MarcoPolette

Anne-Marie en Chine

Dernier billet de Marcopolette ?

Depuis la Chine, en tout cas, et seulement pour cette fois, peut-être. Demain la connexion internet que j’avais eu tant de mal à faire installer va retourner chez China telecoms… Jeudi matin une voiture de l’université nous reconduira à Shanghai (Ciel Bleu a tenu à faire ce bout de voyage-là avec nous), puis Francfort, puis Strasbourg dans la nuit… Confidence : je voudrais y être déjà, tant je hais les heures stagnantes d’avant les départs, avec leurs processions de tâches « à ne pas oublier » et les adieux qu’on est obligé d’égrener à l’avance.

Aujourd’hui donc, visite d’un temple bouddhiste près du Lac, que je n’avais pas encore vu. C’est la foule des dimanches : on est encore dans le Nouvel An, jusqu’à jeudi soir, où il se terminera par la Fête des Lanternes (nous serons alors en plein ciel !).

Il s’agit en fait de trois temples, relié par des escaliers qui veillent à ce que l’on mérite bien les grâces que l’on est venu demander. Surprise de voir tant de jeunes gens acheter des bouquets de bâtons d’encens pour aller se prosterner trois fois sur un coussin brodé devant des statues gigantesques, aller jeter leur offrande de feu dans d’énormes chaudrons… et reprendre leur pas de promenade et leurs espiègleries comme si de rien n’était :

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Ici les guitaristes fous sont les bienvenus ;-)

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Des moines safran çà et là. Ils sont chez eux (pourquoi les prêtres de tous les pays se promènent-ils si souvent avec les mains derrière le dos ?). Il fait encore frisquet, quelques tas de neige sale, mais on sent que tout va bientôt reverdir :

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Les statues des bouddhas sont dorées, bien sûr, leurs cheveux sont bleus, leurs oreilles ont de longs lobes qui les relient à la terre. Ils sont accompagnés de divinités féminines de paix et de bienveillance :

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En redescendant, ont s’aperçoit que les moines ont tout de même prévu des séries d’extincteurs près des chaudrons à encens…

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… et même de faux lotus avec vrais robinets (ablutions, soif, mains sales, qu’en savons-nous ?)

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Il restait tant à voir, il reste tant à raconter : le « Tang Paradise », la Forêt de stèles… ce sera pour le retour, histoire de ne pas oublier tant d’Histoire (et d’histoires)…

Merci à vous tous, vous qui avez répondu par vos commentaires, vous qui avez préféré rester cachés, et vous qui m’avez lue et que je ne connaîtrai jamais. La page se tourne, on se ne quitte pas.

Campagnes

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La Norvège ? Non, le Jiangsu ! Une province de Chine où Cai Tianxin nous avait invités à l’accompagner avec sa famille pour une visite à l’un de ses amis poètes.

Nous voici donc partis dans sa fameuse voiture rouge, lui et Michel à l’avant, Lily et moi encadrant les deux fillettes à l’arrière. Les parents en profitent pour enseigner des phrases en anglais : « There is snow on the tea-trees », que les petites répètent de bonne grâce. Il y a en effet encore beaucoup de neige partout, mais le ciel est bleu et la voiture chemine gaiement entre les collines pointues couvertes de théiers.

On arrive dans l’après-midi dans un paysage isolé, une presqu’île sur un lac, où se dressent quelques vieux corps de ferme à moitié démolis et, bien plus glorieux, des bâtiments d’un tout autre genre, deux ou trois hautes maisons, blocs de briques, rêve d’architecte qui a eu carte blanche.

