MarcoPolette

Anne-Marie en Chine

Bref billet, longues distances

Parfois, je me prends encore à regretter de ne pas aller donner mes cours à Xixi Campus. Pas seulement parce que c’est le prolongement naturel de Xixi Lu (Xixi Road) et de notre Babel d’« experts » en expatriation, mais aussi parce que dès l’entrée on se prend à rêver de l’époque où l’on construisit les campus de Hangzhou. J’en ai une petite idée depuis que l’université nous a offert des « gâteaux de lune » (vous vous souvenez ? la Fête de la Lune, le 25 septembre, 2 mois déjà, et la pleine lune de ces jours-ci est déjà bien entamée…) : chacun d’eux était emballé dans une petite boîte où figuraient les photos sépia de ces vieux campus, qui furent sans aucun doute prodigieusement modernes, et où logent maintenant étudiants, professeurs et salles de cours de certaines disciplines, surtout pour les étudiants « post-graduates », c’est-à-dire qui ont déjà obtenu leur premier diplôme. Façon de reconnaître que c’est toujours un privilège d’y travailler, un peu comme notre vieux Palais Universitaire, si longtemps méprisé, et si convoité aujourd‘hui !

Sur ces vieilles photos, on a l’impression d’assister à une conception, presque encore un espoir, plutôt qu’à un vrai début de vie : arbres maigrelets, plates-bandes nues, avenues trop larges… exactement comme sur Zijingang Campus aujourd’hui ! Aujourd’hui, bien sûr, les mêmes foules se croisent partout, menacées par les mêmes vélos, scooters électriques et voitures, qui leur disputent un territoire qui ne les avait jamais prévus.

Bref, cet après-midi j’avais quelques envois à faire, et comme j’ai découvert très récemment que sur l’une des belles allées bordées d’osmanthes de Xixi Campus on trouve encore un petit bureau de poste, je m’y suis rendue avec mes paquets. Je ne raconterai pas les péripéties de la vérification des marchandises par le postier, qui a refusé d’un revers de main gâteaux au lotus et boîtes de thé : un jeune homme qui se trouvait là et savait plus d’anglais que je ne sais de chinois m’a expliqué que c’était « difficile » de les envoyer – courtoiserie chinoise pour dire « impossible » de même que « maybe » veut dire « certainement pas ». Il faudra donc, amis, attendre mon retour pour goûter au fameux thé vert du Puits du Dragon de Hangzhou, que Michel m’aidera à passer en contrebande ;-) Je ne dirai rien non plus des documents à remplir pour la douane (autre revers de main du postier pour y écrire n’importe quoi quand nous nous sommes aperçus que j’avais mis des sommes en yuans et non en dollars !). Ni de la façon dont ce fonctionnaire zélé a fourré dans deux cartons officiels ce qui aurait peut-être été mieux maintenu en place dans un seul. Je préfère dire une fois encore combien les Chinois sont secourables aux étrangers, trois mots d’anglais et ils vous les offrent, deux mots de chinois et on a un sourire de reconnaissance. Et tout finit par s’arranger, sans aucune récrimination de la part de ceux qui attendent patiemment l’épilogue.

Deux photos seulement aujourd’hui : le petit bureau de poste de Xixi Campus, et le store baissé de la petite épicerie d’à côté : j’habite un quartier magique !

  Photos 1      et 2

Le Lac, oui…

Quand je me retrouve seule, et point trop paresseuse, je retourne au Lac, retrouver la paix du lac, les vagues douces aux mille plis qui s’effacent sans fin, effacent sans bruit les pensées agitées qu’on amène avec soi :

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   07

Une fois franchie la barrière infernale de la dernière route, on est dans la foule, mais une foule qui se déploie elle aussi en vagues paisibles :

  Photos 09,

On me dévisage, bien sûr. Je vois passer dans les regards toutes les nuances de la curiosité, de la bienveillance (le plus souvent) à la rudesse. A tout hasard, je souris. Parfois les visages se ferment, très rarement ils deviennent carrément hostiles, surtout chez les plus âgés. Qui sait ce qu’on leur a dit jadis, ce qu’ils croient savoir sur les diables de l’Ouest, d’autant plus qu’ici un « étranger » est presque forcément américain. Ou parle américain. On apprend à de petits enfants tout saisis à me dire « Hello » et « Bye bye ». Parfois on les oblige à se laisser photographier avec moi. Qu’importe, Madone ou Madonna, je passe.

Il n’est pas tout à fait cinq heures, déjà le lac passe de l’or au rouge, alors que vers la rive la lumière est encore celle du jour. Tout le monde s’arrête pour se prendre en photo devant le soleil couchant. Vite, un clic, deux bonds précipités pour montrer le résultat – le nouveau portrait fait jaillir force commentaires –et sans plus tarder l’artiste et son modèle échangent leurs places. Deux très jeunes filles m’arrêtent, me demandent si je veux bien être photographiée avec elles, sautent de joie quand je dis oui. Deux photos pour chacune, puis deux avec mon appareil, que je leur montre aussi. Extase totale, « Thank yous » sans fin. En me quittant, elles se retournent encore pour répéter : « You are beautiful ! »

  Photos  14,      17

Sur la rive encore, l’un de ces groupes de bronze dont la signification m’est obscure, célébration peut-être d’un épisode historique ou d’une légende. Le plus souvent, des personnages plus grands que nature sont figés dans des postures d’accueil ou d’offrande, et les Chinois bien vivants d’aujourd’hui se font inlassablement photographier mêlés à ces grands ancêtres. On attend son tour avec bonhomie. Petit garçon qu’on fait monter sur le grand cheval, grand-mère indécise, et bien sûr les amoureux enlacés, qui semblent sûrs d’avoir reçu là une sorte de bénédiction, tout cela est assez touchant :

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  Photos 20, 21,      22

Et aussi, la petite fille qu’on ne photographie pas (c’est son petit frère, la « deuxième chance » d’avoir un fils, qu’on a mis sur le cheval) – mais qui se promène sans crainte entre les pattes de bronze :

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Et puis le tout-petit qui fait ses dents entre les bras de son grand-père (ou arrière-grand-père, qui sait ?) :

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Le soleil descend, on amarre les longues barques de retour à leur embarcadère :

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Le lac accueille désormais les premières ombres noires. Au loin les collines mauves s’effacent peu à peu dans la transparence :

  Photos 32,      34

Les derniers bateaux passent dans le soleil :

  Photo 37

Les promeneurs vont rester là longtemps encore, à prendre place dans l’une des maisons de thé, à contempler la nuit du lac, à photographier ses pagodes aux contours révélés par des guirlandes de lumières. Le soleil disparaît, dernier bout d’ongle rouge, déjà imperceptible :

  Photos 41,      42

Je me dirige vers la Bibliothèque musicale. Bien calée dans les coussins autrichiens d’un sofa mauve, j’essaierai d’écouter du Bach par-dessus les bêleries féminolâtres d’Iglésias, que les jeunes gars préposés au comptoir envoient plein tube. Ils ne comprennent pas les paroles, moi si, et ça n’arrange rien. Le disque est interminable, et eux, si gentils, que s‘ils se doutaient que je suis une « fa guo ren », ils le mettraient encore plus fort. Le dîner qu’ils me servent est délicieux. La Chine, c’est tout ça à la fois.


