MarcoPolette

Anne-Marie en Chine

Une année qui s'étiole



Voilà de vaillants ballons qui auront fait ce qu'ils pouvaient pour aller jusqu'en 2008... Mais tout comme le naturel, les caractères chinois reviennent au galop :


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A vous tous, mes chéris fidèles, un très bon et chaleureux réveillon, et une
TRES HEUREUSE ANNEE 2008
- mais ceci, nous aurons l'occasion de nous le redire dans 2 mois à peine !


Dans lequel Marcopolette se met à parler du pays et assiste à une fête de Noël où renaît l’Opéra de Pékin

Hier, aboutissement d’une grrrande première pour Marcopolette : mes chéris, certains d’entre vous m’avaient envoyé de si jolies photos des Vosges sous la neige, de Strasbourg de jour et de nuit, et même de mouflets préparant leurs bredele sous l’œil attendri de leur maîcresse adorée ;-) que je m’en étais fait un petit diaporama strictement à usage interne, réservé à Lu, Camille, et autres étudiants-amis intéressés par Christmas dans ma hometown (oui, je sais, tous ces mots étrangers, c’est du chinois !). Mais l’ambition, vous savez ce que c’est : une réussite entraîne fatalement le désir d’autres sommets, et je m’étais retrouvée en train d’en proposer une version élargie au Département de français. Proposition acceptée, et même, malgré mes protestations, aussitôt baptisée du nom quelque peu intimidant de « Votre conférence, Madame » : et voilà l’angoisse qui commence à montrer le bout de son long nez tout pointu…

Tous mes étudiants qui font une « contribution » à mes cours sous forme d’exposé manient les divers écrans, ordinateurs et autres machins dont est pourvue chaque salle de cours avec un tel détachement que je m’étais dit « Hopla, c’est le moment de me faire expliquer ». Ah, Power Point, quand tu nous tiens ! C’était oublier une fois de plus les discordances secrètes entre « mon » Mac et « leurs » PC. Mais rassurez-vous, à partir de maintenant je vais faire court : Bruce à côté de moi, mon Minou à mille fois mille milles d’ici, m’ont non seulement tout bien expliqué (y compris comment on se sert d’une clef) (rigolez pas, boys and girls, je passe mon temps à rappeler à mes étudiants que si on ne sait pas c’est pas grave, il faut toujours une première fois) – mais, chacun de son côté, m’ont formaté toutes les photos, de sorte que j’avais deux versions idéales ! Quand je pense que la prochaine fois je saurai faire ça toute seule !!! (si, si !).

Bref, il n’y avait plus qu’à confier la clef à une jeune collègue chinoise (« Mon nom français c’est Echo – oui, comme la nymphe »), et hop, tout a marché comme sur des roulettes. Le Rhin, le tram, le nouveau Conservatoire, la légende de sainte Odile, les Vosges sous la neige, le match Enfant Jésus contre Pépé Coca, les bredele, les cristaux en Baccarat de la rue des Hallebardes, la façade en trompe-l’œil de chez Christian, le grand sapin de la place Kléber, tout, ils ont tout eu, tout ça et le reste. A chaque image j’y pouvais rien, j’avais envie de tout raconter. Finalement je n’aurais pas dû me faire tant de souci. Preuve que c’était vraiment une conférence : Echo m’a même apporté un verre d’eau !

Et là-dessus, invitation à une fête d’étudiants, un étage plus haut. Dès l’entrée, le ton est donné : ici aussi, on aime les ballons et les cœurs !

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Ça me rappelle le festival de poésie de Canton où j’étais allée en septembre. Les mêmes jolies jeunes filles font les annonces, mais cette fois-ci, saison oblige, en blouson ou anorak :

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Ici aussi, tout commence par la Petite Musique de Nuit :

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Mais, au lieu de déclamations de poèmes, on assiste – ou on participe – à des jeux. Des jeux incroyablement simplets, qui font incroyablement rire toute l’assistance. Par exemple, les jeunes filles demandent à des « lao shi » (professeurs) de venir sur l’estrade et de tourner le dos au public. Là, on leur scotche à chacun une grande feuille de papier, sur laquelle est inscrit le nom d’un héros (pour les messieurs) ou d’une héroïne (pour les dames). Echo me traduit (car tout ça est en chinois, bien sûr) : Roméo et Juliette, Adam et Eve… A mesure que les noms apparaissent, les rires fusent déjà :

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Et les voilà tous en train de tourner en rond, chacun cherchant son complément idéal avant même de savoir qui il est lui-même… un peu comme dans la vie, en somme… L’assistance est de plus en plus déchaînée :

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Et puis il y a eu des tours de magie, et puis des tours de cartes… des jeunes filles viennent chanter en karaoké… On est appelé sur scène sans trop savoir pourquoi (Echo se précipite et veut m’entraîner, mais hum, je préfère regarder), et on se retrouve dans le concours des cheveux les plus longs, puis des plus courts, puis des plus grands yeux (j’aurais dû y aller, j’étais sûre de gagner ! Mais c’est trop drôle de voir des gamines aux yeux bridés s’efforcer de les ouvrir aussi grands que possible ! ). Tout cela très bon enfant, très « anniversaire de Monsieur le Curé ». Plutôt sympathique, de voir des gens s’amuser de si bon cœur de choses si simples, surtout dans un environnement intellectuel classé si prestigieux !

