Rigolez pas, mes chéris, j'y retourne, au feu, et pas plus tard que demain ! Le feu des examens chinois, avec toutes ses casseroles, la fièvre de Zheda, l'entrée en religion dans la secte des lao shi ! Cette fois, au moins, je suis prévenue : il ne s'agira pas seulement de corriger quatre-vingt dix copies en un rien de temps, mais encore (toujours dans le même rien de temps) de fragmenter les notes en pourcentages, dix pour cent par ci, vingt pour cent par là, soixante-dix pour cent (!) pour finir, eux-mêmes à fragmenter en ceci et cela, et c'est pas tout, car il faudra encore expliquer et justifier les résultats obtenus dans un rapport, sans oublier le rapport d'auto-évaluation du trimestre écoulé, ouf !



En prévision, j'ai terminé aujourd'hui la traduction des poèmes de Cai Tianxin. Il m'en rajouterait une pincée que ça ne m'étonnerait pas, mais pas tout de suite, lui aussi va plonger incessamment dans les exams. Il est vrai qu'en tant que spécialiste des nombres, tous ces petits calculs savants ça devrait le connaître, mais sait-on jamais ?



Et là-dessus, n'ayant vu le ciel que par la fenêtre depuis deux jours, je décide d'aller voir le soleil se coucher sur le Lac. Il fait étonnamment doux, alors que la météo promet de la neige pour la fin de la semaine. De la neige à Hangzhou ! C'est sans doute possible, puisque je viens de traduire un poème qui parle de la neige qui se dissout en tombant sur le lac. Mais avant même de quitter Xixi Lu pour la grande avenue qui y mène, je suis arrêtée par un attroupement : voilà, ça devait arriver : à force de rouler n'importe comment, il y a des accrochages ! Engueulades, cercle de badauds, avis divers :

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Mais il reste aussi en ce monde des petites filles bien sages :

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Chemin faisant, on rencontre du petit linge en train de sécher, comme ça, naïvement, sur le trottoir, aidé par le climatiseur du rez-de-chaussée :

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Ah, le Lac ! Mais voici qu'au moment de traverser, je suis abordée par un jeune « étranger » accompagné d'une jeune fille asiatique, tous deux habillés de costumes légers, veste et pantalons impeccablement blancs avec par-dessus une tunique d'un bleu profond. D'habitude, les Occidentaux se croisent en s'adressant un léger signe de tête ou un petit sourire furtif, ou encore en s'ignorant complètement. Mais celui-ci me lance affablement « Hello ! », et la conversation s'engage toute seule. Ce sont des étudiants en taoïsme ; lui est américain et vit en Chine du Nord depuis douze ans, son amie est japonaise. Ils reviennent (bien sûr !) du temple que j'ai tant cherché, et où un moine leur a donné deux longues bandes de papier de riz constellé de petites pépites d'or, où il leur a calligraphié des caractères chinois anciens. Taoïstes ou pas, ils me laissent tous deux une impression d'amabilité sérieuse, de paix sans effort, le sourire du Lac lui-même.



Le Lac, vous connaissez bien maintenant. Mais c'est toujours aussi magique. On est lundi, ce n'est pas la foule des week-ends, à peine quelques dizaines de personnes par-ci par-là (c'est très peu pour la Chine !). D'un côté, le grand jour clair :

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De l'autre, le soleil encore suspendu entre les saules :

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Et la paix du lac :

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Même les statues de bronze sont presque seules aujourd'hui :

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Une perspective en forme de pleine lune sur un autre coin du rivage (curieux climat, où dès janvier on plante des pensées !) :

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Mais une brume se lève, et au lieu d'incendier le lac, le soleil pâlit doucement au-dessus du miroir aux lotus :

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Ceux-ci devront attendre un vrai printemps pour refleurir :

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Tout devient peu à peu rose et gris :

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Tout s'estompe derrière les rideaux de saules :

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Non, ce soir il n'y a pas le feu au lac. C'est la paix du Lac, la paix sans effort.