Xixi chichis

Il ne faut jamais sortir sur Xixi Lu sans son appareil photo. Un jour, comme ça, j’ai raté l’oiseleur. Un oiseleur sur Xixi Lu, oui ! Il trimballait des cages accrochées à une tige de bambou posée sur son épaule droite, une grande cage balancée devant lui, deux ou trois autres derrière, de très belles cages avec des perruches et aussi des oiseaux noirs, merles, corbeaux, mainates ? Un jeune homme en bleu, allure élastique et sourire paisible, un vrai Papageno chinois ! Quand je suis revenue avec mes sots légumes au bout des bras, je l’ai croisé à nouveau, je ne sais pas où il allait, il traversait la vie comme ça, sans même l’air d’essayer de vendre ses oiseaux, de vouloir s’en séparer, c’était l’Oiseleur.

Je ne l’ai plus revu, bien sûr.

Xixi Lu est toujours pleine de trésors et de rencontres, jamais semblable à elle-même deux jours de suite. Un vrai paradis pour les farfouillettes, aussi. Longtemps, par exemple, j’ai regretté de ne pas avoir de longs doigts de fée – ou de sage-femme, diront les esprits peu enclins à la pensée magique. De « longs doigts fuselés » (« soooo romantic ! ») pour y mettre de belles grosses bagues, et du vernis au bout, et enjamber plein de notes quand on joue du piano. Napoléon, il est vrai, préférait les femmes aux mains et aux pieds très petits. Tout à fait moi. Sauf que Napoléon, je ne sais pas si on était vraiment faits pour une grande passion réciproque, lui et moi. Enfin, c’est loin, tout ça (surtout pour lui).



Et donc, j’ai trouvé un jour quelque part sur Xixi de jolis gants de laine rouge tellement, tellement chinois, avec leurs broderies de perles (tellement chinois aussi car ils ne coûtaient que 7 yuans, soit 70 centimes d’euro) (tiens, ce bruit, ça doit être l’avion de Vava qui se pose à Shanghai …) – bref, si jolis, que je les ai achetés à tout hasard, peut-être pour une petite fille que je ne connais pas encore ;-) Et puis, par un petit matin frisquet, j’y ai glissé la main pratiquement sans faire exprès … et ils m’allaient, ils me vont comme la pantoufle oubliée au pied de Cendrillon, le bol de soupe à l’appétit de Boucle d‘Or, bref,les voilà :

  

Elle, c’est presque une copine, vu que je lui ai déjà acheté 3 pulls pour l’hiver – un rouge, un violet avec des broderies et un mauve. La plupart des marchands chinois n’ont que des vêtements désespérément « tai xiao », trop petits pour moi (à part ceux qui vendent des gants, mais c’est trop peu pour espérer s’habiller entièrement tout l’hiver). Mais celle-ci, la maligne, m’a regardée bien en face un beau jour en me disant « ming tian ! », et hop ! le lendemain, elle m’attendait effectivement sur le pas de sa porte avec la taille qu’il fallait à une étrangère forcément balèze. En plus, elle m’a demandé de la photographier au milieu de sa boutique, semblable à presque toutes celles de Xixi Lu, tellement minuscule que deux-trois clientes suffisent à l’envahir. Pas de place pour une cabine d’essayage, mais on arrive toujours à caser un miroir :

  

Ça, c’est l’endroit où je me suis acheté 2 paires de chaussettes et des pantoufles (non, pas les Hello Kitty) (j’aurais peut-être dû ?) (je vais réfléchir…) :

  Photos 1      et 2 (série Xixi)

Mais il y a aussi sur Xixi Lu quelques boutiques guère plus grandes mais beaucoup moins encombrées : quelques rangées de cintres pour de vrais vêtements de luxe, de ceux qu’on tient à bout de bras sans trop oser les regarder de peur de les salir, robes fendues, vestes, pantalons aux reflets de soie épaisse, avec des fleurs et des oiseaux merveilleux… les prix sont différents eux aussi, plusieurs chiffres avec un zéro au bout… mais sans menace pour mon budget d’experte étrangère, car pour moi tout ça c’est « tai xiao » et on ne m’a jamais rien promis pour le lendemain !

En face de l’une de ces boutiques, la marchande de journaux et autres bricoles. Je ne m’y arrête guère, car pour l’instant il me manque encore quelques-uns des 3000 signes nécessaires pour lire un journal…

  Photo 3

En tournant le coin, on tombe sur Tian Mu Shan Lu, la grande avenue aux 14 voies de circulation qui passe devant Xixi Campus un peu plus loin sur la gauche. Je viens d’y repérer un fleuriste assez croquignolet, juste au bon moment pour me rappeler que cette année je ne serai pas à Strasbourg pour voir les lumières de Noël ;-(

       Photos 4,                5

Mais d’abord, c’est où, Xixi Lu ? Allez, prenez votre tapis volant, on s’embarque sur Google Earth :

D’abord filer tout droit vers l’est, encore, encore, voilà c’est la Chine, voilà Shanghai. Hangzhou, c’est un peu plus bas à gauche, au début de l’estuaire. On s’approche, et zoom ! voilà le Lac.

Xixi Lu se trouve au nord du Lac. On peut se repérer aussi sur le stade, également au nord du lac et facilement visible : en fait c’est lui qui a l’air de nous fixer, comme un œil de cyclope. Ne pas se laisser impressionner : sur le droite du stade, on traverse une route, puis une autre, et on arrive à un pâté de maisons coupé en trois par une diagonale fourchue. La diagonale, c’est Xixi Lu. Vous suivez toujours ? Babel se trouve exactement sur le bord supérieur du bloc de maisons en bas à gauche. Si le tapis volant remonte vers la gauche, on arrive très vite à une avenue (Hangda Lu). Au coin se trouve une sorte de placette avec le supermarché ; de l’autre côté de Hangda Lu, déjà les quartiers modernes :

      

En remontant le petit bout de Hangda Lu qui reste, on se trouve au bord de la terrifiante avenue Tian Mu Shan Lu : l’espace vert juste en face, c’est Xixi Campus !

Si au contraire on veut aller vers le Lac en sortant de Babel, c’est très simple : on prend sur la droite, et au bout de Xixi on tourne à droite et on tombe sur une autre immense avenue : il n’y a plus qu’à la descendre jusqu’au bout, ça prend une vingtaine de minutes.

Et voilà, le soir tombe déjà, reposons-nous devant un musicien des rues : comme presque tous ceux que j’ai vus ici, celui-ci a une petite sono et même un enregistrement genre karaoké sur lequel il joue, ou improvise, qui sait, un blues chinois bien mélancolique… Amis flûtistes, bonsoir !