Tout le monde retrouve soudain son sérieux lorsqu’un professeur déjà assez âgé monte sur scène et se met à chanter un air de l’opéra traditionnel de Pékin. Echo me souffle que « c’était interdit pendant la révolution culturelle ». Pendant qu’il chante, une jeune fille s’approche avec une guirlande de Noël, qu’elle lui passe autour du cou. Il est bientôt rejoint par une collègue qui lui donne la réplique.

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Elle aussi reçoit bientôt sa guirlande, plus - comme c'est une dame - une rose en bonbon :

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J’ignore totalement de quoi il s’agit. Les deux voix sont extraordinairement fortes et sûres. Cela n’a rien d’une démonstration d’amateurs. La technique ne semble pas si différente de notre chant classique. Toutes les notes sonnent plein, juste. Ce que nous appellerions les « ornements » fusent l’un après l’autre, très maîtrisés. Tout le monde est recueilli. Une légère hésitation de la chanteuse, son partenaire et les plus anciens lui soufflent aussitôt la suite. Ils n’ont rien oublié. Personne n’a rien oublié de la « révolution culturelle ». J’ai acheté un recueil de nouvelles traduites en français, où elle est constamment évoquée entre guillemets, comme si ça brûlait encore. C’est sûrement le cas, et pour longtemps. Les étudiants savent très bien ce que leurs parents ont dû souffrir, d’humiliations et pire, simplement s’ils faisaient partie des « instruits ». Ils me répètent souvent « La Chine s’est ouverte » avec un ton de soulagement, et aussi de confiance, une énergie dont je m’aperçois tous les jours à quel point elle est contagieuse.



Voix de Noël

Evidemment, à 6 heures rien n’était prêt. Vite, sécher la vaisselle empruntée à la cantine et que Ross avait tenu à relaver, vite, faire entrer dans sa chambre la deuxième table (venue elle aussi de la cantine, mais déjà briquée), chercher des chaises chez les uns et les autres, faire le compte de ceux qui ne viendraient pas, de ceux qui arrivaient, de ceux qui viendraient encore… Mais très vite, Ross a proposé ses premières rasades de whisky dans nos gobelets en plastique. Li Hua, Lan Tian et Wang Hui, qui n’y avaient jamais goûté, ont eu quelques sursauts de surprise, mais s’y sont faits très vite ;-) . Soupe au potiron, poulets en sauce italienne, spaghetti authentiques, Ross et Miao Feng, son amie chinoise, s’étaient surpassés, et les bouteilles apportées par les invités s’ouvraient toutes seules les unes après les autres :

  

Australie, Angleterre, divers Etats américains, Chine du Nord, Chine du Sud et France de toujours ailleurs, personne n’avait le même accent, ni ne parlait vraiment le même anglais que ses voisins. Et ce réajustement perpétuel de chacun pour entendre la voix des autres créait une polyphonie de bonnes volontés, fondait le tout dans un de ces moments où je saisis enfin, sans pouvoir vraiment le dire en mots, le vrai pourquoi de ma venue ici, ou peut-être, pourquoi pas, ici-bas. Au dessert, Lan Tian, notre Ciel Bleu, s’est mis à improviser en sourdine sur sa nouvelle guitare :

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Il faut dire que l’ami Ravaud, lui aussi, avait fait très fort ! Des deux Forêts-Noires en forme de bûches, une seule aurait suffi pour tout le monde, mais la deuxième a disparu tout aussi vite parmi mille louanges à la culture et à la pâtisserie françaises :

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Voilà, on est presque tous là, sur la photo… « Accourez, venez tous », mes chéris, il reste plein de place entre Li Hua et Ross… et même une bouteille de l’excellent Montravel qui, lui aussi, a fait honneur au pays :

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MERRY CHRISTMAS !

SHENG DAN KUAI LE !!

JOYEUX NOËL A TOUS !!!


Pêle-mêle de Noël

Il a d’abord fallu que je descende à la « réception » de Babel (bien grand mot pour un petit comptoir !) expliquer que ma chasse d’eau était en panne (pardon pour ce détail trivial qui peut pourrir la vie aux meilleurs d’entre nous !). J’avais bien reconnu d‘où venait le mal : chez nous, jadis, un plombier alsacien avait expliqué que c’était le « Schwimmer » - « Ja, ja, vous voyez, ‘s isch de Schwimmer », avait-il répété plusieurs fois, de sorte que le mot, sinon la chose, s’était bien imprimé dans ma mémoire. Et j’avais également appris qu’il suffit de raccrocher un truc à un machin, mais, baste, pour ce faire je ne suis pas encore assez « comme un garçon », et puis faut bien leur laisser quelque menue supériorité de temps en temps, s’pas ? (allez, les boys, je rigoooole).

Bref, je descends à la réception, et là, grâce à mes progrès fulgurants en chinois, je raconte mon problème, et grâce à un petit dessin je demande si je peux bénéficier du « cesuo » de l’appartement inoccupé juste à côté du mien. La jeune fille de permanence me donne les clefs sans hésiter. Je ne sais pas encore comment demain je vais parler du Schwimmer au factotum chinois de la maison, mais me voilà déjà en train d’explorer l’appartement fantôme. Tiens, on a une vue imprenable sur la cour de Babel, et non pas sur l’arrière du bâtiment comme chez moi. J’entends d’ailleurs des coups de marteau. Aha ! Grimpée sur une chaise, une serveuse est en train d'arranger une guirlande de ballons multicolores autour de l’entrée de notre (très) humble cantine, là ou flottait déjà la jupette de velours "Merry Christmas". Fixer des ballons sur un mur à coups de marteau, voilà qui est original ! (c’est son collègue, debout au sol, qui tient le marteau – qu’est-ce que je disais, les boys ?)

