Voilà le rival ! Dans le musée, plein de photos sépia le montrant effectivement en pleines séances de congratulations. Et dans diverses vitrines, j’ai vu – entre autres - son masque mortuaire en plâtre, le moulage de sa main (en plâtre aussi, façon Chopin), ses lunettes années 30, son chapeau marron…

  Photos 28,      30,
             33 :

Partout des ruelles étroites où des maisons encore toutes neuves voisinent avec d’anciennes habitations de familles riches, partagées aujourd’hui entre des gens très modestes, souvent de petits artisans qui essaient de vivre du tourisme. Echoppes ouvertes sur la rue, habitations minuscules, parfois on ne sait pas trop ce qu’on voit.

  Photo 32 :

Sur une pile de journaux, un brouillon (je suppose) du calligraphe qui nous reçoit à l’intérieur en espérant vendre trois des « quatre trésors » de la calligraphie : la poudre d’encre, la pierre à encre pour la mélanger avec de l’eau à l’aide d’un petit pilon (troisième trésor). Il n’y a que le papier (très cher) qui ne soit pas là.

  Photo 36 :

Un petit garçon fait ses devoirs avec une petite fille qui a arrêté sa trottinette pour l’aider (et aussi pour nous regarder). Sa grande sœur, sans doute : quand un petit garçon est veillé par une fillette plus âgée, c’est que les parents ont eu droit à une « deuxième chance » pour qu’il soit là…

  Photos 40,      41 :

Encore une ancienne maison de maître, restaurée cette fois pour servir de musée. Et une « alcôve chinoise » !

Le temple bouddhiste

  Photos 46,      49 :

Les bâtons d’encens peuvent être aussi énormes que nos cierges.

  Photo 47 :

Confession ou consultation ? Le Bouddha couché semble avoir choisi l’indulgence…

  Photo 50 :

Le petit linge des moines sèche au vent des pierrailles, parmi les herbes folles

  Photo 48 :

Un dernier regard à la pagode. Je regrette vraiment de ne pas pouvoir mieux saisir, mieux comprendre où je suis. Nous avons bien une guide, mais elle n’explique qu’en chinois. Notre collègue français, Nicolas (c’est pas sa faute !), a déjà beaucoup vécu en Asie et m’explique tout ce qu’il peut, mais j’ai conscience du gouffre sans fond de mon ignorance.

  Photos 52     -5 3 :

On est loin de nos ascètes maigrichons ! Suivons donc cet exemple et goûtons le jus de canne à sucre que proposent toute une série de petits marchands.

Autre village, autres jardins

  Photos 56,     63 :

Cette enfilade de portiques – me dit une collègue chinoise digne de foi - a été érigée en son temps par l’Empereur à la mémoire d’une femme tellement vertueuse, que même après la mort de son mari elle n’a jamais voulu se remarier (quel exemple, Messieurs !!!)

  Photos 57,      58 :

Un temple pour femmes

  Photos 61,     62 :

Un temple pour hommes, avec, sur la droite, la calligraphie de deux des vertus cardinales du bouddhisme : Honnêteté et Fidélité (merci Nicolas !)

  Photos 64,     65 :

Dans une rue du village, une porte ouverte sur un jardin d’enfants (ils doivent avoir trois ans, pas plus), en train de réciter tous en chœur (les acrobaties de nos sciences de l’éduc’ ne sont pas encore parvenues jusqu’ici). Malgré moi, je compte les filles : très peu de frimousses à rubans et barrettes. Où sont-elles ? Où sont les autres ? Ça ne m’empêche pas de plaindre le petit puni assis tout silencieux sous le tableau noir…

  Photo 68 :

Voilà une vraie basse-cour comme je les aime, avec un vrai grillage, chicken-wire bien nommé, et dedans, de bonnes grosses poulettes bien dodues qui finiront en bonne sou-soupe sur un plateau tournant. Grippe aviaire ou pas (et plutôt pas, d’ailleurs), ça fait plus envie que les congelés blêmes de chez Auchan.

Et pour finir… des nouvelles de Brenda !

