MarcoPolette

Anne-Marie en Chine

Dernier billet de Marcopolette ?

Depuis la Chine, en tout cas, et seulement pour cette fois, peut-être. Demain la connexion internet que j’avais eu tant de mal à faire installer va retourner chez China telecoms… Jeudi matin une voiture de l’université nous reconduira à Shanghai (Ciel Bleu a tenu à faire ce bout de voyage-là avec nous), puis Francfort, puis Strasbourg dans la nuit… Confidence : je voudrais y être déjà, tant je hais les heures stagnantes d’avant les départs, avec leurs processions de tâches « à ne pas oublier » et les adieux qu’on est obligé d’égrener à l’avance.

Aujourd’hui donc, visite d’un temple bouddhiste près du Lac, que je n’avais pas encore vu. C’est la foule des dimanches : on est encore dans le Nouvel An, jusqu’à jeudi soir, où il se terminera par la Fête des Lanternes (nous serons alors en plein ciel !).

Il s’agit en fait de trois temples, relié par des escaliers qui veillent à ce que l’on mérite bien les grâces que l’on est venu demander. Surprise de voir tant de jeunes gens acheter des bouquets de bâtons d’encens pour aller se prosterner trois fois sur un coussin brodé devant des statues gigantesques, aller jeter leur offrande de feu dans d’énormes chaudrons… et reprendre leur pas de promenade et leurs espiègleries comme si de rien n’était :

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Ici les guitaristes fous sont les bienvenus ;-)

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Des moines safran çà et là. Ils sont chez eux (pourquoi les prêtres de tous les pays se promènent-ils si souvent avec les mains derrière le dos ?). Il fait encore frisquet, quelques tas de neige sale, mais on sent que tout va bientôt reverdir :

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Les statues des bouddhas sont dorées, bien sûr, leurs cheveux sont bleus, leurs oreilles ont de longs lobes qui les relient à la terre. Ils sont accompagnés de divinités féminines de paix et de bienveillance :

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En redescendant, ont s’aperçoit que les moines ont tout de même prévu des séries d’extincteurs près des chaudrons à encens…

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… et même de faux lotus avec vrais robinets (ablutions, soif, mains sales, qu’en savons-nous ?)

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Il restait tant à voir, il reste tant à raconter : le « Tang Paradise », la Forêt de stèles… ce sera pour le retour, histoire de ne pas oublier tant d’Histoire (et d’histoires)…

Merci à vous tous, vous qui avez répondu par vos commentaires, vous qui avez préféré rester cachés, et vous qui m’avez lue et que je ne connaîtrai jamais. La page se tourne, on se ne quitte pas.

Campagnes

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La Norvège ? Non, le Jiangsu ! Une province de Chine où Cai Tianxin nous avait invités à l’accompagner avec sa famille pour une visite à l’un de ses amis poètes.

Nous voici donc partis dans sa fameuse voiture rouge, lui et Michel à l’avant, Lily et moi encadrant les deux fillettes à l’arrière. Les parents en profitent pour enseigner des phrases en anglais : « There is snow on the tea-trees », que les petites répètent de bonne grâce. Il y a en effet encore beaucoup de neige partout, mais le ciel est bleu et la voiture chemine gaiement entre les collines pointues couvertes de théiers.

On arrive dans l’après-midi dans un paysage isolé, une presqu’île sur un lac, où se dressent quelques vieux corps de ferme à moitié démolis et, bien plus glorieux, des bâtiments d’un tout autre genre, deux ou trois hautes maisons, blocs de briques, rêve d’architecte qui a eu carte blanche.

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Blancheur de l’intérieur :

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Mais la terre est rouge dans l’allée des bambous :

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Bambous qui permettront bientôt au poète de prendre tranquillement son sauna :

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Du moins, quand il aura bien travaillé dans son bureau aux lignes extra-droites :

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Ce n’est pourtant pas la Norvège, car la maison a manifestement été pensée pour un pays sujet aux grandes chaleurs, et reste glacée en dépit de la minuscule cheminée censée chauffer un volume ouvert sur deux étages :