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D’ici j’ai également une vue aérienne toute nouvelle sur Xixi Lu. Le marchand de gâteaux :

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La cour d’en face, jusqu’ici mystérieuse… et qui ma foi continue de l’être… C’est d’ici que repart chaque soir un gros camion chargé des papiers et cartons rassemblés toute la journée par les chiffonniers en triporteur. Mais je ne sais rien d’autre…

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Tiens, voilà encore une vue imprenable sur l’un des climatiseurs qui en ce moment nous soufflent de l’air chaud dans les appartements :

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Les bananiers arrachés par le dernier typhon d’octobre ont déjà bien repoussé :

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Ici, on ne vend jamais que des bananes, mais le petit arbre qui pousse sur le trottoir a eu droit, comme tous ceux que je vois ici, à son long bas blanc :

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Je rentre chez moi où le Père Noël est déjà passé, grâce à mon Minou. J’ai ajouté dans le décor le bouquet de chatons offert par l’ange Ciel Bleu :

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Rhume de cerveau, brume dans la tête. Tant pis, vite une bonne écharpe, il faut que j’aille voir de plus près cette nouvelle guirlande… Aaahhh ! Très joli ! Je regrette quand même qu’on ne voie plus les caractères chinois :

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De loin, avec accompagnement des caisses de bière, l’effet est encore plus complet :

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Rentrons vite. Devant Babel les osmanthes achèvent de jaunir à côté des vaillants bananiers. Tiens, on aperçoit aussi des ballons dans la salle du restaurant :

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J’irai peut-être y jeter un coup d’œil demain. Ce soir (soir chinois = 18 heures) : avant-première de Noël avec mes collègues anglo-saxons dans l’appartement de Ross. See you soon !


Leçon de babélien

Cet après-midi le temps s’était remis au beau fixe, avec une fraîcheur juste assez revigorante pour rappeler que l’hiver ne fait que commencer. Me voilà donc sur la route qui mène au Lac une fois franchie Xixi, juste de quoi aller voir si Pépé Coca (qu’on appelle aussi le Père Noël par chez nous) a continué ses rapides progrès en babélien.

Avant de nouer mon écharpe, un dernier regard attendri à la carte envoyée par mon Minou, et dont j’ai fait une déco d’enfer à côté du panier de Lu et du cactus chinois qui me servira de sapin :

  

Bon, des sapins, en voilà, assez modestes, mais bel effort quand même pour la Chine du Sud !

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Par contre, ici, le restaurant a soigné sa vitrine !

  Photo 04

Plutôt attendrissant, ce mélange des genres. « La Chine s’ouvre » (« China is opening up »), me répètent de tous côtés étudiants et collègues. Effectivement – et mieux vaut ce slogan-ci que bien d’autres…

  Photo 05

Ah, une belle rangée de scooters électriques, de ceux qui vous foncent dessus à 40 à l’heure, sans bruit et sans lumière. Intéressant : au premier plan, on voit un guidon « customisé » (Babel n’en est plus à un barbarisme près), auquel on a adapté des bottes fourrées en guise de gants. Le tout premier que j’ai vu m’a fait croire à la rencontre inespérée d’un cow-boy très futé en même temps qu’original, mais en fait cet attirail n’est pas rare du tout : la fusée à roulettes que j’ai prise l’autre jour en était pourvue aussi. Et ça n’empêche pas le conducteur d’enfiler d’abord des gants de laine ordinaires sur ses petites mimines de prédateur de piétons :

  Photo 06

Le bon Papa Noël a dû faire pleuvoir sa photo sur la Chine en averses continues (après contrat juteux avec un businessman local), car son effigie est partout absolument la même. Il faudra que je demande à l’ami Ravaud. Oui, lui aussi s’y est mis :

  Photos 3,      4 (du 2° envoi)

Et que vois-je en rentrant ? Notre restaurant d’expatriés décoré de cette magnifique jupette de velours, qui proclame bien haut que décidément, Babel, c’est l’avenir !

  Photo 5

Charmés de Noël

Sur Google Earth, on voit très bien, tel l’œil du poulpe géant qui insistait pour suçoter Kirk Douglas dans « Vingt mille lieues sous les mers » (aha ! j’entends des frissons dans la salle…), le grand stade de 60 000 places où ont eu lieu, par exemple, les championnats du monde de football féminin de septembre dernier. Ça ne vous dit rien ? On ne va pas se disputer pour si peu. Ici, on ne parlait que de ça, même que mon arrivée était passée quasiment inaperçue, il faut bien le dire (là non plus, je jure que je n’en veux à personne) (vous avez entendu parler du Bon Dieu et de sa Grande Clémence ? Eh bien, sa grande Clémence, ça serait peut-être bien moi, des fois, je me dis).