  Photo 19



De Xixi à Zijingang

L’université de Hangzhou compte 5 campus, disséminés un peu partout dans cette « ville moyenne » de 6 millions d’habitants. Si les experts étrangers habitent la petite Babel de Xixi Road, c’est que naguère encore les langues étrangères étaient enseignées à Xixi Campus, à deux rues de là. Il y a 5 ans, une fois terminé le super-grand campus de Zijingang, beaucoup de facultés ont dû émigrer là-bas. Un système de navettes les transporte gratuitement, mais il ne faut pas se tromper de numéro, et mieux vaut arriver un peu à l’avance, sous peine de voir, horreur ! le bus s’en aller deux-trois minutes avant son horaire, pendant qu’on est coincé au milieu de Tian Mu Shan Road, la grande avenue qui compte 7 voies dans un sens et autant dans l’autre : le petit bonhomme de l’autre côté est tout à fait vert, mais passage protégé ou pas (on pense plutôt à « zébré » car on s’imagine très vite rayé de la carte à jamais), les véloces vélos électriques et les autres, voitures, triporteurs, autobus, que sais-je, continuent gaiement à forcer le passage et à tourner dans tous les sens. Bien sûr, il y a des règles de circulation aussi précises qu’ailleurs, et parfois même un flic, et aussi toute une série de bandes STOP juste devant la peau du zèbre, mais bof, à quoi ça servirait d’être le plus gros, le plus rapide et le plus pouët-pouët, les piétons izonka (mot chinois ?) faire attention, et d’ailleurs le flic prend bien soin de regarder ailleurs, il n’est pas venu là pour se créer des soucis.

Donc, la navette pour Zijingang, dans le meilleur des cas, attend juste derrière l’entrée du campus. Le trajet dure une petite demi-heure, il y en a donc une par heure (mais pas toute la journée). Si on arrive trop tard, on peut toujours prendre l’un des bus « normaux » qui vont dans les mêmes parages, pour la somme très modique de 1 ou 2 yuans (10 ou 20 centimes d’euro). Bref, voici l’entrée du campus vue de dos, et voilà les navettes qui attendent sous l’inévitable banderole :

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On aura remarqué la voiture noire bien astiquée en train de sortir du campus : peu de chances que ce soit un prof, plutôt un « burelier », encore qu’ici on ne plaisante pas avec les gens des bureaux… Voiture noire ? Ouh ! Sûrement quelqu’un d’important !

Il fait très beau aujourd’hui, je suis arrivée an avance, et j’aime beaucoup Xixi Campus, beaucoup plus riant et « vécu » que l’immense vitrine de Zijingang :

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Ça y est, on va monter dans le bus. Tiens, ici aussi, un de ces balais-martinets qui servent de serpillères. Hommes et femmes de ménages sillonnent sans arrêt les lieux publics, et même les trains, (et même parfois les bus, donc), en poussant bien doucement devant eux ces bouquets de lanières molles. Est-ce que ça nettoie ? En tout cas, ça mouille, et donc ça fait briller. Et quand ça ne brille plus, on revient et on recommence. Celui-ci est encore tout neuf :

  
  

Allez, en route ! Au revoir, petit palmier !

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Feu rouge, on s’arrête (tiens !) près d’un confrère. Qu’est-ce que c’est, un « yakult » ? Peut-être bien un yaourt, si ça se trouve (ici, le magasin Carrefour se prononce « jia lè fu » et Coca Cola « keu kou keu lè », alors…) :

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Immeubles : ceux-ci annoncent qu’on arrive bientôt (vous aussi, collègues, vous avez un peu le trac, juste avant d’entrer en scène, euh, je veux dire en salle de cours ?) :

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Le campus a ses champignons, les beautés du campus ont leurs ombrelles, les flics ont leurs parasols. Ici on ne voit que le parasol : son habitant a dû avoir une urgence ailleurs :

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Les osmanthes, les grues, les baraques de chantier… cette fois on y est !

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Le temps est toujours magnifique. Autant septembre a été pesant et maussade sous la chaleur, autant le ciel d’automne semble devoir rester bleu à tout jamais :

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Ciel bleu pur dans l’eau claire du petit lac qui… Mais non, ce n’est pas le Nautilus ! Seulement la cafétéria où je vais d’habitude (monter par le petit escalier à droite), doublée par son reflet :

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C’est vrai qu’il n’est pas si mal non plus, le campus de Zijingang… et pas seulement pour les Martiens...



Shanghai express

Dans le métro de Shanghai, les voies sont invisibles, des portes vitrées en interdisent l’accès tout du long. Prudence contre les « accidents de personne » du métro parisien ? Précaution en tout cas, et fort sage, contre les bousculades qui sont de règle en ce pays (on ne fait pas la queue, on n’attend pas son tour, on piétine sur plusieurs rangs, et pour finir on force tant qu’on peut, sourire évanoui et le regard ailleurs).

Le petit miracle, c’est que les rames viennent s’ouvrir à l’endroit exact où coulissent enfin les portes de verre. Foule. Les visages renaissent peu à peu, les regards se remettent à scruter sans faiblir l’étrangère, « lao wai » aux yeux ronds et au pif impossible. Sur quel podium de foire aux vins, dans quelle cage de cirque m’a-t-on poussée ? C’est le moment d’avoir un moral de star, Madone et Madonna tout en une. Et de ne pas perdre de vue le blouson bleu paon de Jenny.

On émerge enfin Place du Peuple, et c’est l’émerveillement. Il ne fait pas beau, non, c’est mieux que ça. Blanc le ciel, blancs sur ce blanc les immeubles, forêt blanche surgie du blanc, absence irréelle de perspective, comme si le ciel s’était simplement solidifié par endroits pour inspirer de vrais architectes :

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Drapeaux chinois, télécoms, cathédrale aux oreilles poilues :

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L’Opéra où les chefs d’orchestre attendent le retour de René ;-)

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Garde du corps sévère, un peu triste peut-être ?

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Heureusement, un angelot tout nu accourt le consoler :

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Jenny aux tourterelles :

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Du haut du restaurant, l’automne à Shanghai :

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C’était bon !

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Et puis on a vu les peintres hollandais au musée, avec de vrais ranbrans dirait Zazie, deux tableaux seulement mais des gravures minuscules et inoubliables - bonheurs de myope, il faut s'approcher très près pour distinguer les portraits, et là on s'aperçoit que ce sont eux qui vous scrutent. Beaucoup me sont restés au fond des yeux. Et bien sûr d’autres Hollandais, des Frans Hals et d’autres que je connaissais moins, des femmes aussi, qui ont eu le droit de signer de leurs noms des bouquets ou des natures mortes.

Déposer nos sacs au « Captain Hostel », l’auberge de jeunesse où nous allons partager une chambre à trois. Situation idéale, juste entre la Place du Peuple et le Bund.