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Heureusement, la soufflerie inversée des climatiseurs chauffe suffisamment les chambres pendant la nuit. Le lendemain, départ pour la province de l’Anhui, pour un détour qui nous ramènera à Hangzhou dans la soirée. Brutal changement de décor, car c’est une province pauvre, un vrai coin perdu de la campagne chinoise. On s’arrête pour déjeuner dans la rue (pas « sur le trottoir » car point de trottoir), grâce au soleil il y fait moins froid que dans la cuisine où l’on nous prépare à manger. Un repas ma foi excellent, beaucoup de plats de légumes où nous picorons à la chinoise en regardant le spectacle de la rue :

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Mais la véritable attraction du lieu, c’est nous-mêmes ! Les passants s’arrêtent, ébahis, pour regarder de plus près cette famille chinoise accompagnées de deux jamais-vus. Allez, on se prend en photo, ça nous donnera du recul !

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Engagez-vous !

Certes, certes, on en a entendu parler, on a vu des photos, on s’y attend un peu… Mais comment ne pas être saisi lorsqu’on s’approche de la fosse où une armée d’argile en ordre de bataille, hommes et chevaux imperturbablement debout, est censée depuis plus de 2000 ans veiller sur le dernier sommeil de l’empereur Yin Zheng. Lequel, aussi cruel que soucieux de sa propre immortalité, condamna les architectes du mausolée à périr aussitôt terminé l’ouvrage auquel il réfléchissait depuis l’âge de treize ans (!) :

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Les corps d’argile étaient modelés d’abord, cuits dans des fours, puis on leur ajoutait les têtes. Ce qui est extraordinaire, c’est que tous les visages, absolument tous, de cette foule de 6000 hommes, sont différents. On suppose donc que les potiers se sont inspirés des visages de leurs propres camarades.

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Et les chevaux !

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Comme pour les statues grecques et nos églises romanes, les couleurs se sont aujourd’hui effacées, mais les archéologues parviennent encore à reconstituer l’effet d’origine avec les quelques traces qui en restent. On sait ainsi que ces soldats n’avaient pas d’uniforme. Seules les armures étaient fournies par le prince, et encore, à partir d’un certain rang. C’est peut-être pourquoi, malgré la stature altière de l’ « archer agenouillé »,

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… j’ai un faible pour l' « archer debout », si jeune, qui allait au combat sans autre protection que ses pauvres vêtements de paysan :

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Etonnante collision avec l’instant présent : des chevaux à l’assaut d’une fontaine gelée où rêvassent des gardes kaki…

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Xi’an

Eh bien oui, nous étions en balade ! Lu m’avait tant parlé de sa ville, Xi’an, et nous en avions tant entendu parler par ailleurs, que nous nous étions laissés tenter par l’idée de quelques jours loin de Hangzhou, où pourtant il reste tant à voir.

Attention, nouvelle soirée diapos ! Car ça en valait vraiment la peine. A deux heures d’avion de Hangzhou, Xi’an est une ville « du nord » pour les Chinois, et de fait on y voit au moins autant de sapins que de palmiers. Avantage : malgré le froid (-6 la nuit), les maisons sont chauffées, en tout cas l’hôtel de luxe où le père de Lu nous avait invités en s’excusant de ne pas pouvoir nous recevoir chez lui pour cause de Nouvel An et de réunions de famille.

Dès l’aéroport, arrivée de VIP : Lu nous attend avec dans les bras un énorme bouquet de fleurs. Dehors, une imposante voiture conduite par un ami de son père.

Un peu de repos à l’hôtel, échange de cadeaux (ceux que nous recevons ajoutent encore à notre gratitude et à notre confusion), et Lu nous balade sans plus tarder dans cette ville qu’elle aime tant. Foule encore plus dense qu’à Hangzhou. Visages très différents – je veux dire très différents les uns des autres : on est dans la province du Shaanxi, aux confins de la Mongolie, souvent appelée « cœur » ou « berceau » de la Chine, car c’est là que la dynastie des Qin a pour la première fois unifié le pays. Egalement point d’arrivée des caravanes de la Route de la soie, porte ouverte aux influences bouddhistes venues de l’Inde, puis musulmanes…

(Mémé est bien installée ? Pourvu qu’elle ne se mette pas à ronfler…)

Ce soir, donc, première excursion dans le quartier musulman : on monte d’abord par la Porte du Tambour