Bref, juste à côté, devant, ou derrière, selon comment qu’on le regarde, il y a ça :

  

Un supermarché chinois très petit-neveu de l’oncle Sam, avec Pizza Hut et MacDo incorporés au rez-de-chaussée. La grande Clémence, qui est aussi une grande sentimentale, y retourne quelquefois trifouiller dans les rayons, en souvenir du jour où elle y a découvert ses tout premiers légumes chinois, et de celui où elle s’est retrouvée à la caisse juste derrière un bonze en robe safran venu s’acheter deux slips boxers avec des petits dessins dessus (avouez que ce sont des expériences qu’on espère toujours revivre).

Quoi de neuf en ce moment au Supercenter chinois ? Ceci : partout des vendeuses coiffées de bonnets rouges, pointus, bordés de blanc, mais très sobres, très chics… vous me direz que c’est ici qu’on les fabrique : certes, certes, mais, pas fous, c’est chez nous qu’ils envoient les bandeaux clignotants, petits grelots, et autres spirales de loufs qui permettent aux bancs de touristes d’une même espèce de se reconnaître dans l’aquarium de la place Broglie.

Le grand-père Coca-Cola joue encore un peu les timides, mais je suppose que ses ravages s’étendent un peu plus chaque année :

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Folklore pour folklore, j’accepte l’invitation de Lu, mon élève de français, à « faire des achats ensemble » ce samedi après-midi. D’abord une bonne heure de leçon, pendant laquelle le chauffeur nous attend au bas de Babel dans la Mercedes noire de sa tante. Je repense à mon équipée dans la fusée à roulettes de l’autre jour, aux voitures comme celles-ci qui paraissaient plus énormes encore d’être frôlées de justesse par un virtuose des zigzags…

Lu m’invite d’abord à déjeuner : canard, poulet, crevettes, aloès au sirop, soupe de champignons, soupe de poisson épicée... et de la racine de lotus au riz glutineux (des fois il faut se méfier du son qu'ont les mots à l'oral, "glutineux" c'est pas très joli mais ce truc-là j'en raffole, c'est au premier plan sur la photo mais plus pour très longtemps...)

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Le chauffeur nous rejoint, mange un peu, demande un bol de riz, puis s’en retourne au parking. Quand Lu est bien convaincue que j’ai assez mangé, on part se promener dans Hei Fang Jie, la « rue ancienne » où j’étais déjà venue avec Camille et Jenny : une suite de boutiques effectivement anciennes, où l’on trouve tour à tour des soieries, des thés, des parapluies, des peluches, des écharpes, des bonbons, des baguettes dans de belles boîtes, des sceaux qu’on grave devant vous à votre nom (chinois ou occidental), des jouets… bref, toutes sortes de bimbeloteries à marchander, mais aussi de très beaux objets au prix définitif.

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Entre les deux rives de la rue, une foule rieuse, curieuse d’autres échoppes encore. Un jeu de massacre :

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Un palanquin de mariée où l’on peut se faire photographier (normalement la mariée arrivait tous rideaux fermés, la tête entourée d'un foulard pour se faire une surprise à l'arrivée, et en sanglotant d'épouvante parce qu'en plus on lui avait dit que ça lui porterait bonheur) :

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Et… tiens tiens ! Que vois-je ici, faisant concurrence au lion chinois défenseur des portes ?

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Ah ! Ça se précise !

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Et même…

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Mais rassurons-nous : malgré les assauts d’une modernité d’emprunt, c’est encore devant le grand Bouddha tout doré qu’on vient prendre des photos de famille :

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A lui, on peut bien raconter tout ce qu’on veut,

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c’est un Gulliver qui n’a pas peur des petits lutins :

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Et même… ça le chatouille !

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Juste pour dire...

Parfois on se dit qu'ils sont presque un milliard et demi à savoir lire ça... On reste planté à côté et on se sent très bête...

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Après les nourritures terrestres…

… place à l’Histoire ! La voiture s’enfonce dans des rues de plus en plus étroites, s’arrête au bord d’une rivière près de laquelle a vécu un calligraphe renommé. Tianxin tenait à me montrer sa maison. La responsable des lieux vient justement d’ouvrir la porte :

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C’est encore l’une de ces maisons anciennes dans lesquelles, visites et lectures aidant, j’ai chaque fois davantage l’impression d’avoir vécu aussi. D’innombrables histoires chinoises (par exemple « Le Dit de Tianyi », de François Cheng, l’un des plus beaux romans que je connaisse, écrit directement en français – mais tant d’autres aussi) se passent dans ces habitations où chaque membre d’une même famille tenait ses quartiers selon son statut et son rang : maître et maîtresse, les fils dans l’ordre de naissance avec leurs propres femmes et enfants, jeunes enfants, serviteurs, tous avaient un domicile assigné selon une hiérarchie très stricte. Les logements, plus ou moins vastes selon la richesse du maître, étaient séparés par des cours. On y vivait ainsi à la fois chacun chez soi et soumis ensemble à l’autorité d’un seul chef.