D’abord retour à la Place du Peuple : on avait dit qu’on irait au cinéma voir « Se, jie », en anglais « Lust, Caution » (c’est ça l’expatriation : je ne sais pas le titre français), le dernier film d’Ang Lee. C’est tiré d’un roman que tous les Chinois connaissent. L’action se passe à Shanghai, au moment de l’invasion japonaise dans les années trente. Des jeunes communistes mettent en place un réseau de résistance. L’une des camarades se « dévoue » pour séduire le Chinois collabo joué par Tony Leung, le héros déjà de « In the Mood for Love ». Ça va finir très mal pour ces jeunes-là. Et pour lui aussi, parce que vous pensez bien qu’il avait fini par y tenir, à sa traîtresse : on le voit transpirer plein de fois en gros plan, surtout au moment où sonne l’heure pour laquelle il a ordonné une exécution générale. Quand les lumières se rallument, ça fait un drôle d’effet de se retrouver… à Shanghai, entourée d’une foule de Chinois très émus.

En fait, j’ai été assez déçue – mais non ! pas parce qu’il manque trois scènes torrides impitoyablement coupées par la très puritaine censure chinoise, dont l’idée même est acceptée ici avec un grand fatalisme, alors que vingt mille petits futés de Canton ont déjà pris le train pour aller voir la version complète à Hong Kong ;-) Plutôt par le côté « déjà vu » de ce genre d’histoire, et aussi par la musique d’ascenseur au kilomètre – ah ! ces montées en spirale ton par ton ! Je n’ai rien dit de tout ça à mes deux anges, qui au contraire étaient… aux anges, car, disaient-elles, en Chine il est rare de voir autre chose que du kung fu, ou des romances, ou des films exaltant les héros de la période communiste (ambivalence, toujours, de ce pays qui désormais s'applique frénétiquement à copier les pires bouffonneries du capitalisme).

Mais foin des méditations historiques, on se retrouve sur le fameux Bund, le quartier des banques et des affaires tout le long du fleuve. D’un côté les magnifiques bâtiments anciens datant du temps des concessions étrangères… et devant nous la féerie, oui, oui, du flashy bien sûr, des éclairs de couleurs jetés en vrac sur le ciel noir, des buildings farfelus qui nous font de gros clins d’œil en Cinémascope, mais quoi, comme les immeubles de la Place du Peuple, c’est spécial, c’est unique, c’est tout simplement beau :

  Photo de Camille     
  
  

Et le lendemain matin, au moment de descendre pendre un solide « French breakfast »au beurre de Nouvelle-Zélande, que voit-on par la fenêtre du couloir ? Les buildings du Bund, en plein jour cette fois, mais non moins impressionnants avec au premier plan les vieux toits chinois de l’auberge du Capitaine !

  Photos 33,      34
  

Vite, avant de penser sérieusement au retour, un circuit en ville dans un bus à touristes. A vrai dire, on ne verra pas grand-chose, tant il pleut, mais on reviendra, c’est sûr ! Et derrière la vitre en pleurs, quelqu’un fait signe à l’étrangère :

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Vers Shanghai

Gare de Hangzhou : c’est la première fois que je vois une salle d’attente où on cherche une place pour rester debout !

Que ferais-je sans Jenny et Camille ? Je ne serais même pas parvenue jusqu’ici.

(Comment font les hommes ? Ils partent, ils sont partis, cheveux blancs, sacs ados, en poche une poignée de mots chinois. Comment font les hommes ? Je les vois revenir, ils disent : c’était bien !)

Train de luxe, fauteuils d’avion, une heure vingt à peine derrière la vaste vitre. Passe et repasse la femme de ménage (tablier bleu, lanières de martinet du balai humide).

Magie du train, toujours, toujours, le gris des rails lisses, paysages tremblés – différents de chez nous ? Oui.


  Photos 1,      2

Rideaux de pins entrouverts sur des champs inondés (il pleut depuis la nuit), fermes buildings à deux étages, toits pointus, clochetons, petites tours Eiffel sans neige ni boules de verre

Une rivière molle, serpent brun endormi pour toujours

Tiens, des palmiers ! Tiens, des palmiers !

(enfuis déjà, témoins du Sud)

Haies et buissons jardins chaumes trempés petit peuple de poupées de paille

Marécages carrés – pages beige café, ouvertes sur là-haut

(Là-haut ne répond pas, il fait trop gris là-haut)



Vieux poteaux de bois dentellières d’acier

  

s’échangent leurs fils électriques

Pagode poussée là

poussée par quel miracle

Une gare pressée (longs préaux, longs toits bleus)

Jenny dort et Camille aussi des fils leur sortent des oreilles

(c’est la musique)



Cheminée d’usine crassier encore un ruisseau brun, serpent mort écrasé par le phallus de brique

Parcs de lotus roussis retournés à l’eau noire

Des serres de plastique portes ouvertes vers la voie

Des gens en bleu y entrent il y éclôt du vert

Un train lâché d’en face nous insulte tout du long

(dans la vitre, un moment,

mon archange secret)

Terres noires feux d’automne aux maigres âmes grises

Et puis on arrive Shanghai est là tout près

Les immeubles-banlieues se font insistants

  

Grues grises ici aussi des brassières kaki

pour des géants nouveaux-nés.

Et encore des grues, encore des géants :

C’est cela qui grandit ici,

ce que les jardins et les eaux,

les gens en bleu, la terre noire

ont poussé à venir au monde.






Dans lequel Marcopolette survit à la fièvre du Zheda

Eh oui, Marcopolette était en sommeil... Rien de grave, en fait, juste une petite fièvre éruptive, mais impossible à éviter, difficile à ignorer. Passons sur les symptômes, le plus ennuyeux c’était la durée.

Contagieux ? Oui. C’est une maladie professionnelle, faut dire.

Ça s'appelle « la fièvre du Zheda », ou encore « Faire passer des examens à l’université du Zhejiang ». Le Zhejiang, c’est le nom de la province où se trouve Hangzhou ; les intimes (d’où la contagion) disent tout simplement « Zheda », parce que « da » ça veut dire « grand », comme dans « grande école ».

Et ça revient souvent, comme la malaria ?

Oui, tout à fait. Tous les deux mois environ, ou plutôt (car c’est très précis), toutes les huit semaines : la huitième pour les Foreign Experts, la neuvième pour leurs collègues chinois. Et les cours du trimestre suivant reprennent dès la semaine d’après.

Chic alors ! se sont dit les experts étrangers. Les collègues chinois donnent une semaine de cours de plus, et pendant leur semaine d’examens, nous, on va vite-vite corriger nos copies et aller passer quelques jours à Shanghai, par exemple, ou Nankin qui n’est pas trop loin non plus, ou Suzhou dont on nous vante toujours les jardins…

Que nenni, naïfs experts étrangers !

D'abord, longtemps à l’avance, s’intéresser au concoctage des futurs sujets d'examens. N’en parlons même pas.

