Après les nourritures terrestres…
Par Anne-Marie Soulier, dans General -# 66 - Fil RSS
… place à l’Histoire ! La voiture s’enfonce dans des rues de plus en plus étroites, s’arrête au bord d’une rivière près de laquelle a vécu un calligraphe renommé. Tianxin tenait à me montrer sa maison. La responsable des lieux vient justement d’ouvrir la porte :
C’est encore l’une de ces maisons anciennes dans lesquelles, visites et lectures aidant, j’ai chaque fois davantage l’impression d’avoir vécu aussi. D’innombrables histoires chinoises (par exemple « Le Dit de Tianyi », de François Cheng, l’un des plus beaux romans que je connaisse, écrit directement en français – mais tant d’autres aussi) se passent dans ces habitations où chaque membre d’une même famille tenait ses quartiers selon son statut et son rang : maître et maîtresse, les fils dans l’ordre de naissance avec leurs propres femmes et enfants, jeunes enfants, serviteurs, tous avaient un domicile assigné selon une hiérarchie très stricte. Les logements, plus ou moins vastes selon la richesse du maître, étaient séparés par des cours. On y vivait ainsi à la fois chacun chez soi et soumis ensemble à l’autorité d’un seul chef.
Dans la cuisine, Tianxin retrouve des souvenirs d’enfance et s’amuse à nous montrer comment il aidait sa mère en activant le feu à l’aide d’un grand soufflet. Devant lui, le tonneau où l’on gardait l’eau de pluie :
Diverses très belles poteries sont laissées à la poussière. C’est qu’on n’est pas dans un musée, plutôt une maison fermée, pas tout à fait à l’abandon :
Une bouilloire suspendue à un crochet :
Dans le bureau du maître, la bibliothèque où l’on empilait les livres les uns sur les autres, au lieu de les serrer debout comme en Occident :
L’alcôve et l’armoire à glaces de la chambre :
Dans une grande salle trône le buste du maître :
Les lambris d’une autre sont recouverts de gravures représentant d’édifiantes scènes d’apprentissage de l’écriture :
Et il y a aussi quelque part une table magnifique :
Mais j’aime encore mieux m’approcher des fenêtres pour regarder les cours. Avec le temps, leurs murs, leurs toits sont devenus de véritables paysages :
Et cet arbre, là, d’où vient-il ? Où sont ses racines ?
… de l’autre côté du mur !
Le gong de métal suspendu à une poutre résonnait pour annoncer les visites :
Toutes ces poutres sont très belles, souvent sculptées, de même que les boiseries de la façade :
Tianxin nous propose une dernière photo :
Dehors, la rivière boueuse reflète le ciel gris. Le passé, le présent, eux aussi ne font plus qu’un :
Il s’est remis à pleuvoir. Au bout de la rue, on avait mis du linge à sécher. Tant pis. Il sèchera plus tard. Peut-être même demain :




















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