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…pour se retrouver dans une rue qui me ramène tout droit en Algérie. Les odeurs, ah les odeurs, vous sentez ça ? Mes narines ont repris instantanément leurs dimensions maximum :

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Il y a même des inscriptions en arabe mêlées aux caractères chinois

  

Et pourtant, on est bien en Asie. Voici le fabricant de bracelets bouddhiques, occupé à polir ses perles de bois :

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En témoignent également les vieilles façades de la rue :

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Les dentelles rouges ou noires finement découpées aux ciseaux pour orner les fenêtres du Nouvel An chinois :

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Le souffleur d’animaux en sucre, un artisanat chinois très ancien :

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Toujours guidés par Lu, nous voici chez un étonnant marchand de pinceaux

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…qui vend aussi des objets de jade (bracelets, pendeloques), et même des stylos Mont-Blanc !

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Et demain matin, on s’engage dans l’Armée de terre !

« Cochon qui s’en dédit ! »…

… n’est pas un proverbe chinois (il y en a tant d’autres !), puisqu’on est passé en fanfare de l’année du Cochon à celle du Rat. Fanfare des pétards, fusées et autres délices d’artificiers amateurs, fanfare du programme de fin d’année de la télévision chinoise, mais aussi fanfare des papilles, puisque nous étions invités à passer la soirée de veille du Nouvel An par Cai Tianxin, le poète qui m’a fait venir ici, chez lui, en famille, avec Lily, sa femme, Feng Yi et Fang Si, ses deux petites filles jumelles de 11 ans, et leur petit cousin.

La « soirée » commence dès 5 heures de l’après-midi, mais Lily la passera presque entièrement dans le coin cuisine de leur très bel appartement, occupée à confectionner plein de choses délicieuses qu’elle apportera sans arrêt sur la table :

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Eh oui, encore des photos de table bien garnie ! Baguettes ou fourchettes, les Chinois et les Français ont au moins un point commun : la passion pour la bonne chère et les plats joliment présentés, au point de s’en réjouir à l’avance, d’en parler pendant qu’on mange, et de s’en souvenir après !

On boit peu ce soir, juste un peu de vin jaune de Hangzhou dans des bols de poupée, de quoi se porter mutuellement toasts et « gan bei ». Les petites filles n’ont bu que du Coca, mais ce sont elles qui nous régalement de chansons apprises à l’école :

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Le repas terminé, à notre grand étonnement, on nous propose une soirée télé ! Mes étudiants m’avaient déjà dit que c’était devenu traditionnel dans les familles de regarder le programme préparé spécialement par la télé chinoise. De toutes façons, ce soir nous n’avons guère le choix : en route donc pour les paillettes, les sketches et les numéros d’acrobatie. Cela devient vite très intéressant de voir ce qui immobilise ce soir un milliard d’individus devant leur poste. On se croirait revenu chez nous à l’époque de la Piste aux étoiles, du grand Echiquier et d’Henri Salvador réunis. Sauf que le kitsch et les sketches sont successivement à la gloire des « militaires qui gardent nos frontières », des « petits métiers » (un serrurier-sauveur), des « minorités » (les non-Chinois qui vivent dans certaines provinces dites « autonomes »), de la grande solidarité dont vient de faire preuve tout un peuple envers les voyageurs bloqués par la neige et qui ne seront pas chez eux ce soir… (en quelques jours on a composé et enregistré une chanson et des commentaires !). On est très fier d’être Chinois. Ça nous paraît certes bizarre, à nous autres habitués depuis longtemps à la méfiance et à la dérision. Mais on est dans un pays immensément soulagé d’avoir enfin le droit de regarder ailleurs, d’exercer ses propres talents, et surtout de s’enrichir sans crainte le mot « prospérité » revient tout le temps. Nous pouvons suivre le programme car Tian Xin a mis la chaîne qui double tout ce qui se passe en anglais. Je picore un mot chinois par-ci par-là, mais surtout les acteurs sont excellents.

Un peu avant minuit, premiers feux d’artifice. Les tours du voisinage semblent être devenues la proie de mille étincelles : ce n’est pas en vain qu’à chaque coin de rue des stands vendant des boîtes de fusées plus énormes les unes que les autres :

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Le lendemain, Jour de l’An, nous montons à la grande pagode près du Lac. Là aussi, on se mêle aux familles. Les bonshommes de neige rivalisent de joliesse pour célébrer l’année de la Souris :

  Photo 3 du 5 février

Foule bienveillante et pacifique, comme toujours. On se prend en photo, c’est du sérieux !