Vienne la semaine : surveillance des 2 groupes d’écrits, passage des oraux.

Vienne la fin de la semaine : je me retrouve avec quelque 80 commentaires de textes à corriger. Jusque-là, ça va, c'est de la lettre et de la parole, du connu, rien d’inattendu.

Mais voici qu’arrivent les chiffres. J’ai déjà remarqué que les Chinois raffolent des chiffres et des pourcentages. Beaucoup de proverbes ou d’expression toutes faites sont basés sur des jeux de chiffres. Dans les cours de maoïsme (obligatoires pendant un an), on apprend que Mao a eu « tort à 30% et raison à 70% » (ça paraît rigolo, mais essayez un peu de faire admettre à un étudiant que Mao pourrait, juste « pourrait », avoir eu raison à 65%...).

Là-dessus, se trouver un barème précis. Prévoir de le justifier dans un rapport (combien de % de la note pour ceci, pour cela, compréhension du texte, qualité de l’anglais, etc. Le nombre de composantes est libre, hein, faut pas croire !). Puis faire entrer la note ainsi obtenue (par exemple 15/20) dans le barème que doivent impérativement appliquer tous les enseignants : 10% pour le taux de présence de l'étudiant au cours du trimestre, 20% pour sa participation pendant les cours, 70% (!) pour la note d'examen. Bref, une cuiller pour le chat, une cuiller pour papa, une cuiller pour Mao… C’est là que j’ai arrêté de rire, car les 10% ça allait encore, les 20% à peu près (encore que me souvenir de ce qu’avait dit ou fait tout mon petit monde pendant 7 semaines, euh…) – mais calculer 80 fois les 70% de 15/20 ou de toute autre note, puis additionner le tout en espérant ne pas se tromper…

Encore là-dessus, reporter toutes ces notes en face de chaque nom d’étudiant. Je rappelle à tout hasard que les listes d’étudiants sont fournies en chinois. En caractères chinois. J’avais demandé à tous d’y ajouter leur « nom anglais », ou à défaut leur nom chinois en pinyin (l’écriture que les experts et cependant barbares étrangers peuvent lire), mais certains ne l’avaient pas fait, et dans un des groupes il y avait deux « Bonny ». Comparer, donc, avec les numéros d’inscription figurant sur les copies, et qui comportent une petite dizaine de chiffres, mais bon, c’est faisable.

Puis, rédiger un rapport d'auto-évaluation (mon Mac connaît pas, il me souligne ça en rouge, mais depuis le temps, hé Mac, tu devrais être habitué à ce que je te fais écrire). Ce rapport (bien sûr différent pour les écrits et les zorros) est censé rappeler et justifier :

- les cours effectués pendant le trimestre écoulé (pourquoi tels textes, comment on s'y est pris, les réactions des étudiants, ce qui a laissé à désirer…)

- l'examen (idem : quel sujet donné, pourquoi, qu'attendait-on, qu'a-t-on obtenu, quel pourcentage d'étudiants a obtenu telle ou telle note...).

Partez pas, c’est pas tout ! Maintenant on revoit toutes les notes données afin que (je cite) « 20% d'étudiants aient obtenu plus de 90 sur 100 (càd 18 sur 20, mazette !), 50% entre 80 et 90 (fichtre !), et 20% au-dessous de 80 ». La note éliminatoire, 60 sur 100, n'était apparemment même pas envisagée. Là, j'ai renâclé, et puisque rapport il y avait, j'ai déclaré tout net qu'il m'avait été impossible de donner 90 à plus de 3-4 étudiants, résultat déjà excellent, et que j'avais donc descendu le tout de plusieurs échelons.

Par faveur spéciale pour les barbares de l'Ouest (des "littéraires", en plus !), ces rapports peuvent être rédigés en anglais. Mais Guillaume, le Français qui donne des cours de photonique, doit aller très vite car on les lui demande en chinois et il doit les faire traduire avant la date limite. Oui, car normalement on a 3 jours pour tout ça (comment simplement noter les copies avec un minimum de justice ?). J'ai mis une bonne semaine, KO tous les soirs.

(Pendant ce temps, Marcopolette : "Hé, tu m'oublies ?". Les amis : "Mais où es-tu ? On s'inquiète !"

Silence, Marcopolette ! Hélas, les amis !)



Et jeudi dernier, donc, après mille vérifications, je retourne au campus apporter mes trois pauvres liasses (car ça ne pèse pas lourd, une fois terminé, tout ça !) au bureau concerné, puis déjeuner avec Jenny et Camille, et mettre au point le voyage à Shanghai qu’on s’était promis toutes les trois – et ça, on va le faire, scrongneugneu !

Tiens, l’automne est arrivé ! Je ne m’en étais pas aperçue. Dernières bouffées d’osmanthe, les arbres s’effacent dans la brume toute fraîche, l’air pique un peu :

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Même adoucie par la brume, l’architecture des bâtiments, par contre, n’a perdu ni une seule ligne, ni un seul carreau :

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…adoucie, aussi, par la vaillance têtue de quelques plantes encore vivaces :

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Au loin les grues continuent à tricoter par cœur en surveillant leurs mômes en bleu :

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Mais attention, même dans ce paysage cotonneux, on s’active, on nettoie, on repeint !

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Car voici qu’une autre épreuve attend le valeureux peuple de Zheda ! Cette fois, ce sont des inspecteurs du gouvernement qui débarquent, oui, dès la semaine de la rentrée d’hiver ! « Etes-vous prêts ? » clame l’affiche rouge qui décompte les jours :

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Ça, c’était jeudi dernier, les inspecteurs sont arrivés dimanche. Demain j’inaugure un cours de trois heures sur l’Australie, encore très peu préparé. Va-t-on me reconduire à la frontière, euh je veux dire à l’aéroport, entre deux laids uniformes kaki tout percés de médailles, élargis d’épaulettes barrées d’or ?

Pour le savoir…

Mais je raconterai d’abord Shanghai !


Astres et météores

Aujourd’hui, dernier huit-à-huit. Oui, déjà. Si j’étais venue pour trois mois, comme je l’avais demandé, je serais sur le départ : le temps de corriger mes quatre-vingt-dix copies, de rédiger, vérifier et revérifier tous les documents qui vont avec et dont je commence seulement à soupçonner l’existence, et hop ! dans l’avion !

Franchement, je serais triste. Je suis déjà triste d’avoir terminé aujourd’hui le trimestre d’automne, avec deux sessions d’écrits ce matin et les dix derniers étudiants d’oral ce soir, dont je tâchais d’apprendre par cœur les visages tout en les écoutant. Eux aussi m’ont souhaité plein de bonnes choses et de bonnes chances (c’était la classe qui applaudit !). « Vanessa » m’a demandé si elle pouvait me donner « a good hug » (en Chine on ne s’embrasse pas), puis un autre, et m’a accompagnée jusqu’à l’arrêt de la navette de Xixi. Minuscule, courageuse, d’une joliesse pâle, toujours prête à prendre la parole pendant les cours, toujours extraordinairement nette et droite dans des associations de fringues irrésistibles (tu dois être sa marraine secrète, Vava !), elle m’avait apporté un jour un petit album de « recettes chinoises faciles » imprimé et relié par elle-même. Plus touchant encore, elle ne dit presque plus jamais « cute » ni « romantic », mais avant de me quitter, dans un envol un peu théâtral, un élan de Chérubin, elle m’a fait une petite bise d’adieu.