Ah, Brenda ! Ça faisait longtemps, non ? Eh bien, malgré sa grande humilité (vertu cardinale des cœurs simples d’autrefois), elle m’a fait savoir que ça lui remonterait bien le moral qu’on lui change sa petite cartouche d’encre noire. Me revoilà donc chez Ali Baba, non sans avoir demandé à Bill, qui sait tant de choses, comment on dit « cartridge » en chinois – mais le gredin s’étant éclipsé en pouffant, j’ai pris soin d’amener la cartouche vide. Las, malgré cette astuce, mêmes scénarios qu’en septembre, même impossibilité pour les vendeurs à lire le mot « Canon » sur un bout de papier, la marque qu’ils vendent, pourtant, zut ! Ce qui a changé, c’est que maintenant je comprends parfois un mot au vol, il y a tous les autres autour mais ça ne m’étonne plus, alors je ris, ils rient, on rit vraiment, on rit ensemble pour se prouver qu’on se comprend quand même et que tout ça finira par d’autres rires et de grands « xiéxié » réciproques… Et c’est vrai : en moins de trois quarts d’heure, je suis de retour à Xixi Road avec dans mon sac un nouveau biberon pour Brenda… que je n’ai pas encore su lui donner, mais ça viendra, vous allez voir, ça viendra…

              

Un jeudi ordinaire

Hier jeudi grande journée huit-à-huit, précédée bien sûr par une mauvaise nuit et suivie par une petite angoisse devant l’arrêt de la navette qui doit normalement ramener les profs vers Xixi en passant d’abord par un autre campus. Nuit et incertitude jusqu’au bout, car les horaires des navettes, strictissimes dans la journée, deviennent très aléatoires après le coucher du soleil… Heureusement, il y a quelques semaines, devant ce même arrêt j’ai fait la connaissance d’un collègue chinois, qui justement enseigne l’anglais et le parle donc tout à fait honorablement. Quand il est là, je sais que même si le bus n’arrivait pas j’aurais un ange gardien de plus dans ce vaste monde ; d’ailleurs, il m’appelle « Miss Anne », tout à fait comme une missionnaire en longs jupons dans un film en technicolor – « Bye bye, Miss Anne, see you next week ! ». Hier il me racontait que le jeudi soir il a des cours difficiles, fatigants surtout, avec des débutants, des étudiants en droit issus des « minorités », c’est-à-dire venant d’une province dont je n’ai bien sûr pas retenu le nom (« vers le Nord-est », mais ce n’est pas la Mongolie), pour qui le chinois a déjà été une deuxième langue, et qui ont bien du mal avec l’anglais, devenu obligatoire. J’imagine l’exil total de ces gamins-là, le travail d’adaptation qu’ils doivent fournir en plus du travail proprement dit… Est-ce qu’ils restent entre eux pour s’entraider ? Est-ce qu’ils se font d’autres amis ? Comment les regarde-t-on ?

Bien sûr, je n’officie pas douze heures de suite, tout l’après-midi j’attends que les champignons kaki diffusent enfin leur petite polka de 18 h 30 pour rejoindre mes derniers étudiants, tout aussi fatigués que moi. Heureusement, ce sont ceux qui applaudissent… Mais pas toujours, attention ! L’autre soir, il faisait tellement chaud qu’on avait laissé portes et fenêtres grandes ouvertes, les moustiques ravis entraient à flots, et les claquements de mains, ce fut uniquement pendant le cours et pour tenter (vainement mais obstinément) d’en éliminer quelques-uns…

Je profite donc du jeudi après-midi pour m’acquitter de mes « office hours », c’est-à-dire que les étudiants peuvent venir me voir dans la salle des « Foreign Experts » pour me demander à peu près n’importe quoi. Ils sont d’ailleurs plus que bienvenus, car c’est l’heure où la sieste menace, malgré le thé et la conversation de Ross, mon ange gardien australien. Souvent, vers 17 heures, j’ai rendez-vous pour dîner avec un autre ange gardien, Lan Tian, « Ciel Bleu » - oui, pour dîner, car ici tous les repas ont lieu très tôt. Ça nous laisse juste le temps d’un joli bout de discussion, et pour moi, le loisir d’aller à la cafétéria et d’en revenir sans trop me presser avant mon dernier cours, car sur ce campus, où qu’on aille, les distances sont impressionnantes.