Dans la cuisine, Tianxin retrouve des souvenirs d’enfance et s’amuse à nous montrer comment il aidait sa mère en activant le feu à l’aide d’un grand soufflet. Devant lui, le tonneau où l’on gardait l’eau de pluie :

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Diverses très belles poteries sont laissées à la poussière. C’est qu’on n’est pas dans un musée, plutôt une maison fermée, pas tout à fait à l’abandon :

  

Une bouilloire suspendue à un crochet :

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Dans le bureau du maître, la bibliothèque où l’on empilait les livres les uns sur les autres, au lieu de les serrer debout comme en Occident :

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L’alcôve et l’armoire à glaces de la chambre :

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Dans une grande salle trône le buste du maître :

  

Les lambris d’une autre sont recouverts de gravures représentant d’édifiantes scènes d’apprentissage de l’écriture :

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Et il y a aussi quelque part une table magnifique :

  

Mais j’aime encore mieux m’approcher des fenêtres pour regarder les cours. Avec le temps, leurs murs, leurs toits sont devenus de véritables paysages :

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Et cet arbre, là, d’où vient-il ? Où sont ses racines ?

  

… de l’autre côté du mur !

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Le gong de métal suspendu à une poutre résonnait pour annoncer les visites :

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Toutes ces poutres sont très belles, souvent sculptées, de même que les boiseries de la façade :

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Tianxin nous propose une dernière photo :

  

Dehors, la rivière boueuse reflète le ciel gris. Le passé, le présent, eux aussi ne font plus qu’un :

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Il s’est remis à pleuvoir. Au bout de la rue, on avait mis du linge à sécher. Tant pis. Il sèchera plus tard. Peut-être même demain :

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Poètes et paysans

Cai Tianxin, le poète-mathématicien grâce à qui je suis ici, m’avait invitée hier à déjeuner, en compagnie du professeur Le Lianzhen, la très jeune doyenne du Département des Langues étrangères, dans une petite ville pas très loin du campus où il voulait également me montrer une maison ancienne. Et nous voilà partis, devisant gaiement sous une pluie battante dans la fameuse petite voiture rouge de Tianxin, jusqu’à ce qu’une immense pancarte nous indique, en chinois et en anglais de cuisine (c’est le cas de le dire), la direction du « 2th Goat Stew Festival ». On tourne donc à droite, pour s’engager sur une route enjambée par une série de banderoles en chinois sur fond rouge qui semblent vouloir nous souhaiter la bienvenue jusqu’au bout du monde. Impossible, malheureusement, de prendre des photos : trop de pluie au dehors, de buée à l’intérieur.

A l’arrivée, on découvre des baraques multicolores en préfabriqué, mises bout à bout sur deux rangs pour former une sorte de grand’rue de village provisoire :

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Chacune de ces baraques abrite en fait une salle de restaurant, dont la fenêtre s’ouvre sur un billot où un cuisinier pas peu fier propose ses morceaux de chèvre découpés au hachoir :

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Un peu plus loin, un baquet où un autre cuisinier remue des choses. (J’espère que ce n’est pas Saint Nicolas !)

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En tout cas, ce n’est pas le moment de cracher dans la soupe : nous voilà installés à l’une des tables recouvertes d’une nappe à carreaux et d’un carré de plastique rouge qu’à la fin du repas une serveuse viendra prestement nouer aux quatre coins pour jeter le tout à la poubelle. Sur la table se trouve aussi un réchaud à alcool. En attendant qu’on vienne y poser la marmite que mes compagnons ont choisie, on nous apporte à chacun un petit bol, une paire de baguettes et une cuiller en porcelaine.

Qu’on soit poète, mathématicien, doyenne respectée ou invitée étrangère, l’arrivée du ragoût fumant nous met aux lèvres le même sourire vorace :

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Il s’agit effectivement d’un ragoût, ou plutôt d’une sorte de pot-au-feu, ou hochepot – on me traduit en anglais par « hotpot » le mot chinois « huo guo ». Fondue chinoise, peut-être : on part à la pêche, on attrape ce qu’on trouve avec les baguettes, on recouvre de bouillon avec la petite cuiller. Tout est excellent, même les lanières de tripes qui font un peu peur au début. Comme on ne dispose que d’un seul bol, ma foi, on y recrache aussi petits bout d’os et grands bouts de peau (à la table voisine, on crache carrément sur la table : qu’importe, puisqu’une fois le repas terminé, la serveuse repliera le tout dans le carré de plastique qui protège la nappe) :

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Notre réchaud s’est éteint, mais bien vite on vient nous le remplir de combustible, curieusement coloré en vert fluo :

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A la table là-bas, les convives se lèvent sans arrêt, le verre de vin rouge à la main, de plus en plus gaiement, pour faire « gan bei » - cul sec – en se portant mutuellement des toasts dans de grands éclats de rire, comme si tout le monde avait son anniversaire en même temps. Des paysans du Nord, me disent Tianxin et Lianzhen :

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Comme nous sortons, deux des filles du Nord me rattrapent pour une photo-souvenir sans laquelle leur journée ne saurait être parfaite :

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Il ne pleut presque plus. On regagne la voiture. A suivre…

Chinese Christmas

Mais oui, le Père Noël est attendu en Chine ! au moins dans les villes, où tout est bon à récupérer pour faire la fête. Pour les cadeaux, je ne sais pas s’il sera généreux ou s’il chinoisera en attendant le Nouvel An du mois de février, mais dans une vitrine de pâtissier j’ai vu ce magnifique édifice, digne de figurer au mariage de Cendrillon avec le marquis de Carabas :

  Photos 1
  et 2

Approchez-vous bien, vous apercevrez qu’il y a même des verres à vin disposés aux quatre coins de chaque étage ! Maintenant, reculez un peu pour voir le chef-d’œuvre dans son entier. Mais attention, « Take care », dans votre dos il y a plein de vélos silencieux qui foncent à toute allure, tant pis si on n’a pas la place d’aller plus loin. Ooooohhhh ! Est-ce que ça se mange vraiment ???