Parmi les choses que je ne voudrais pas oublier, il y a aussi cet autre jeudi où « Sunshine » m’avait accompagnée jusqu’au bus. Sunshine ou pas, ce soir-là la pleine lune était superbe, beaucoup plus belle qu’en septembre le soir de sa fête, proche et bienveillante dans un ciel profond. Sunshine, c’est de la souffrance, j’ai souvent pensé qu’elle a dû choisir son « nom anglais » pour tenir tête à un grand malheur qu’elle trimballe sans rien dire. Elle semble parfois trouver bien futiles les interventions de ses camarades, et un autre soir (même heure, même bus), elle s'était beaucoup embrouillée en voulant me dire quelque chose sur ses parents, sur sa mère qui allait venir la voir ; sans trop y parvenir, sans trop y croire peut-être. « I know a song about the moon, a very old poem, do you want to hear it ? » Je n'ai bien sûr compris que le début, « Ming yué » ("Clair de lune "), qu'elle a entonné très haut, dans une tonalité indécise, comme un tout petit enfant très sérieux qui aime bien sa chanson et qui ira jusqu’au bout de ses strophes.

Dans quinze jours je n’aurai plus de huit-à-huit, mais tous les jeudis à venir je serai encore devant l’arrêt de la navette de Xixi, juste un peu plus tard encore, puisque je n’aurai plus cours le matin, mais « seulement » de six heures et demie à neuf heures, au lieu de huit !!! (« I know. We are sorry »). Adieu, les Ouïgours, et le gentil collègue chinois qui m'appelait Miss Anne. Mais il y a une navette aussi, et encore plus de collègues qui retournent en ville. Ce n’est d’ailleurs pas la fin de la journée pour tout le monde, les derniers cours durent jusqu’à dix heures, et certains étudiants font (paraît-il) du huit-à-dix tous les jours, dimanches compris !

Je reviendrai quand même passer les jeudis après-midi dans le bureau des « experts étrangers », puisque je dois à l’université des « office hours », heures de bureau, ou de simple présence, pendant lesquelles les étudiants peuvent venir discuter avec nous de tout ce qu’ils veulent :

  Photo 6

Aujourd’hui, pratiquement du pas de la porte, j’ai attrapé le soleil juste avant qu’il ne se couche derrière le campus. Le soleil couchant… l’Ouest, là où vous êtes, mes chéris, tout là-bas…

  

De l’autre côté, les grues continuent à tricoter, busy-busy :

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A cinq heures j’ai rendez-vous pour dîner avec Ciel Bleu. Le temps d’arriver devant la cafeteria, le jour tombe vraiment. Tout est paisible. Clarté d'adieu, moment très bref où le regard revient de loin - lac, palmiers, plates-bandes. L'indispensable champignon :

  Photo 9

Et ces grosses fleurs, là ? Ah, elles vont bientôt s’allumer : mais non, ce ne sont pas des pissenlits géants ! juste de simples lampadaires :

  Photo 10

L’école d’architecture pâlit un bon coup, et bâille déjà avant de céder à la nuit :

  Photo 13

Bonne nouvelle pour les chats !

Je lis aujourd’hui dans « China Daily », une compil’ d’articles en anglais concernant la Chine, une dépêche dont voici quelques extraits :

« Le plat cantonnais bien connu, « long hu dou » ou « duel du tigre et du dragon », vient d’être interdit à la consommation. On sait que cette délicate spécialité culinaire doit son nom au mélange de viande de chat et de chair de serpent qui, après adjonction d’herbes diverses, est apprécié depuis toujours dans notre métropole méridionale pour ses qualités nutritives. Beaucoup d’amateurs prétendent que ce plat soulage, voire même guérit, l’asthme et les rhumatismes. (Certes, certes, on cite rarement le cas de serpents rhumatisants – encore faudrait-il, cependant, s’assurer que le chat a été vacciné contre le coryza – N. d. T.).

« Non seulement les restaurateurs en infraction se verront confisquer leurs serpents, ainsi que leurs produits dérivés de serpents (je sais, le mot « serpent » revient de façon inquiétante dans le texte – N. d. T.), mais ils devront aussi s’acquitter d’une amende allant de 10 000 yuan ($ 1300) à 100 000 yuan.

« La consommation de ce plat connaît une recrudescence entre les mois de septembre et décembre, époque ou la quantité de chair des serpents augmente en prévision du froid ». (Ciel ! Quel jour sommes-nous ?)

Cet article, à mon avis, appelle quelques remarques :

1) J’ai déjà entendu dire que les Cantonnais « mangent tout ce qui bouge », ou encore « mangent tout ce qui a 4 pieds, sauf la table du repas, et tout ce qui en a 2, sauf s’il s’agit de leur propre grand-mère ». Voilà un début d’explication.

2) Un proverbe chinois rappelle pourtant que « le Ciel a créé le chat pour que l’homme puisse caresser le tigre ». Hé ! Les Cantonnais ! On a dit « caresser », c’est pourtant clair, non ?

3) « Monsieur – Moi aussi, j’aime les chats, et je l’ai prouvé ! » écrivait un jour mon bien-aimé Jules Renard à son ami Alphonse Allais. Tout d’un coup, je me demande…

Pensons vite à autre chose. Tiens, ce matin je suis retournée avec Li Hua, notre intendante, dans les escaliers de la colline aux bambous. Le temps est redevenu magnifique, et délicieusement tiède (Maigrissez, serpents ! Et laissez les chats tranquilles !) :

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Les Chinois appellent cela « la montagne », mais il s’agit de simples collines. Entre les arbres, la ville n’est jamais très loin :

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On est vite au sommet :

  Photo 3

Et l’on redescend par les escaliers qui serpentent…

  Photos 6,      8

Ah non, ça suffit !


Midi à Zijingang Campus

Photos 2,

  4 :

Où vont-ils tous ? Déjeuner, pardi ! Onze heures trente, les cours s’arrêtent, pause-déjeuner pour tout le monde ! Et même si le restau U là-bas, tout au fond du campus, est « le plus grand d’Asie » (!), il faut se dépêcher, on est nombreux ! Et le flic de service fait surtout de la figuration : ici comme en ville, passages zébrés ou pas, les piétons ne sont rien d’autre que des moustiques, en écraser quelques-uns semble relever d’un devoir d’hygiène vélocipédique.