Et de fait, le ciel continue à être vraiment bleu ! Du coup, hier j’ai encore photographié quelques aspects du campus, dont je ne connais guère que les bâtiments qui me concernent :

  

vues de la fac, avec dans le lointain les nouveaux bâtiments et les grues qui continuent à travailler sans relâche…

  

géométrie des bâtiments, à laquelle s’ajoute la géométrie des jeux d’ombre et de soleil de l’après-midi… Tout au fond, quelqu’un s’est mis une table pour travailler au grand air. Sur la droite, invisible sur la photo, l’enfilade des bureaux des profs, dont celui des « Foreign Experts ».

  

Une cour intérieure. Les jardins et autres plantations sont, je trouve, très réussis, et très sérieusement entretenus – beaucoup mieux que les bâtiments, qui commencent déjà à s’abîmer un peu partout (mais ce n’est pas une ancienne de Marc Bloch qui va se plaindre !).

  

Sur le chemin de la cafétéria, le soleil déclinait déjà (il faut nuit noire à six heures).

  

L’ouest … téléphoner Maison…

  

Sous l’effet du dernier typhon, les pluies ont inondé l’esplanade des palmiers (en pots). Jolis reflets.

  

Il fait déjà sombre, mais je tenais à vous montrer ce champignon musical poussé sur le trottoir…

Pour demain samedi, l’université a organisé une grande excursion pour les Foreign Experts dans la province voisine de Anhui (ici c’est le Zhejiang). A bientôt !


Ciels bleus et topiaires

En chinois, paraît-il, « beau temps » se dit « ciel bleu, nuages blancs »). Eh bien, hier et aujourd’hui j’ai enfin vu un ciel bleu sur Hangzhou, aujourd’hui plus qu’hier, plutôt bleu Nattier que bleu provençal, mais de plus en plus BLEU ! avec, oui, c’est vrai, quelques nuages blancs venus flotter là pour qu’on puisse vraiment en croire ses yeux. Le typhon a tout nettoyé, pas pour très longtemps sans doute.

Sait-on jamais, c’est peut-être l’observation des typhons qui a donné à de géniaux ingénieurs l’idée diffusée très sérieusement par « China Daily » : lors des prochains Jeux Olympiques, pour se débarrasser de la pollution qui étouffe Pékin, il suffira d'installer « des ventilateurs géants ». Et c’est encore mieux en anglais : « giant fans », peut se lire comme « éventails géants », ce qui nous rapproche encore un peu plus d’Alphonse Allais.

Trêve de plaisanterie et place aux choses sérieuses, mes deux anges Jenny et Camille me répètent depuis un bout de temps que l’automne va arriver d’un seul coup, comme ça, vlloufff, et qu’elles se font bien du souci pour moi, car d’un jour à l’autre, assurent-elles, il peut faire vraiment très froid et elles voient bien que je n’ai rien à me mettre. Que faire, que faire, en présence d’anges aussi perspicaces ? sinon prendre la direction des grands magasins…

Et nous voilà dans le bus, puis dans un palais de la fringue où je vois bien tout de suite que c’est pas pour mon budget – les mêmes marques qu’en France, avec des prix plus hallucinants encore, car vu le cours du yuan par rapport à l’euro on y a même ajouté un zéro à la fin ! Le tout taillé pour des poupées Barbie plutôt que pour leurs mamans, ce qui en dit long sur le prix du centimètre carré chez Prada.

Mais les anges sont là pour faire des miracles, et mes anges chinois découvrent tout à coup une série de stands de vêtement chinois, haaahhhh, juste ce qu’il me faut, pas de gris-noir terreux et tristounet, non des couleurs bien franches, du rouge chinois que j’aime tant, du beau bleu indigo qui me plaît tout pareil, et ce violet peut-être, et en plus tout me va, que faire ?