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Voilà, je vous laisse rêvasser, mais accrochez-vous, demain changement de décor, on va au Festival du Ragoût de Chèvre, attachez vos bavoirs, vous m’en direz des nouvelles !

Comme un garçon

Je croise sans arrêt les véhicules les plus inattendus depuis l’invention de la roue. Homologués ou pas, va savoir, en tout cas ça transporte et ça roule.

Il y a, par exemple, le triporteur orné d’un petit toit de toile qui en fait presque une conduite intérieure, comme on disait aux premiers temps de l’automobile. Ça n'empêche pas les soucis, cependant. Celui-ci était devant Xixi Campus l’autre matin :

  

Les freins, peut-être ? Oh non, on ne s’arrêterait pas pour si peu… Dommage ! J’ai dû grimper dans la navette, je n’en saurai pas plus.

Etre « dans le bus », c’est d’abord faire partie d’un groupe. A cette heure-ci, on écoute la radio locale, des infos où les mots « Hang Zhou » et « zhong guo » (« Chine ») reviennent sans arrêt, ainsi qu’une même cascade de chiffres, sans doute le numéro de téléphone de la station.

  Photo 07

Là, je ne reconnais que le dernier caractère de la série, « véhicule », qui représente le timon des anciennes charrettes vu du dessus (limpide, non ?)

Du haut de son siège, on remarque tout le temps des choses nouvelles. Les travaux tout le long de la route :

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Arrêté lui aussi à un feu rouge, le triporteur aux gants blancs :

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Et toujours, partout, toutes sortes de chantiers :

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Arrivés à Zijingang Campus, un taxi en partance croise un autre triporteur, pourvoyeur de coca celui-là :

  Photo 03

Mais il ne s’agit pas de s’en aller, ma journée commence à peine ! D’abord déjeuner avec « Bruce » (Wang Hui), un de mes anciens étudiants, venu du Nord de la Chine. Un garçon tout à fait remarquable (je lui avais donné un de mes rares 18), qui pourtant n’aurait jamais dû naître, puisqu’il a déjà un frère aîné, mais ses parents ont versé une grosse somme d’argent à l’Etat pour avoir droit à un deuxième enfant. Un rescapé, en somme. « My parents paid to have me », dit-il en riant comme d’une blague.

L’après-midi dans la salle des Foreign Experts est moins drôle, malgré la présence intermittente de Ross, d’accord pour comploter un dîner de Noël entre expatriés (ce sera le 23, et non pas le 24, car certains collègues travaillent ce jour-là, et Ross et moi le 25, mais tant pis !). Il fait de plus en plus froid, malgré mes trois pulls et mon manteau, et les innombrables gobelets de thé bouillant qui ne réchauffent même pas les doigts. Pas de chauffage, juste le climatiseur de l’été, censé donner à présent de l’air chaud, mais l’effet est celui d’un souffle refroidi bien avant d’avoir traversé la pièce. Je me promets bien d’aller très vite m’acheter le pantalon de laine bien épaisse qui m’avait paru totalement clownesque il y a encore peu de temps.

Six heures et demie, enfin l’heure du cours, je vais pouvoir bouger ! L’Angleterre est au programme, ou plutôt la Grande-Bretagne, je veux dire les Iles Britanniques, bref, le Royaume-Uni, merci Alan ;-) On galope à travers les siècles. Pour finir, je leur passe un air de Purcell, « Dry those tears », en leur disant de ne pas trop chercher à comprendre les paroles, de faire surtout attention aux volutes de la musique, c’est un air de consolation, "comme quand on prend quelqu’un dans ses bras". Je ne crains pas les ricanements : dans ce pays où l'on ne croise pratiquement jamais de couples d'amoureux, non seulement les filles, mais aussi les garçons entre eux, se tiennent par le cou ou par la taille dans la rue pour se chuchoter des choses, ou bien s’appuient les uns sur les autres pendant les cours, dans des postures que nous autres barbares jugerions très vite un rien lascives. Les regards restent totalement paisibles, satisfaits, sans trace d'ironie ou de provocation.

De fait, ils écoutent Purcell très attentivement, et disent tous « yes, yes, yes », ils ont aimé, beaucoup. L’une des filles m’accompagne à l’arrêt de bus pour me dire : « On n’entend jamais de la musique comme ça ici, ça m’a fait penser à un roi solitaire, vous savez, comme Louis, le roi allemand Louis, vous le connaissez ? tout seul dans ses châteaux fantastiques. Oui, ça m’a fait penser à un roi solitaire, a very lonesome king, thank you, thank you again ».

Je n’ai plus froid du tout.

Aujourd’hui, pourtant, il me le faut, ce pantalon ! Allez, pour le mériter, je vais vraiment faire comme les garçons, et m’embarquer toute seule pour retourner au magasin. Un taxi à l’aller (j’ai l’adresse en chinois sur mon téléphone portable), j’en prendrai un autre au retour, et voilà, c’est quand même pas sorcier pour une Marcopolette !