  Photo 5

Heureusement, je vais beaucoup plus près, vers la cafétéria « occidentale » où m’attendent « Marianne » (la France) et « Amélie » (Poulain), mes deux jeunettes du mardi, qui m’ont demandé de leur parler exclusivement en français. Une fois le plateau-repas expédié en quelques coups de baguettes (poulet en sauce au poivre avec des rondelles d’oignon cru, soupe claire, bol de riz, plus un semblant de dessert, quelques dés de pastèque et trois tranches de clémentines dans une soucoupe), nous voilà parties toutes les trois vers un coin du campus auquel j’étais loin de m’attendre : une ancienne maison de maître préservée, restaurée, et désormais offerte aux regards de qui voudra. Un paysage tout à fait champêtre nous y conduit tout doucement. Sur l’autre rive du petit lac, le bizarre préau ondulé efface les bâtiments qui abritent nos salles de cours :

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Rencontre inopinée avec un professeur certainement exceptionnel, et cependant tout à fait débonnaire. Et pourtant, les jeunes filles d’aujourd’hui ne lui témoignent plus aucun respect ! Et leur chaperon ne vaut guère mieux, qui s’esclaffe sur la page ouverte de son livre :

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Où que ce soit, en ville, dans les parcs, ou sur les cinq campus universitaires, les jardiniers chinois font merveille. Et, ah, voici déjà l’entrée de la maison, avec le nom de l’ancien maître gravé autour de l’ouverture en forme de lune :

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Marianne et moi allons sans vergogne essayer les fauteuils d’apparat où le maître et la maîtresse de maison recevaient leurs visiteurs. Derrière nous, dissimulé derrière une cloison (comme toujours en Chine), l’escalier qui monte à l’étage :

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Plafonds sculptés, table immense (tiens ! elle n’est pas ronde), tout ici est magnifique :

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Sous les fenêtres, les belles tuiles de la véranda de bois qui court autour du rez-de-chaussée. Et là, réfugié dans un coin, un instrument à cordes traditionnel qui a préféré se voiler la face plutôt que d’être pincé par tous les passants. Pas besoin de savoir lire le chinois pour deviner ce que dit l’écriteau !

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En redescendant, Amélie est très fière de poser devant cet énorme bloc de jade. (Pas la peine d’essayer d’en effriter un petit bout : un jeune garde sans doute incorruptible rôde autour de la pièce, l’air de rien mais sans sourire)

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Le beau plafond de la véranda est décoré de loin en loin par des lampions rouges – en chinois, des « cages à lumière ». Un dernier regard à l’étage que nous venons de quitter :

  Pbotos 29,      31

Car il faut déjà retourner vers le monde où l’on travaille. Le petit sentier franchit devant nous la porte en forme de lune : c’est par là !

  
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Je ne me lasserai jamais de contempler les saules chevelus de la Chine. Celui-ci relègue bien loin le seul bâtiment noir, la tour austère de « l’Administration » qui décide de tout :

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Il faut que je me dépêche, il est une heure, dans dix minutes je fais passer des zorros ! Manifestement, tout le monde n’est pas soumis à la même urgence :

  

Une profusion de champignons à musique m’accompagne sur le chemin du dur labeur en diffusant la Grande Polonaise de Chopin, dans une version tout à fait remarquable. Dis-moi tout, Anne-Catherine : c’était toi :-) , n’est-ce pas ?

  

Xixi-Dimanche

Le sensass, sur Xixi Lu (Xixi Road), on le trouve partout, il suffit de rester le nez en l’air.

Ainsi, par ce dimanche bien calme, bien occupé toutefois par divers grands travaux en prévision des examens à faire passer cette semaine, une petite sortie s’imposait, juste pour aller au marché refaire le plein de légumes, trouver quelques crevettes aussi, peut-être…

Mon ami Ross, qui connaît bien Xixi, m’a appris que c’était autrefois la grande rue des marchands de vêtements, et de fait on y voit encore beaucoup de magasins minuscules où l’on trouve absolument de tout, des jeans, des pulls de tous les styles et de toutes les couleurs, des manteaux, des pantoufles, des doudounes, encore des pulls… La saison avance, plusieurs anges gardiens m’ont déjà répété sérieusement de faire très attention, « Take care », les soirées deviennent plus froides que les midis…

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(Moi, j’habite au 47 !)

Mais on passe aussi devant des dizaines de cavernes (et même de tavernes) d’Ali Baba, à peine plus profondes que la moitié d’un garage de deudeuche, où l’on entrevoit des tas de choses en étoffe ou en plastique, nappes, couettes, jouets, bassines… tout ce qui ne déborde pas sur le trottoir ! A l’intérieur, les clients ne manquent jamais, on attrape au vol des bribes de rires et de discussions mystérieuses :

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Or, Xixi se prolonge au-delà d’une large avenue qu’il faut d’abord tenter de traverser, en espérant que les anges gardiens de tous horizons vont m’y accompagner toutes ailes dehors. Mettre le pied sur le trottoir d’en face est chaque fois la preuve d’une sorte de miracle qu’on renonce à comprendre, tant les bus, voitures, bicyclettes, tricycles, scooters électriques, et autres véhicules plus ahurissants encore s’en donnent à cœur joie, dans tous les sens et à grands coups de klaxons et de freins trafiqués pour hurler à la mort, au mépris des feux rouges et des passages – comment dit-on déjà ? « Protégés » ? Mais en chinois ?

Pas de lumière le soir, pas de casques non plus, même pour les précieux enfants uniques :

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La meilleure solution est encore de s’agglutiner à un groupe de Chinois nonchalants qui plongent là-dedans sans émoi, et de préférence en diagonale.

En fait, le jeu est simple :

1) Les règles de circulation existent.

2) Les observer serait déshonorant.

3) Quand le feu devient vert pour les piétons, au lieu de se précipiter (car ça ne dure pas longtemps et la route est large), il faut surveiller sa gauche (oui, comme un boxeur), car les vélos de tout calibre en profitent en masse pour tourner à droite.

4) Une fois qu’on est bien décidé, qu’on soit chauffeur, chauffard, cycliste cinglé ou piéton téméraire, on ne change plus d’avis ! Ce n’est pas la hardiesse qui serait mortelle, mais l’hésitation ou le revirement.

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En fait, sans en avoir l’air, tout le monde voit tout le monde, même dans le noir, comme des extra-lucides qui auraient aussi une médaille d’or de patinage artistique. Enfin, presque toujours, car j’ai déjà vu un scooter écrabouillé au milieu d’un carrefour, très tôt un matin de pluie, tandis que le bus m’emmenait vers ma journée huit-à-huit…

Bon, ça c’était la rubrique « chiens écrasés », mais ça y est, on est de l’autre côté. Ça s’appelle encore Xixi Lu, mais un Xixi bien différent, déjà happé par la ville. Il y reste encore une ou deux échoppes de snacks chinois, brochettes de tofu, boulettes de poissons ou bouts de viandes diverses qu’on regarde frire dans l’huile avant de les manger dans la rue — mais pour combien de temps ?