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Blancheur de l’intérieur :

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Mais la terre est rouge dans l’allée des bambous :

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Bambous qui permettront bientôt au poète de prendre tranquillement son sauna :

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Du moins, quand il aura bien travaillé dans son bureau aux lignes extra-droites :

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Ce n’est pourtant pas la Norvège, car la maison a manifestement été pensée pour un pays sujet aux grandes chaleurs, et reste glacée en dépit de la minuscule cheminée censée chauffer un volume ouvert sur deux étages :

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Heureusement, la soufflerie inversée des climatiseurs chauffe suffisamment les chambres pendant la nuit. Le lendemain, départ pour la province de l’Anhui, pour un détour qui nous ramènera à Hangzhou dans la soirée. Brutal changement de décor, car c’est une province pauvre, un vrai coin perdu de la campagne chinoise. On s’arrête pour déjeuner dans la rue (pas « sur le trottoir » car point de trottoir), grâce au soleil il y fait moins froid que dans la cuisine où l’on nous prépare à manger. Un repas ma foi excellent, beaucoup de plats de légumes où nous picorons à la chinoise en regardant le spectacle de la rue :

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Mais la véritable attraction du lieu, c’est nous-mêmes ! Les passants s’arrêtent, ébahis, pour regarder de plus près cette famille chinoise accompagnées de deux jamais-vus. Allez, on se prend en photo, ça nous donnera du recul !

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Engagez-vous !

Certes, certes, on en a entendu parler, on a vu des photos, on s’y attend un peu… Mais comment ne pas être saisi lorsqu’on s’approche de la fosse où une armée d’argile en ordre de bataille, hommes et chevaux imperturbablement debout, est censée depuis plus de 2000 ans veiller sur le dernier sommeil de l’empereur Yin Zheng. Lequel, aussi cruel que soucieux de sa propre immortalité, condamna les architectes du mausolée à périr aussitôt terminé l’ouvrage auquel il réfléchissait depuis l’âge de treize ans (!) :

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Les corps d’argile étaient modelés d’abord, cuits dans des fours, puis on leur ajoutait les têtes. Ce qui est extraordinaire, c’est que tous les visages, absolument tous, de cette foule de 6000 hommes, sont différents. On suppose donc que les potiers se sont inspirés des visages de leurs propres camarades.

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Et les chevaux !

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Comme pour les statues grecques et nos églises romanes, les couleurs se sont aujourd’hui effacées, mais les archéologues parviennent encore à reconstituer l’effet d’origine avec les quelques traces qui en restent. On sait ainsi que ces soldats n’avaient pas d’uniforme. Seules les armures étaient fournies par le prince, et encore, à partir d’un certain rang. C’est peut-être pourquoi, malgré la stature altière de l’ « archer agenouillé »,

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… j’ai un faible pour l' « archer debout », si jeune, qui allait au combat sans autre protection que ses pauvres vêtements de paysan :

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Etonnante collision avec l’instant présent : des chevaux à l’assaut d’une fontaine gelée où rêvassent des gardes kaki…

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Xi’an

Eh bien oui, nous étions en balade ! Lu m’avait tant parlé de sa ville, Xi’an, et nous en avions tant entendu parler par ailleurs, que nous nous étions laissés tenter par l’idée de quelques jours loin de Hangzhou, où pourtant il reste tant à voir.

Attention, nouvelle soirée diapos ! Car ça en valait vraiment la peine. A deux heures d’avion de Hangzhou, Xi’an est une ville « du nord » pour les Chinois, et de fait on y voit au moins autant de sapins que de palmiers. Avantage : malgré le froid (-6 la nuit), les maisons sont chauffées, en tout cas l’hôtel de luxe où le père de Lu nous avait invités en s’excusant de ne pas pouvoir nous recevoir chez lui pour cause de Nouvel An et de réunions de famille.

Dès l’aéroport, arrivée de VIP : Lu nous attend avec dans les bras un énorme bouquet de fleurs. Dehors, une imposante voiture conduite par un ami de son père.

Un peu de repos à l’hôtel, échange de cadeaux (ceux que nous recevons ajoutent encore à notre gratitude et à notre confusion), et Lu nous balade sans plus tarder dans cette ville qu’elle aime tant. Foule encore plus dense qu’à Hangzhou. Visages très différents – je veux dire très différents les uns des autres : on est dans la province du Shaanxi, aux confins de la Mongolie, souvent appelée « cœur » ou « berceau » de la Chine, car c’est là que la dynastie des Qin a pour la première fois unifié le pays. Egalement point d’arrivée des caravanes de la Route de la soie, porte ouverte aux influences bouddhistes venues de l’Inde, puis musulmanes…

(Mémé est bien installée ? Pourvu qu’elle ne se mette pas à ronfler…)