Arriver en taxi, pas de problème. Mais le magasin est tellement immense que je n’ai jamais retrouvé le rayon que je cherchais. Fatiguée de tourner en rond (mêmes labyrinthes que chez Ali Baba), je me retrouve dans la rue, devant les immenses vitrines qui affichent gaiement en rouge et vert « Merry Christmas and Happy New Year ! » – en voilà bien, de la publicité mensongère, quand personne ne parle anglais à l’intérieur !

« Il héla un taxi qui passait en maraude », lit-on dans les romans dont le héros n’a pas de temps à perdre. Des taxis, il en passait, hélés, hélas, tous occupés…

Jusqu’à ce que surgisse mon sauveur !!!

  Photo 12

Oui, parfaitement, je me suis retrouvée là, sur le siège arrière, agrippée à la barre et à mon sac à main, cheveux au vent tout pareil que Tintin, lâchée dans la folie de la rue chinoise, des tournants, des carrefours, invoquant tous mes anges gardiens à la fois, et aussi ceux des cyclistes que la fusée croisait, dépassait, frôlait pour éviter in extremis d’énormes voitures…

Je l’ai arrêté juste devant Xixi. J’avoue que je ne tenais pas trop à arriver en trombe devant Babel avec mon nouveau brushing. Et puis, juste en face, il y avait la pâtisserie qui vend les excellents petits choux à la crème que je m’autorise le dimanche. Spécialement délicieux avec le thé vert du Puits de Dragon. Un petit five o’clock de retrouvailles avec moi-même s’imposait.

Mais d’abord, un grand xié xié et un grand bye-bye !

  

Dans lequel Marcopolette écoute la chanson des chiffonniers chinois, évite de penser à Noël et parle beaucoup français

Les images du jour pour Xixi Lu et les environs : l’un des triporteurs qui hantent le quartier, appelant dès le matin les clients qui auraient de vieilles choses à envoyer vers une décharge. De loin, leurs cris ressemblent à méprendre à ceux de nos vitriers et marchands de peaux de lapin d’antan, comme si tous les chiffonniers du monde avaient la même voix pour les mêmes musiques.

  Photo 01

Les vieux papiers, cartons et emballages sont emportés en piles impressionnantes sur un camion que l’on peut voir chaque soir juste en face de Babel.

Je n’ose jamais trop photographier les petits artisans de Xixi, ils sont si proches de la vraie misère que j’aurais honte de les trouver « pittoresques ». L’un des cordonniers (assis sur une vieille souche d’arbre, entouré de deux ou trois outils et d’autant de tabourets en bambou où il reçoit ses clients comme un confesseur, têtes rapprochées, évaluation des dégâts, murmures, conseils) n’a pas été content du tout. J’ai effacé la photo.

C’est souvent difficile de savoir si on va offenser ou faire plaisir. Ces gamins-là, qui jouaient au yoyo sur le trottoir en faisant force moulinets admirables qui menaçaient d’assommer les passants, ont au contraire été très fiers :

  Photo 2

On me dit qu’à Strasbourg c’est Noël dans trois semaines, et la Saint-Nicolas dans trois jours ! « Ah yes, Christmas is a big sacrifoys », m’a déjà dit Ross avec son accent australien. J’avoue que je préfère ne pas y penser. Plutôt que d’aller seule au Provence, le restaurant français qui propose un menu spécial pour le 24 au soir et le 25 à midi (l’idée a plutôt menacé de me flanquer le cafard), je me demande si je ne vais pas inviter des étudiants et des collègues à festoyer tant bien que mal autour de ma table basse. Un étudiant m’a aussi parlé d’un professeur allemand qu’il voudrait me faire connaître, et qui l’an dernier avait distribué de curieux petits gâteaux en forme d’étoiles, de cœurs, de… aaaaarrrrggghhhh ! Des bredele ! Des bredele à Zinjingang campus ! Serait-ce possible ???

En attendant, le fleuriste fou (ou les fleuristes folles, car je les ai vues faire !) ont encore frappé : oui, Noël arrive, il faudra que je retourne vérifier ses progrès :

  Photos 3,      4

Hier soir dimanche, la jeune Marianne (19 ans tout juste, naïveté insondable et rouerie tout aussi énigmatique) me demande par sms si elle peut venir me faire une visite. Je suis en pleine préparation de mon « syllabus » (pseudo-hellénisme barbare qui consiste à envoyer d’avance à l’administration le contenu de tous les cours du trimestre), mais bon, une tasse de thé ne saurait me faire de mal. Je la préviens toutefois que j’ai du travail et que je n’irai pas au café français. La voilà qui arrive, toute mignonne avec ses gants à petites poches sur le dessus – et dans chacune des petites poches il y a un petit nounours – jette un coup d’œil aux brouillons en tempête sur mon bureau, et me dit approximativement ce que j’ai déjà entendu (et vous aussi, collègues !) proférer dans un meilleur français : « Mais pourquoi vous dites que vous avez du travail ? Je croyais que les professeurs étrangers ont beaucoup de temps libre ! » (la preuve !). Je réponds patiemment que certes, je sais beaucoup de choses, mais qu’il faut souvent vérifier et chercher encore : ça la fait rire !