(Hé, les garçons, si ça vous embête vous pouvez toujours aller agiter des éventails à Pékin, hein, je sens qu’on va bientôt manquer de bras là-bas…).

Bref, on ressort de là absolument enchantées toutes les trois, avec rien que des belles choses, deux vestes en laine, doublées et tout, l’une bleue avec des motifs argent tout autour et au bas des manches, l’autre rouge chinois, oui, avec un col Mao en velours noir (même si ici on dit en fait « col Sun Yat Sen »), et puis aussi un chemisier chaud tout en couleurs, et un pantalon noir en laine aussi, mais un beau noir, hein, même que j’ai eu des scrupules, si jamais tout ça était trop beau pour du tous-les-jours, mais Camille a répliqué aussi sévèrement qu’un ange peut le faire : « No, you are a teacher ». Elle doit en avoir un peu assez de mes débardeurs fatigués et de mes jupes tout aussi sempiternelles (moi aussi, j’avoue). Tiens, c’est vrai, ça, pour tout un hiver c’est peu, finalement, faudra bientôt revenir !

J’en entends d’ici qui réclament des photos. En voilà, en voilà ! Non, pas encore celles des jolies vestes avec Marcopolette dedans, mais celles qu’on a faites sur la place autour de laquelle se trouvaient tous ces beaux magasins. Regardez, ce sont des personnages quand même :

       

Et puis mes anges :

  

Mais la plus surprenante, c’est peut-être encore celle-ci : des nains de jardin qui sont eux-mêmes des jardins !

  

Tout autour veillent des buildings que pour une fois je trouve très beaux – surtout quand ils réfléchissent le bleu du ciel !

  

Dans lequel Marcopolette visite la Vallée des Volcans et reçoit plein de cadeaux

Samedi, nouvelle invitation de Meng Xiaomin : il s’agissait cette fois de passer la journée « à la campagne et en famille ». Rendez-vous à 9 heures du matin devant Xixi Campus, tout près de Xixi Road. Une voiture passe me prendre, avec à son bord, outre Xiaomin, une dame âgée et ses deux fils : l’un nous sert de chauffeur, l’autre m’est présenté comme peintre et « professeur aux beaux-Arts ». Il a passé trois ans à Paris autrefois et se souvient très honorablement du français. Je ne suis pas plutôt entrée dans la voiture qu’il m’offre (des deux mains et en s’inclinant, comme on fait ici pour tout ce qui est plat, carte de visite, billet de banque ou devoir d’étudiant) une pochette contenant un très joli foulard de soie, tandis que Xiaoming me met d’autorité dans les mains deux livres sur Hangzhou. Protestations, confusion, etc. : je ne sais vraiment pas comment remercier, et je n’ai encore rien vu !

On quitte la ville, et aux abords de l’autoroute on prend la femme du peintre et leur fils, ou plutôt on se répartit dans les deux voitures. Le fils vient avec nous - un ado réfugié dans une obésité impressionnante, qui s’enferme illico dans un tête-à-tête têtu avec un jeu vidéo. Une petite heure d’autoroute, et on arrive dans la montagne annoncée : la Vallée des Volcans - en fait une région de collines vertes très douces, où les paysans se sont recyclés dans le tourisme et la restauration, exactement comme nos fermes-auberges vosgiennes. Dès le parking, une surprise : un vrai ciel bleu !

  

On m’avait déjà prévenue plusieurs fois : les montagnes chinoises ne s’escaladent pas comme les nôtres, par des sentiers plus ou moins sinueux, mais par des marches d’escalier ! Aussi je m’attendais à une montée toute en raideur, un peu comme chez nous pour aller à la plate-forme de la cathédrale – avec peut-être des serpents en plus - des vrais – j’en ai tellement de dégoût que j’ai même appris le mot, au cas où - mais pas du tout ! je ne vois que des volées de marches douces regroupées par-ci par-là entre des paliers, le tout ombragé par des tunnels à claire-voie. Et comble de luxe : des chaises à porteurs !