Ce soir, donc, première excursion dans le quartier musulman : on monte d’abord par la Porte du Tambour

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…pour se retrouver dans une rue qui me ramène tout droit en Algérie. Les odeurs, ah les odeurs, vous sentez ça ? Mes narines ont repris instantanément leurs dimensions maximum :

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Il y a même des inscriptions en arabe mêlées aux caractères chinois

  

Et pourtant, on est bien en Asie. Voici le fabricant de bracelets bouddhiques, occupé à polir ses perles de bois :

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En témoignent également les vieilles façades de la rue :

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Les dentelles rouges ou noires finement découpées aux ciseaux pour orner les fenêtres du Nouvel An chinois :

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Le souffleur d’animaux en sucre, un artisanat chinois très ancien :

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Toujours guidés par Lu, nous voici chez un étonnant marchand de pinceaux

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…qui vend aussi des objets de jade (bracelets, pendeloques), et même des stylos Mont-Blanc !

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Et demain matin, on s’engage dans l’Armée de terre !

« Cochon qui s’en dédit ! »…

… n’est pas un proverbe chinois (il y en a tant d’autres !), puisqu’on est passé en fanfare de l’année du Cochon à celle du Rat. Fanfare des pétards, fusées et autres délices d’artificiers amateurs, fanfare du programme de fin d’année de la télévision chinoise, mais aussi fanfare des papilles, puisque nous étions invités à passer la soirée de veille du Nouvel An par Cai Tianxin, le poète qui m’a fait venir ici, chez lui, en famille, avec Lily, sa femme, Feng Yi et Fang Si, ses deux petites filles jumelles de 11 ans, et leur petit cousin.

La « soirée » commence dès 5 heures de l’après-midi, mais Lily la passera presque entièrement dans le coin cuisine de leur très bel appartement, occupée à confectionner plein de choses délicieuses qu’elle apportera sans arrêt sur la table :

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Eh oui, encore des photos de table bien garnie ! Baguettes ou fourchettes, les Chinois et les Français ont au moins un point commun : la passion pour la bonne chère et les plats joliment présentés, au point de s’en réjouir à l’avance, d’en parler pendant qu’on mange, et de s’en souvenir après !

On boit peu ce soir, juste un peu de vin jaune de Hangzhou dans des bols de poupée, de quoi se porter mutuellement toasts et « gan bei ». Les petites filles n’ont bu que du Coca, mais ce sont elles qui nous régalement de chansons apprises à l’école :

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Le repas terminé, à notre grand étonnement, on nous propose une soirée télé ! Mes étudiants m’avaient déjà dit que c’était devenu traditionnel dans les familles de regarder le programme préparé spécialement par la télé chinoise. De toutes façons, ce soir nous n’avons guère le choix : en route donc pour les paillettes, les sketches et les numéros d’acrobatie. Cela devient vite très intéressant de voir ce qui immobilise ce soir un milliard d’individus devant leur poste. On se croirait revenu chez nous à l’époque de la Piste aux étoiles, du grand Echiquier et d’Henri Salvador réunis. Sauf que le kitsch et les sketches sont successivement à la gloire des « militaires qui gardent nos frontières », des « petits métiers » (un serrurier-sauveur), des « minorités » (les non-Chinois qui vivent dans certaines provinces dites « autonomes »), de la grande solidarité dont vient de faire preuve tout un peuple envers les voyageurs bloqués par la neige et qui ne seront pas chez eux ce soir… (en quelques jours on a composé et enregistré une chanson et des commentaires !). On est très fier d’être Chinois. Ça nous paraît certes bizarre, à nous autres habitués depuis longtemps à la méfiance et à la dérision. Mais on est dans un pays immensément soulagé d’avoir enfin le droit de regarder ailleurs, d’exercer ses propres talents, et surtout de s’enrichir sans crainte le mot « prospérité » revient tout le temps. Nous pouvons suivre le programme car Tian Xin a mis la chaîne qui double tout ce qui se passe en anglais. Je picore un mot chinois par-ci par-là, mais surtout les acteurs sont excellents.

