Dans les choux
Par Anne-Marie Soulier, dans General -# 77 - Fil RSS
Ça y est, le champignon qui s’ennuyait tout seul règne de nouveau sur un parterre de courtisans. Pas de mièvres fleurettes, attention ! De beaux choux tout neufs, bien pommés, bien colorés. Il en sortira peut-être bientôt d’autres robustes et futés étudiants ? Et étudiantes, car il y a à la fois des choux jaunes et des choux roses – il est vrai qu’ici on met aussi du rose aux petits garçons, puisque c’est une couleur bénéfique pour tous :
Totems, momies, poteaux de torture, que choisir ? Mais non : ce sont encore des palmiers emballés pour l’hiver, y compris avec leurs feuilles, dont on ne voit plus que quelques touffes çà et là. Ça me rappelle le coiffeur qui m’avait tant tondue en septembre. Ça me rappelle qu’il faudrait que j’y retourne. Ça me rappelle pourquoi j’hésite :
Retour de la cafétéria, vers la salle de cours où doit avoir lieu l’écrit de mon premier groupe d’étudiants. Je ne cesserai jamais de m’extasier devant le soin et la science des jardiniers chinois. Les bâtiments tout neufs du campus s’étiolent et s’étoilent déjà de mille petits craquements discrets, mais tout ce qui est végétal est constamment surveillé et secouru. Devant la Bibliothèque, les mêmes choux décoratifs ont pratiquement poussé sur le pavé, selon un dessein apparemment hasardeux mais bien sûr soigneusement pensé :
Tiens, aujourd’hui, au lieu d’une banderole, on a droit à un arc-en-ciel gonflable d’une seule couleur (très chic), enfin, deux, si on compte le jaune des inscriptions. Je distingue les caractères « année 2008 », « université »… Hum, sans doute les bons vœux de l’administration, et les bonnes résolutions à faire tenir par enseignants et enseignés…
Nouvelles preuves de la diligence des jardiniers, cette haie aux lignes impeccables, ces arbres regroupés en un savant désordre :
Voilà, c’est là :
C’est le bâtiment « Dong 7 », c’est-à-dire « Est 7 » (il y a aussi toute une partie du campus située à l’Ouest, « Xi »). Je pourrais entrer tout de suite, mais il me reste un peu de temps, je vais passer par le jardin. Avec un peu (ou beaucoup) d’imagination, c’est (presque !) un petit Villandry :
Ma salle est là-bas, tout au bout puis à droite :
Mais je flâne encore un peu devant les massifs d’azalées et de rosiers nains :
Faire l’appel, distribuer les sujets et les copies officielles… et lire enfin la lettre qu’est venu m’apporter "Steven" ce matin, pendant mes heures de bureau, en remerciement pour nos conversations sur "Pride and Prejudice", autrement dit "Orgueil et préjugés", qu’il venait de découvrir mais dont il voyait bien qu’il ne comprenait pas toutes les facettes, « because you see, Miss Anne, I lack the background ». Background, indeed ! C’est plus facile de me brancher sur le sujet que de m’arrêter, et je trouvais déjà vertigineux de me retrouver en train de répondre aux questions d’un jeune Chinois sincèrement passionné par un auteur qui a si durement appris à sourire du sort des filles. Cette fois, il venait me dire qu’une fois le livre terminé il avait tout repris depuis le début, et me donner cette lettre soigneusement fermée par plusieurs pliages. Et puis m’offrir un cadeau naïf et adorable, un œuf en plastique doré dans lequel dorment des graines à arroser (cette fois c’est lui qui m’a expliqué le mode d’emploi, rédigé en chinois bien sûr). Mais elles attendront que je sois rentrée à Strasbourg : ce sera un petit coin des jardins de la Chine qui pourra, je l’espère, éclore du côté de mes orchidées capricieuses et de mes aloès griffus comme des idéogrammes. Ça aurait plu à Miss Austen, je pense.









Commentaires
#1 - Le mardi 8 janvier 2008 à 20:56, par Mariette
#2 - Le mercredi 9 janvier 2008 à 02:36, par marcopolette
#3 - Le mercredi 9 janvier 2008 à 08:04, par vavainzeskaille
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