                 

J’avoue que je me laisserais bien tenter - pas vous ? (Allez, sincèrement !). Mais la vieille dame qui est avec nous refuse en souriant, tant pis, je ne vais pas faire ma chochotte. Et il est vrai qu’aménagée ainsi la promenade est très agréable. On passe devant une pagode, puis une source d’eau claire où tout le monde veut tremper ses mains :

       

Les rochers sont parfois profondément entaillés par des inscriptions peintes en rouge épais . Je me fais traduire celle-ci :

  

« Ici les enfants peuvent jouer dans l’eau ».

Et en effet :

  (photos 12, 13      

Mais les grands aussi !

       

Sur le pont les promeneurs rigolent, mais un autre volontaire est déjà prêt. Et voilà comment on s’enferme dans sa bulle !

  (photos 34, 35      

Et hop ! En avant sur les mers prometteuses !

(photo 36

Quant à nous, nous repartons vers d’autres points de vue : non, nous ne sommes pas dans les sapins, mais dans les bambous !

  (photos 16, 38      

Grand merci aux vieilles dames de quatre-vingts ans : on s’arrête souvent sous l’un ou l’autre des tunnels dont les bancs invitent au repos. J’aime beaucoup aussi le chargé de voirie que nous rencontrons au hasard de ses interventions : il picore un bout de papier par-ci, choisit d’éliminer un mégot par-là, tout en arrosant le sol de la cendre de son propre (?) mégot :

  (photos 24, 18      

Mais c’est l’heure du déjeuner. On traverse le petit torrent et on redescend vers le village, avec une jolie vue sur les galeries par lesquelles nous sommes montés :

       
       

Déjeuner de campagne ou pas, nous nous installons, comme toujours quand on est en compagnie, autour d’une table ronde pourvue d’un plateau tournant qu’une serveuse va venir garnir sans relâche de plats de toutes sortes : poulets de la ferme, fritures de la rivière, aubergines bleues, concombre en sauce, tofou, choux, pommes de terre découpées en lanières comme chez nous le céleri… j’en oublie… Et une poule au pot, et du ragoût de sanglier (les paysans ont le droit de le chasser toute l’année pour protéger leurs récoltes), et pour finir (toujours pour finir) de la soupe aux nouilles. Tout est délicieux, tout le monde est épanoui. L’ado, qui s’est installé à côté de moi, ne cesse de me conseiller de reprendre de tout, en m’assurant que c’est « very delicious ». Et la vieille dame n’est pas la dernière à se resservir de chaque plat. Quelqu’un fait remarquer que je sais bien me servir des baguettes ; je ne sais pas encore comment on dit « fastoche !» en chinois, mais j’ai bien compris et je suis très flattée. Les arêtes et les petits bouts d’os ne me font plus peur non plus, pllfffouhhh ! je les recrache dans mon assiette comme une grande.

Après le déjeuner le patron insiste pour me donner le reste du sanglier dans un sac en plastique. On passe devant des échoppes qui vendent un peu de tout. L’ado, définitivement apprivoisé, me dit que son nom anglais est « Tommy » et m’offre une petite tortue en plastique vert façon jade, qui peut agiter les pattes et porte sur son dos une autre tortue encore plus petite. Très joli. L’un des messieurs qui était à table avec nous insiste, lui, pour m’offrir un chapeau de paille blanche, dont le peintre me dit qu’il me va très bien. Je ne sais plus où me mettre.

Là-dessus, on reprend les voitures et on va visiter un temple bouddhiste :

       

Sur le pavillon d’entrée je crois reconnaître l’idéogramme « roi » : est-ce qu’ici même les rois doivent balayer ? (ce serait assez logique)

Vestibule : ici les dieux sont très méchants avec les mauvais joueurs de guitare !