Un peu avant minuit, premiers feux d’artifice. Les tours du voisinage semblent être devenues la proie de mille étincelles : ce n’est pas en vain qu’à chaque coin de rue des stands vendant des boîtes de fusées plus énormes les unes que les autres :

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Le lendemain, Jour de l’An, nous montons à la grande pagode près du Lac. Là aussi, on se mêle aux familles. Les bonshommes de neige rivalisent de joliesse pour célébrer l’année de la Souris :

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Foule bienveillante et pacifique, comme toujours. On se prend en photo, c’est du sérieux !

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  Photo 3 du 7 février

On nous regarde beaucoup… aujourd’hui aussi, plusieurs fois on me demande de venir sur la photo. J’accepte toujours, bien sûr (dans quinze jours à peine cela ne m’arrivera plus !). Mais cette fois Michel est là pour saisir l’instant :

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On redescend vers la ville. Lampions dans les rues :

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Gris comme un mardi

Fuzheng et son mari avaient loué une voiture pour nous emmener au Musée de la Soie, mais déconvenue ! tous les musées sont fermés. Neige, pluie, vent, rien n’arrête cependant les vaillants étrangers et leurs hôtes : en route pour le parc de Huagang, mot à mot le « Jardin des Fleurs », l’un des nombreux jardins qui bordent le Lac. Aujourd’hui il ressemble tout à fait à une peinture chinoise, de celles que François Jullien apprend à ses lecteurs à aimer dans son « Eloge de la fadeur » : on est entré dans un univers où, du blanc au noir, s’épuisent toutes les nuances du gris :

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Seules notes de couleur, les vêtements de la petite Kai Xin… et les poissons rouges !

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Pourtant, les fleurs de prunier sont déjà là, « toujours avant la fin de l’hiver », nous dit Fuzheng :

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Une grande maison de maître nous attend au détour d’un chemin :

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Il n’est pas encore cinq heures, mais nous sommes invités à dîner dans le restaurant du parc. Kai Xin n’a que trois ans, mais elle est experte en baguettes depuis bien longtemps !

  

Les serveuses apportent sans arrêt des plats plus délicieux – et décoratifs – les uns que les autres. « Demain nous serons seuls pour le soir du Nouvel An, dit Fuzheng, aussi nous dînons dès ce soir avec vous » :

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Difficile de refuser. Plus difficile encore de savoir comment remercier…

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Blanc comme un dimanche

… Et on est déjà jeudi ! Et ça fait une semaine que mon Minou est arrivé à Shanghai ! J’y crois pas ! (Curieusement, lui, il y croit…).

Alors vite, ce premier dimanche : en écartant les rideaux le matin, je découvre quoi ? Du blanc, du blanc, du blanc, et des arbres cassés :

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L’après-midi, pour aller au Lac, il faut se frayer un mince passage sur les trottoirs, entre allées de neige gelée, autres piétons, et, bien sûr, les habituelles voitures stationnées là parce que c’était bien plus simple qu’ailleurs. Par-ci, par-là, cependant, des bonshommes de neige très sympathiques, et pas du tout comme sur les images de chez nous. On est encore à 3 jours du Nouvel An chinois, mais on célèbre déjà l’année de la Souris :

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Autour du lac, c’est la désolation ; partout des branchages cassés disputent le sol à la neige :

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Les canaux ont gelé :

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Les bassins au lotus aussi :

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Mais les vagues du Lac sont encore fluides, le soleil descend lentement sur tant de blancheur. La promenade sera belle :

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Sur la grande Chaussée et le Pont Brisé, la neige scintille, toute blanche…

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… tandis que le bateau traverse une coulée d’or fondu :

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Retour sur la rive, où tout le monde attend rituellement la disparition du soleil derrière la colline :

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Sous le Pont Brisé, les lotus sont enfouis sous la glace qui rosit :

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    (et les tiennes avec l’oiseau

Bientôt le Nouvel An ! Les branches des saules ressemblent déjà aux retombées d’un grand feu d’artifice :

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Dans lequel Marcopolette retrouve Marcopolo et le ramène à Babel grâce à un ange bleu.

Shanghai, enfin !

Neige, retards, vols annulés, neige, aéroports fermés, Nouvel An chinois, neige… Heureusement Lan Tian, mon Ciel Bleu, est avec moi, que dis-je ? bientôt avec NOUS !

