Hier, aboutissement d’une grrrande première pour Marcopolette : mes chéris, certains d’entre vous m’avaient envoyé de si jolies photos des Vosges sous la neige, de Strasbourg de jour et de nuit, et même de mouflets préparant leurs bredele sous l’œil attendri de leur maîcresse adorée ;-) que je m’en étais fait un petit diaporama strictement à usage interne, réservé à Lu, Camille, et autres étudiants-amis intéressés par Christmas dans ma hometown (oui, je sais, tous ces mots étrangers, c’est du chinois !). Mais l’ambition, vous savez ce que c’est : une réussite entraîne fatalement le désir d’autres sommets, et je m’étais retrouvée en train d’en proposer une version élargie au Département de français. Proposition acceptée, et même, malgré mes protestations, aussitôt baptisée du nom quelque peu intimidant de « Votre conférence, Madame » : et voilà l’angoisse qui commence à montrer le bout de son long nez tout pointu…

Tous mes étudiants qui font une « contribution » à mes cours sous forme d’exposé manient les divers écrans, ordinateurs et autres machins dont est pourvue chaque salle de cours avec un tel détachement que je m’étais dit « Hopla, c’est le moment de me faire expliquer ». Ah, Power Point, quand tu nous tiens ! C’était oublier une fois de plus les discordances secrètes entre « mon » Mac et « leurs » PC. Mais rassurez-vous, à partir de maintenant je vais faire court : Bruce à côté de moi, mon Minou à mille fois mille milles d’ici, m’ont non seulement tout bien expliqué (y compris comment on se sert d’une clef) (rigolez pas, boys and girls, je passe mon temps à rappeler à mes étudiants que si on ne sait pas c’est pas grave, il faut toujours une première fois) – mais, chacun de son côté, m’ont formaté toutes les photos, de sorte que j’avais deux versions idéales ! Quand je pense que la prochaine fois je saurai faire ça toute seule !!! (si, si !).

Bref, il n’y avait plus qu’à confier la clef à une jeune collègue chinoise (« Mon nom français c’est Echo – oui, comme la nymphe »), et hop, tout a marché comme sur des roulettes. Le Rhin, le tram, le nouveau Conservatoire, la légende de sainte Odile, les Vosges sous la neige, le match Enfant Jésus contre Pépé Coca, les bredele, les cristaux en Baccarat de la rue des Hallebardes, la façade en trompe-l’œil de chez Christian, le grand sapin de la place Kléber, tout, ils ont tout eu, tout ça et le reste. A chaque image j’y pouvais rien, j’avais envie de tout raconter. Finalement je n’aurais pas dû me faire tant de souci. Preuve que c’était vraiment une conférence : Echo m’a même apporté un verre d’eau !

Et là-dessus, invitation à une fête d’étudiants, un étage plus haut. Dès l’entrée, le ton est donné : ici aussi, on aime les ballons et les cœurs !

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Ça me rappelle le festival de poésie de Canton où j’étais allée en septembre. Les mêmes jolies jeunes filles font les annonces, mais cette fois-ci, saison oblige, en blouson ou anorak :

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Ici aussi, tout commence par la Petite Musique de Nuit :

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Mais, au lieu de déclamations de poèmes, on assiste – ou on participe – à des jeux. Des jeux incroyablement simplets, qui font incroyablement rire toute l’assistance. Par exemple, les jeunes filles demandent à des « lao shi » (professeurs) de venir sur l’estrade et de tourner le dos au public. Là, on leur scotche à chacun une grande feuille de papier, sur laquelle est inscrit le nom d’un héros (pour les messieurs) ou d’une héroïne (pour les dames). Echo me traduit (car tout ça est en chinois, bien sûr) : Roméo et Juliette, Adam et Eve… A mesure que les noms apparaissent, les rires fusent déjà :

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Et les voilà tous en train de tourner en rond, chacun cherchant son complément idéal avant même de savoir qui il est lui-même… un peu comme dans la vie, en somme… L’assistance est de plus en plus déchaînée :

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Et puis il y a eu des tours de magie, et puis des tours de cartes… des jeunes filles viennent chanter en karaoké… On est appelé sur scène sans trop savoir pourquoi (Echo se précipite et veut m’entraîner, mais hum, je préfère regarder), et on se retrouve dans le concours des cheveux les plus longs, puis des plus courts, puis des plus grands yeux (j’aurais dû y aller, j’étais sûre de gagner ! Mais c’est trop drôle de voir des gamines aux yeux bridés s’efforcer de les ouvrir aussi grands que possible ! ). Tout cela très bon enfant, très « anniversaire de Monsieur le Curé ». Plutôt sympathique, de voir des gens s’amuser de si bon cœur de choses si simples, surtout dans un environnement intellectuel classé si prestigieux !

Tout le monde retrouve soudain son sérieux lorsqu’un professeur déjà assez âgé monte sur scène et se met à chanter un air de l’opéra traditionnel de Pékin. Echo me souffle que « c’était interdit pendant la révolution culturelle ». Pendant qu’il chante, une jeune fille s’approche avec une guirlande de Noël, qu’elle lui passe autour du cou. Il est bientôt rejoint par une collègue qui lui donne la réplique.

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Elle aussi reçoit bientôt sa guirlande, plus - comme c'est une dame - une rose en bonbon :

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J’ignore totalement de quoi il s’agit. Les deux voix sont extraordinairement fortes et sûres. Cela n’a rien d’une démonstration d’amateurs. La technique ne semble pas si différente de notre chant classique. Toutes les notes sonnent plein, juste. Ce que nous appellerions les « ornements » fusent l’un après l’autre, très maîtrisés. Tout le monde est recueilli. Une légère hésitation de la chanteuse, son partenaire et les plus anciens lui soufflent aussitôt la suite. Ils n’ont rien oublié. Personne n’a rien oublié de la « révolution culturelle ». J’ai acheté un recueil de nouvelles traduites en français, où elle est constamment évoquée entre guillemets, comme si ça brûlait encore. C’est sûrement le cas, et pour longtemps. Les étudiants savent très bien ce que leurs parents ont dû souffrir, d’humiliations et pire, simplement s’ils faisaient partie des « instruits ». Ils me répètent souvent « La Chine s’est ouverte » avec un ton de soulagement, et aussi de confiance, une énergie dont je m’aperçois tous les jours à quel point elle est contagieuse.