  

Puis c’est l’escalier vers le grand temple, avec ses immenses bouddhas dorés, si luisants que les photos étaient impossibles (dommage, Vanessa, je les aurais voulus exprès pour toi). Ça sent l’encens comme dans nos cathédrales. Sur les autels, des offrandes de nourriture :

  

Sur un autel plus petit, une divinité au dragon – un dieu-homme, malgré les apparences, me dit le peintre. (Il doit savoir : en entrant sa femme et lui se sont agenouillés et inclinés trois fois devant la grande statue) :

  
  (photo 54) :

cette douceur… la Vierge Marie ? Non, encore un homme…

  

Les Rois Mages ? Non plus ! Pourtant…

Un dernier coup d’œil aux montagnes avant de repartir :

  

Pas plus que Zazie dans le Métro je n’ai vu de volcans au Pays des Volcans, mais peut-être étaient-ils justement partout sous nos pas…

On me reconduit jusque devant Xixi Road. Pendant que je rassemble mes cadeaux, le chauffeur me tend encore – de sa part à lui – une immense et très belle boîte en carton contenant deux grandes boîtes de thé vert de Hangzhou (j’en avais déjà vu de pareilles dans des magasins et elles me faisaient très envie), et un grand sac de patates douces !

J’écris ceci alors que la pluie et le vent battent mes fenêtres depuis le noir du dehors : qu’il pleuve ou qu’il vente, même si le typhon annoncé pour cette nuit devait isoler Babel, j’aurais de quoi inviter tous mes anges gardiens à prolonger cette journée extraordinaire !


ENCORE UNE SOIREE DIAPOS !

"Et qui êtes-vous, je vous prie ?" m'avait demandé sévèrement une dame chinoise d'un certain âge et vaguement replète en m'entendant corriger le français d'un étudiant débutant venu me solliciter entre deux cours. Surgissement immédiat des surgés du lycée et de leurs interdits, le ton y était autant que la silhouette, mais je n'ai plus quinze ans (oh non, pas "hélas" !) et je me suis présentée sans faiblir, vaguement amusée de la résonance de mon nom dans ce cadre improbable.

Or, cette dame-là, directrice du Département de français, ne me veut que du bien, et a commencé par m'inviter au déjeuner des profs de français de la fac en l'honneur de la Semaine Dorée (l'une d'elles, car presque toutes des femmes, avait même acheté une demi-bouteille de Sauternes qu'on a sirotée tiède en guise d'apéro). Puis m'a baladée hier dans un parc magnifique, autour de la maison d'un riche marchand d'autrefois, non sans m'avoir offert d'abord un éventail dont j'ai, tout comme elle, "donné furieusement" dans le taxi, tant la chaleur est encore difficile à supporter parfois. Et nous avons passé une après-midi idyllique, que j'aimerais bien partager un peu avec vous maintenant.

Donc, fermez rideaux et persiennes, remettez le chat sur Mémé ou alors à la porte si c'est son quart d'heure de folie (mais, non, pas le quart d'heure de Mémé !), qui c'est qui éteint la lumière, on commence :

Comme toutes les vieilles maisons de maître chinoises (à Canton aussi, si vous avez bien suivi), celle-ci se compose de plusieurs pavillons. Mon guide m'a bien fait remarquer que les jardins chinois sont toujours de proportions relativement modestes. On est loin de Versailles et de ses grandes perspectives : au contraire, on suit des chemins sinueux, on traverse les rivières et les pièces d'eau sur des ponts dodus ou des pierres plates (plus ou moins), afin d'aller lentement, de se laisser arrêter par tout ce qui, à chaque pas, attend le regard :

Pavillons :

  3,      4,
                                                             
   40.       5
 
  36,

Dans les murs, on a souvent pratiqué des ouvertures en forme de cercle (pour la lune) ou en éventail :

  photos 6,     38.

Certains pavillons ont été ici convertis en maisons de thé, voire en simple lieux de repos (mais voilà des fauteuils qui n'encouragent pas à la paresse !)

  

Entre les pavillons, des étangs et des bassins, alimentés par l'eau du Lac de l'Ouest, dont nous sommes tout près. L'eau n'est pourtant pas stagnante, me révèle Meng Xiaomin, et cela grâce à la présence... de poissons rouges, chargés d'y apporter de l'animation!

        32,
        
  Photo 35 :

et les oies, qu'est-ce qu'elles attendent là ? Mystère...

Une terrasse ouvre directement sur la fraîcheur du Lac,

  (N°11

ses lotus,

  (21),

ses bateaux

  (17,
   18     , 24

...et même ses sapins, sur lesquels il neige en hiver !