Il est allé acheter deux billets de train Hangzhou-Shanghai pour lui et moi. Et deux billets Shanghai-Hangzhou pour mon Minou et moi. Dans chaque cas, il a attendu je ne sais combien de temps, pendant que je restais vissée devant Internet à consulter toutes les météos du ciel et de la terre.

De la gare de Shanghai, il m’a amenée d’un trait à l’aéroport. M’a aidée à prendre patience (vol retardé) avec des commentaires rigolos sur les arrivants qui passaient. Après les Retrouvailles !!! (ici il faudrait au moins trois rangées de points de suspension, comme dans les romans chastes quoique minutieux de Frédéric Soulié le bien nommé), et pendant deux grands jours, Ciel Bleu a hélé des taxis, trouvé des restaurants, proposé des musées…

Mais nous a d’abord conduits à l’Hôtel du Capitaine, où Michel a découvert le tricotage de la circulation en Chine depuis la fenêtre de notre cinquième étage :

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(Et les nœuds de fils électriques… il ne s’en lassera jamais !)

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Pêle-mêle, quelques impressions du musée des arts populaires :

Des meubles laqués

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Des chaises qu’on croirait inspirées directement par l’école de Nancy, si elles ne l’avaient précédé de quelques siècles :

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Ici, des bateaux :

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« Drakkar » vient du mot « dragon » en vieux norrois : à la proue, voilà justement le dragon !

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Là, un simple peigne :

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Pendant ce temps, la neige est tombée, tombe, tombera…

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Mais place aux nourritures terrestres. Nous voici dans un restaurant végétarien, où Lan nous a promis la même nourriture qu’aux moines bouddhistes. Curieusement, le « poisson », le « canard », le « poulet », ont été façonnés de manière à ressembler… à du poisson, du canard, du poulet !

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Pluie, neige fondue, nuit, sur un vieux quartier de Shanghai sauvé de justesse de la démolition pour devenir branché :

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On y retrouve même le siège des toutes premières réunions du parti communiste chinois – avant qu’une trahison n’oblige les membres à aller se rencontrer sur un bateau au milieu du fleuve :

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Le lendemain samedi, retour à Hangzhou. Pas de photos. Neige, neige, neige. Le taxi qui nous trimballe est obligé de nous larguer avant d’arriver à la gare. Nous avons une bonne heure d’avance, mais sans Lan Tian je suis bien sûre que nous n’aurions jamais su où nous diriger pour franchir les cordons de policiers et de soldats qui maintiennent la foule au-dehors. A l’intérieur, les salles des guichets, les salles d’attente sont noires de monde. Heureusement, partout on laisse Lan passer avec nous. Il nous accompagne vers notre salle d’attente, nous explique le panneau lumineux qui annonce notre train. Rumeurs d’océan, sentiment d’impuissance totale devant tout ce qui pourrait arriver (suppression des trains, mouvements de foule…) mais en fait les gens restent calmes. Enfin on ouvre les portes vitrées donnant sur le quai. Enfin nous courons vers notre wagon – Lan avait eu l’astuce suprême de nous prendre des billets de première, pensant (à juste titre) que nous y trouverions plus facilement des voisins parlant anglais. Enfin le train part, mais je pressens que ce n’est pas fini : en effet, à l’arrivée, il faut attendre un taxi pendant plus d’une heure, après avoir traversé des halls et des couloirs où des familles par dizaines se sont déjà installées par terre pour la nuit. Pénombres où l’on distingue couettes, bagages, enfants, vieillards.

Les taxis arrivent un par un, séparés par de longues minutes. Là aussi tout se passe dans le calme, les gens se découragent et s’en vont – Dieu sait vers quelle solution de rechange – ou bien restent à bavarder, téléphoner, plaisanter jusqu’à ce que leur tour arrive. La nuit est tombée depuis longtemps.

Enfin notre tour arrive (Lan m’a appelée entre-temps, inquiet de n’avoir plus de nouvelles). Surprise : Hangzhou est sous la neige, les trottoirs sont inaccessibles derrière des murs de neige. Xixi Lu est méconnaissable, mais Babel est bien là, et là-haut, tout en haut, Marcopolo découvre enfin mon humble demeure – je veux dire notre splendide refuge !