Cai Tianxin, le poète-mathématicien grâce à qui je suis ici, m’avait invitée hier à déjeuner, en compagnie du professeur Le Lianzhen, la très jeune doyenne du Département des Langues étrangères, dans une petite ville pas très loin du campus où il voulait également me montrer une maison ancienne. Et nous voilà partis, devisant gaiement sous une pluie battante dans la fameuse petite voiture rouge de Tianxin, jusqu’à ce qu’une immense pancarte nous indique, en chinois et en anglais de cuisine (c’est le cas de le dire), la direction du « 2th Goat Stew Festival ». On tourne donc à droite, pour s’engager sur une route enjambée par une série de banderoles en chinois sur fond rouge qui semblent vouloir nous souhaiter la bienvenue jusqu’au bout du monde. Impossible, malheureusement, de prendre des photos : trop de pluie au dehors, de buée à l’intérieur.

A l’arrivée, on découvre des baraques multicolores en préfabriqué, mises bout à bout sur deux rangs pour former une sorte de grand’rue de village provisoire :

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Chacune de ces baraques abrite en fait une salle de restaurant, dont la fenêtre s’ouvre sur un billot où un cuisinier pas peu fier propose ses morceaux de chèvre découpés au hachoir :

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Un peu plus loin, un baquet où un autre cuisinier remue des choses. (J’espère que ce n’est pas Saint Nicolas !)

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En tout cas, ce n’est pas le moment de cracher dans la soupe : nous voilà installés à l’une des tables recouvertes d’une nappe à carreaux et d’un carré de plastique rouge qu’à la fin du repas une serveuse viendra prestement nouer aux quatre coins pour jeter le tout à la poubelle. Sur la table se trouve aussi un réchaud à alcool. En attendant qu’on vienne y poser la marmite que mes compagnons ont choisie, on nous apporte à chacun un petit bol, une paire de baguettes et une cuiller en porcelaine.

Qu’on soit poète, mathématicien, doyenne respectée ou invitée étrangère, l’arrivée du ragoût fumant nous met aux lèvres le même sourire vorace :

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Il s’agit effectivement d’un ragoût, ou plutôt d’une sorte de pot-au-feu, ou hochepot – on me traduit en anglais par « hotpot » le mot chinois « huo guo ». Fondue chinoise, peut-être : on part à la pêche, on attrape ce qu’on trouve avec les baguettes, on recouvre de bouillon avec la petite cuiller. Tout est excellent, même les lanières de tripes qui font un peu peur au début. Comme on ne dispose que d’un seul bol, ma foi, on y recrache aussi petits bout d’os et grands bouts de peau (à la table voisine, on crache carrément sur la table : qu’importe, puisqu’une fois le repas terminé, la serveuse repliera le tout dans le carré de plastique qui protège la nappe) :

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Notre réchaud s’est éteint, mais bien vite on vient nous le remplir de combustible, curieusement coloré en vert fluo :

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A la table là-bas, les convives se lèvent sans arrêt, le verre de vin rouge à la main, de plus en plus gaiement, pour faire « gan bei » - cul sec – en se portant mutuellement des toasts dans de grands éclats de rire, comme si tout le monde avait son anniversaire en même temps. Des paysans du Nord, me disent Tianxin et Lianzhen :

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Comme nous sortons, deux des filles du Nord me rattrapent pour une photo-souvenir sans laquelle leur journée ne saurait être parfaite :

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Il ne pleut presque plus. On regagne la voiture. A suivre…