On m’a dit, il est vrai, que les collègues chinois se contentent le plus souvent de suivre le « textbook » qu’ils font acheter aux étudiants et qu’ils se contentent de lire tout haut en cours. Si c’est vrai, ils doivent bien s’embêter, eux et leurs ouailles. Mais ça expliquerait aussi pourquoi tant d’exposés d’étudiants sont de simples téléchargements de sites internet, avec, projeté sur l’écran, le texte exact qu’ils sont en train de lire. Et pourquoi ils ne comprennent pas (ou font semblant) quand je leur dis que c’est l’un ou l’autre, le texte OU l’image, pas les deux ensemble, et que je ne veux plus non plus de répétition mot à mot de ce qu’ils ont trouvé ailleurs. J’exagère : les meilleurs, les vraiment très bons, comme par hasard, pigent très bien, et j’ai même l’impression qu’ils ont l’air soulagé.

Cet après-midi, c’est la jeune Li Lu qui est venue pour son cours de français. Extrêmement bien élevée (elle s’était trouvé un prof mâle mais ses parents n’ont pas voulu), elle m’a déjà proposé de me jouer du Tchaïkovsky sur le piano de sa tante (elle vient de très loin dans le Nord, mais n’habite au campus que par de mystérieuses intermittences), et de m’envoyer le chauffeur si j’avais des courses à faire. Réellement gentille et délicate, aussi. Elle arrive avec une énorme corbeille de fruits – s’inquiète soudain de savoir si j’aime les fruits – pour s’excuser encore d’avoir oublié de venir samedi :

  Photo 10

Elle est encore là quand arrive Camille, qui vient elle aussi parler français. Elle a le même manuel que Lu, une saga où Bernard et Corinne, des Parisiens las de Paris, viennent d’acheter un café dans un coin perdu de Provence. En fait c’est assez bien réalisé, avec beaucoup d’expressions familières qui évitent d’apprendre un français trop rigide (je leur donne tout de même toujours la version irréprochable équivalente). Il y a même un DVD, très bien fait aussi. Avec Camille on va d’abord manger des dim suns à l’échoppe du coin, on rentre commenter le DVD, puis je lui montre mes propres photos de l’été dernier en Provence, Mérindol, Vaison, les villages perchés, comme celui qu’elle a dans son livre. J’ai un peu peur de l’ennuyer avec ma soirée diapos, mais au contraire, elle part en disant qu’elle a appris beaucoup de choses que les profs chinois ne peuvent pas savoir.

On se donne rendez-vous pour vendredi. En attendant, demain je me déguise encore en prof d’anglais, avec au menu un dernier survol de l’Australie et un atterrissage forcé en Angleterre, à moins que ce ne soit en Grande-Bretagne, ou dans les Iles Britanniques, ou au Royaume-Uni… Vous diriez comment, vous ? ;-)


En attendant la navette







Je suis sûre que vous brûlez tous de savoir ce qui se cache derrière le volet bleu à côté du bureau de poste de Xixi Campus, et ce que sont devenus les effets intimes qui s’y balançaient avant-hier ?

Patience, patience. Moi aussi, j’ai voulu savoir. Je suis donc à nouveau arrivée un peu avant le départ de la navette Xixi-Zijingang. Il fait encore très beau ces jours-ci, même si le froid s’est définitivement installé : adieu sandales, vendanges sont faites ! (avez-vous goûté le vin de la Grande Muraille ? Excellent !). Avec un peu d’imagination, on peut tâcher d’ignorer les voitures de bureliers qui encombrent les allées, et voir Xixi tel qu’il y a, disons, cinquante ans :

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OUI, la petite boutique est ouverte (même si on ne voit pas encore très bien ce qu’on y vend…)

OUI, les caleçons s’y balancent encore !

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Rassurés sur la permanence des choses, retournons attendre la navette, qui vit bravement sa vie de navette et donc, en brave et honnête navette, repartira sans désemparer refaire la navette. J’ai juste encore le temps de dire bonjour à Tristan et Yseult, les deux platanes qui se sont mariés ici il y a très longtemps :

 

Contraste toujours saisissant avec le très bi-millénariste Zijingang Campus – ça y est, vous arrivez à le prononcer ? « Xixi » non plus, ça n’est pas facile, qu’est-ce que vous croyez ! Il ne s’agit pas du tout de faire « kss-kss » comme pour appeler un minou, personne ne viendra ! La meilleure façon que j’aie trouvée pour l’instant, c’est de s’imaginer un chuchotis de Giscard pendant un aparté à l’Académie Française : « Je ne xuis pas d’accord avec xette nouvelle xuxpenxion de xéanxe… ». Voilà, on y est (presque) ! Bref, nous revoilà à Zijingang, où le soleil s'amuse à rajouter des rayures aux petits carreaux des bâtiments :

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Ce qui apporte une vraie douceur à l’ensemble, ce sont les espaces plantés, toujours harmonieux et extrêmement bien soignés. En vain a-t-on ajouté ces quelques ondulations dans l’architecture, qui me font plutôt penser à un tapis volant secoué par le vent, un déraillement de chemin de fer, un vieux film Super 8 échappé de sa bobine… (toutes autres idées mille fois bienvenues :-) !).

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Et comme tous les jours, le soudain déferlement d’étudiants affamés (de savoir, certes, mais pas seulement) pendant la pause de midi. Baguettes ou fourchettes, les Chinois et les Français ont au moins ceci de commun, c’est qu’ils ne plaisantent pas avec l’heure des repas, ni le contenu des plats !

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