Cœurs, flaques, flocons, miroirs
Par Anne-Marie Soulier, dans General -# 81 - Fil RSS
Encore Zijingang ?
Encore Zinjngang.
Plus pour longtemps.
Je n’aurai bientôt plus rien à y faire : incroyable mais vrai, je suis allée rendre ce matin mes copies corrigées, les rapports d’évaluation, et même le sujet de remplacement pour les absents, qui a lui seul m’avait bien pris toute une soirée. Finie, la fièvre de Zheda ! L’attaque aura été brève. Il est vrai que j’avais été vaccinée.
Le temps d’attendre le passage de la navette du retour, je suis allée me réchauffer dans la salle des Experts étrangers (bientôt je ferai à nouveau partie des experts en rien, et si je me sens étrangère ça ne se saura pas). J’y ai retrouvé Ross, mon ange gardien des premières semaines, qui comme toujours a immédiatement sauté sur ses pieds (« Good morning, Madame ! ») pour m’offrir une bonne rasade de son café spécial « Blue Mountain » dans un de nos gobelets en carton. Mesuré alors à quel point c’était l’une de nos dernières conversations, bâtons confortablement rompus, rires et sourires en comparant nos vies antipodiques et nos trébuchements en Chine. Tôt ou tard il retournera vers le jardin de Canberra où il cultive ses quarante espèces de roses. Il ne retournera sans doute jamais en France. Sa fille l’avait guidé quand il était allé y visiter les cimetières australiens de la Grande Guerre, chercher parmi mille croix semblables celle qui portait le nom de son grand-oncle. Mais il ne parle pas français, y voyager seul serait trop compliqué.
Si aujourd’hui il faisait assez chaud pour des experts en salle, c’est que l’Administration, dans sa grande clémence et sa parfaite connaissance des conditions météo, avait enfin tenu sa promesse : autoriser les températures intérieures à monter dès que celles de l’extérieur s’approcheraient du zéro. Or, dimanche il a neigé tout l’après-midi (j’ai rien vu, je corrigeais mes copies), et aujourd’hui encore il tombait à regret de gros flocons qui s’éteignaient très vite en arrivant au sol. Flaques d’eau grise que bottes et baskets transportaient sur les dalles trop lisses des préaux.
Pas question, bien sûr, de passer de si beaux miroirs au papier émeri ! Alors on met un avis en chinois, et puis en anglais pour les experts, avec même un petit dessin pour ceux qui décidément ne comprennent rien (peut-être l’origine actuelle d’un futur caractère mondial, quand tout le monde parlera chinois ?) :
Les deux premiers caractères chinois se lisent respectivement « xiao » et « xin », « petit cœur ». « Petit cœur ! », c’est ainsi qu’on crie « Attention ! ». Mignon, non ?
Et quand ça devient vraiment trop dangereux, on déroule un tapis rouge. Quelques petits cœurs ont quand même dû se casser la figure, car c’est la toute première fois que je vois ça :
En fait ce n’est que du carton, mais ça doit au moins permettre de se dépêcher quand on est en retard. Quand on a le temps, on peut s’imaginer qu’on marche sur la traîne d’une princesse fantôme. Et en se retournant d’un coup, on peut espérer la surprendre encore avant qu’elle n’ait tourné le coin :




Commentaires
#1 - Le vendredi 18 janvier 2008 à 12:31, par Marie S.
#2 - Le mardi 22 janvier 2008 à 00:19, par Michel le Lorrain d'adoption
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