Tiens, c’est vrai que l’hiver est proche, le marché aux poissons et aux viandes s’est replié au rez-de-chaussée du grand marché aux légumes.

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Tout le monde me sourit, on me demande bien sûr si je suis américaine (mei guo ren), je dis non, je viens du Pays des Lois (fa guo), on me sourit encore plus, sans toujours trop savoir, je pense, mais qu’importe.

Certains marchands sont très fiers d’être photographiés :

  Photos 12,14, 15

D’autres refusent absolument. Les femmes, surtout, se détournent en riant. Je n’insiste jamais. Les étals, à eux seuls, sont pleins de merveilles :

  Photo 11 :

Des anguilles ! Vivantes ! Mouvantes ! Fuyons !

Ici, des canards condamnés à finir laqués tout rouges, ou dissous dans des soupes :

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Fiche-cuisine : finalement, pas de crevettes, mais j’achète une grande louche de coques, ça va me faire une soupe délicieuse, je me la mijote déjà à l’étage des légumes, en y ajoutant des morceaux de patate douce, de carotte, de navet bien bleu, du chou chinois bien sûr, pourquoi pas quelques dés de tofou, le tout parfumé à la coriandre…

En rentrant (saine et sauve après la traversée inverse), je repasse devant le marchand de fruits :

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et le cordonnier qui attend des visites de monarque sous son parasol :

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Et voilà déjà Babel. Tout au fond, de ce côté-ci aussi, déjà la ville, les grands immeubles de Hangda Lu :

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Babel qui n’est plus Babel, que sera-t-elle demain ? On a déjà arraché les lettres rouges de son nom sur la façade. Devant, un tas tout gris, est-ce sable, terre ou ciment, déjà y ont poussé bouteilles et détritus, déjà un petit garçon y farfouille :

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Dans lequel Marcopolette ne peut s’empêcher de digresser en mangeant

Depuis un bon moment je n’avais plus de nouvelles de Cai Tianxin, le poète-mathématicien rencontré l’an dernier au Québec et qui m’avait convaincue de venir ici (je suis sûre que vous l’aviez carrément oublié - pas vrai ?).

Et au fait, pourquoi je suis venue ici, tiens, ça c’est une question qui revient encore se poser de temps en temps, plus rare, plus fugitive à mesure que le temps passe et que je me retrouve plus occupée à vivre qu’à m’in(trop)specter. Oui, pourquoi ? Faut pas me provoquer, probable. Me proposer de l’étrange, de l’insoupçonné, du carrément impossible, c’est la meilleure façon pour que je saute dedans à pieds joints en me criant à moi-même « On verra bien ! », oui, comme Kirk Douglas à la fin des « Vikings », le film américain, quand il se jette dans la fosse aux loups sans même se boucher le nez en hurlant « Odin ! ». Sûrement aussi que quand quelqu’un, n’importe où, a l’air de me dire comme ça qu’il envisagerait bien quelques instants le plaisir de ma compagnie, je n’arrive pas à résister, que voulez-vous c’est un réflexe, c’est comme ça que je soigne ma névrose d’abandon. Est-ce que ça marche ? Oui, mais il faut recommencer tout le temps (et maintenant que vous avez le mode d’emploi, n’hésitez plus, ce serait bête !)

Bon, alors Tianxin, en fait je ne le vois guère, mais chaque fois il m’invite dans un excellent restaurant – ceci pour rassurer encore les gentils Marcopoleurs qui se font du souci pour ce que je mange ;-) . Donc, hier midi, il passe me prendre chez moi pour déjeuner avec Guillaume, un Français venu faire de la recherche et enseigner la photonique (chapeau bas, s’il vous plaît !), et que j’ai déjà rencontré chez Louis Ravaud. A deux pas de Xixi, dans une ruelle que j’avais dépassée cent fois sans la voir, voilà un restaurant chinois typique, avec du personnel en uniformes divers selon le rôle à jouer, tous impeccables - robes fendues haut sur la jambe pour les deux mignonnes postées de chaque côté de la porte, du plus strict, mais chinois aussi, pour les serveurs et serveuses. Et une sorte de mini-marché, avec des étals de poissons et de fruits de mer où l’on choisit ce qu’on veut :

  Photos 1      et 2

Il y a aussi, comme sur les marchés, des aquariums où crevettes et crabes attendent un sort funeste en compagnie de beaux poissons rouges :

  Photos 3     

Pour le reste aussi, on commande en montrant du doigt ce qu’on veut parmi toutes sortes d’échantillons. « Très pratique pour les étrangers », constate Tianxin en rigolant. Encore faut-il deviner ce qui est là, dans les assiettes !

  Photo 7

Voilà, sont déjà bien entamés : soupe de coquillages, plat de piments piquants, plat de bettes à l’eau. C’est toujours aussi fascinant de voir le ballet des serveurs et serveuses qui reviennent sans cesse apporter d’autres plats. Ici, trois « poissons jaunes ». « Leurs arêtes sont douces, on peut les avaler », dit Tianxin. Hm ! En tout cas, Guillaume a du mal à attendre :

  Photos 8      et 9

On mange de tout dans le désordre, soupe, légumes, morceaux de poisson qu’on dépiaute de loin, avec les baguettes bien sûr, et qui atterrissent plus ou moins adroitement (oups !) dans un bol. Et là-dessus, oui, pourquoi pas encore un peu de soupe, là-bas, et les piments, tiens, pour voir s’ils piquent aussi fort qu’avant. La petite assiette, c’est pour crachoter ce qui ne s’avale pas, mais parfois c’est l’inverse, on crache dans le bol, enfin on fait exactement ce qu’on veut, pourvu qu’on mange, courbé sur ses baguettes, tous bruits de plaisir autorisés, oui, tout ce que chez nous on interdit aux petits enfants : roter plié en deux, faire des « slurps » avec sa soupe, libérer son hoquet, car c’est très mauvais d’empêcher le corps d’exprimer ses exigences ! (et je ne parle pas des râclements de gorge qui rythment toute promenade au dehors, préludes à des crachats grandioses et sans nul doute profondément satisfaisants).

Pour boire aussi, on alterne entre le petit bol de thé vert qu’on nous a servi automatiquement au début, et la bière qu’on a commandée ensuite pour trinquer.

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Comme dessert, pas de tranches de pastèques, comme c’est souvent le cas, mais des tronçons de sucre de canne épluchée, il n’y a qu’à suçoter et recracher les fibres, qui nettoient les dents au passage, paraît-il…

Retour à Xixi, où Tianxin dit avoir habité autrefois, juste à côté de Babel. Le temps est magnifique, la blanchisseuse en a profité pour mettre le maximum de ses commandes à sécher au grand air : dessus de lits, linges divers, et là-haut, tout là-haut dans les massifs d’osmanthe (zoom !) de belles grandes bottes dorées… Xixi Road, je ne m’en lasserai jamais. Jamais !

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