  

Nous restons une bonne partie de l'après-midi assises sur des tabourets de pierre, à faire connaissance en énumérant des villes françaises - Xiaomin a fait ses études à Lyon et Rouen, et connaît même la Tunisie. Le Lac sent l'eau douce, les bateaux couverts y errent sans hâte, les buildings de la ville sont noyés très loin là-bas, dans la brume de l'autre rive.

Est-ce déjà l'automne ? Non, une lumière de soleil couchant :

   N° 37

Nous rentrons en traversant un coin de forêt :

  42,      44,
  45,      51

Autres lotus, autres pavillons :

  49,                 50
  43,      46,
   52,      53

Au loin sur le pont là-bas, il faudra rejoindre la foule !

  

Allez, on rallume, et surtout on applaudit bien fort et une fois de plus mon Minou, génial maquettiste et dévoué metteur en page, sans qui Marcopolette ne serait pas ce qu'elle est - mais nombreux sont ceux qui le savent déjà !


Une journée de vacances

Hier 2 octobre, après-midi et soirée en compagnie de deux nouveaux anges gardiens, "Jenny" Et Tang Qi, qui termine des études d'architecture et commence le français pour aller continuer à Paris l'an prochain. Elles m'avaient proposé un musée de calligraphie, tout près du Lac - d'un autre endroit du Lac que celui où je vais d'habitude. Il a fallu prendre un bus, assez longtemps - on est dans la "semaine dorée", où beaucoup de Chinois sont en vacances (sauf les restaurants et les commerçants !), ce qui signifie embouteillages à toute heure.

  PICT0001.JPG :

ça se lit à l'ancienne, de droite à gauche : ""La grande mer" Le dernier caractère (celui de droite) se retrouve dans "Shang Hai", "la ville sur la mer" - et aussi, pour les amis d'Ouï Lire, dans "Hoi Ma" (prononciation du Sud) : "l'Hippocampe", ou "Cheval de mer".

  PICT0002.JPG :

Dès l'entrée de la première salle, on est saisi par ces deux demi-troncs qui ont servi de support à des inscriptions - poèmes ? Mystère sur mystère...

  PICT0005.JPG

Le caractère à droite : un arbre au-delà de deux battants de porte ouverts, signifie "liberté" - me dit Tang Qi.

  PICT0008.JPG :

"Camille", qui préfère quand même son nom chinois, Tang Qi, et "Jenny", qui, au contraire, signe toujours ses messages du nom occidental qu'elle s'est choisi. En plus, je trouve que "Jenny" lui va bien, ça m'évoque des femmes à la fois sérieuses et rayonnantes, faussement fragiles, Jenny la Fiancée du Pirate dans l'Opéra de Quat'sous, Jenny Lund la cantatrice qui fut aimée sans espoir par Andersen... (on peut continuer sa propre liste...).

  PICT0011.JPG :

Tang Qi photographie deux étudiants chinois devant la "Grande Mer"

  PICT0012.JPG :

A l'étage du musée, les peintres contemporains, souvent des professeurs ou des étudiants en calligraphie (le musée fait partie de l'Université). Ici, un artiste rageur a recouvert de caractères traditionnels des pages de magazines occidentaux, avec leurs pubs et leurs photos retouchées de femmes improbables. J'avoue que je suis très soulagée de voir ça. Le fameux choc culturel auquel on s'attend en allant voir un pays supposé si différent, ce n'est décidément rien, comparé au vertige de ce "rien" terrible que je ressens si souvent, entre des richesses passées devenues invisibles et l'imitation forcenée d'une modernité arrivée trop vite. Et je vois là qu'il préoccupe et indigne aussi parfois les Chinois, ceux que par définition on ne rencontre pas dans des lieux banalisés. Jenny, je l'ai connue lors de la petite fête d'étudiants pour le lancement du dernier numéro de leur magazine. Par elle, Tang Qi, puis Miao Hua, son professeur de dessin et d'esthétique, avec qui nous avons beaucoup parlé de tout ça en buvant du thé vert dans son studio minuscule aux murs couverts de livres. La cinquantaine encore récente, des cheveux très noirs et très épais, il parlait beaucoup du bouddhisme (il officie parfois dans un temple près du Lac), et taquinait avec bienveillance Jenny, qui veut commencer des études de philosophie

       PICT0015.JPG

En sortant du musée, repos près d'un petit canal où nageaient de fantastiques poissons rouges. Très rafraîchissant ! Nous aussi nous avons glouglouté nos bouteilles d'eau - la chaleur est vraiment difficile à supporter parfois.

  PICT0020.JPG

Dans une autre aile du musée, un peintre très observé. Pas un calligraphe, il peignait des bambous. Ce que je trouve toujours fascinant chez les peintres chinois, c'est la vitesse avec laquelle ils décident d'appliquer telle ou telle partie de leur pinceau sur le papier, et c'est toujours exactement la quantité d'encre qu'il faut pour appuyer ou au contraire suggérer...

  PICT0022.JPG :

Cette fois, c'est vraiment le repos, pièces d'eau et pelouses ! On ne le verra pas ici, mais un petit garçon a couru vers nous, il voulait absolument s'asseoir à côté de moi pour être pris en photo par sa maman... Parfois j'ai l'impression que je fais peur aux tout-petits, parfois leurs parents insistent pour qu'ils me disent de me dire "Hello-Bye-Bye"...

  PICT0027.JPG :

Alors, ça vous fait peur ou c'est "Hello-Bye-Bye" ? (En fait, les cheveux ont déjà bien repoussé)

  PICT0029.JPG
  PICT0030.JPG        PICT0031.JPG :

Un jardin près du Lac, avec beaucoup de petits étangs comme celui-ci,
peu fréquentés par la foule, on peut s'asseoir et faire le silence.

Dans lequel Marcopolette célèbre le Premier Octobre chinois en prenant des notes qui feront peut-être un poème

Premier Octobre



Matin de Fête Nationale "shi yi" ­ ­
pétards déjà rumeurs
de ventres
caisses claires



guerre civile ou
feu d'artifice (en plein jour ?)



Aller voir



Il fait beau



Jamais bleu le ciel
mais le soleil prépare
des pages de lumière sur
le linoléum



"shi yi" Premier Octobre
est-ce une fête de famille
on ne m'a invitée nulle part
j'ai un autre rôle à tenir
celui d'étrangère tranquille
aller dehors, marcher
­ le Lac peut-être
­ avancer dans les rues
on verra bien



Au Restaurant du Dragon
il y a toujours de la place
chaises drapées de housses pâles
comme des salons délaissés



attendre cahier sur la table
entrer dans l'écriture c'est s'isoler encore
c'est n'être jamais seule



Premier Octobre ici Dix-Sept Mai à Oslo
chacun son Quatorze Juillet
souvenir d'un espoir



attend-on que je félicite ?
("gratulerer med dagen")



Au-dehors toutes les bagnoles
toutes neuves
toutes-puissantes
des nouveaux riches tout-puissants



Malgré les couleurs du menu
je ne sais pas ce qu'on m'apporte
et les serveuses rient
(je ris aussi)



Miao Hua le peintre hier soir
qui nous servait du thé
devant son mur de livres
qu'a-t-il vu de ce demi-siècle
pour rire si fort
si souvent ?



Affluence de familles
parents d'héritiers sans cadets



Petit prince au crâne rasé
fillette raidie de rubans



quels seront vos objets de haine ?








  PICT0001.JPG

Mais qu'est-ce qui se passe à Babel ?

Premier Octobre ou pas, le petit peuple de Xixi continue à bosser :

  PICT0003.JPG :

le séchoir de la blanchisseuse

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la grand-mère du Petit Prince

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les balayeurs : tous les jours ils remplacent le bouquet de feuilles qu'ils ont usé

        
                                      Xixi Road par beau temps
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alors c'est bien ça, on va être emmurés, engrillés, modernisés, déjà les plaques annonçant "Babel" ont disparu, et aussi les deux petits lions...

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HELP !!!