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  Photo 3 du 7 février

On nous regarde beaucoup… aujourd’hui aussi, plusieurs fois on me demande de venir sur la photo. J’accepte toujours, bien sûr (dans quinze jours à peine cela ne m’arrivera plus !). Mais cette fois Michel est là pour saisir l’instant :

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On redescend vers la ville. Lampions dans les rues :

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Gris comme un mardi

Fuzheng et son mari avaient loué une voiture pour nous emmener au Musée de la Soie, mais déconvenue ! tous les musées sont fermés. Neige, pluie, vent, rien n’arrête cependant les vaillants étrangers et leurs hôtes : en route pour le parc de Huagang, mot à mot le « Jardin des Fleurs », l’un des nombreux jardins qui bordent le Lac. Aujourd’hui il ressemble tout à fait à une peinture chinoise, de celles que François Jullien apprend à ses lecteurs à aimer dans son « Eloge de la fadeur » : on est entré dans un univers où, du blanc au noir, s’épuisent toutes les nuances du gris :

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Seules notes de couleur, les vêtements de la petite Kai Xin… et les poissons rouges !

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Pourtant, les fleurs de prunier sont déjà là, « toujours avant la fin de l’hiver », nous dit Fuzheng :

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Une grande maison de maître nous attend au détour d’un chemin :

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Il n’est pas encore cinq heures, mais nous sommes invités à dîner dans le restaurant du parc. Kai Xin n’a que trois ans, mais elle est experte en baguettes depuis bien longtemps !

  

Les serveuses apportent sans arrêt des plats plus délicieux – et décoratifs – les uns que les autres. « Demain nous serons seuls pour le soir du Nouvel An, dit Fuzheng, aussi nous dînons dès ce soir avec vous » :

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Difficile de refuser. Plus difficile encore de savoir comment remercier…

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Blanc comme un dimanche

… Et on est déjà jeudi ! Et ça fait une semaine que mon Minou est arrivé à Shanghai ! J’y crois pas ! (Curieusement, lui, il y croit…).

Alors vite, ce premier dimanche : en écartant les rideaux le matin, je découvre quoi ? Du blanc, du blanc, du blanc, et des arbres cassés :

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L’après-midi, pour aller au Lac, il faut se frayer un mince passage sur les trottoirs, entre allées de neige gelée, autres piétons, et, bien sûr, les habituelles voitures stationnées là parce que c’était bien plus simple qu’ailleurs. Par-ci, par-là, cependant, des bonshommes de neige très sympathiques, et pas du tout comme sur les images de chez nous. On est encore à 3 jours du Nouvel An chinois, mais on célèbre déjà l’année de la Souris :

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Autour du lac, c’est la désolation ; partout des branchages cassés disputent le sol à la neige :

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Les canaux ont gelé :

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Les bassins au lotus aussi :

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Mais les vagues du Lac sont encore fluides, le soleil descend lentement sur tant de blancheur. La promenade sera belle :

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Sur la grande Chaussée et le Pont Brisé, la neige scintille, toute blanche…

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… tandis que le bateau traverse une coulée d’or fondu :

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Retour sur la rive, où tout le monde attend rituellement la disparition du soleil derrière la colline :

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Sous le Pont Brisé, les lotus sont enfouis sous la glace qui rosit :

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    (et les tiennes avec l’oiseau

Bientôt le Nouvel An ! Les branches des saules ressemblent déjà aux retombées d’un grand feu d’artifice :

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Dans lequel Marcopolette retrouve Marcopolo et le ramène à Babel grâce à un ange bleu.

Shanghai, enfin !

Neige, retards, vols annulés, neige, aéroports fermés, Nouvel An chinois, neige… Heureusement Lan Tian, mon Ciel Bleu, est avec moi, que dis-je ? bientôt avec NOUS !

Il est allé acheter deux billets de train Hangzhou-Shanghai pour lui et moi. Et deux billets Shanghai-Hangzhou pour mon Minou et moi. Dans chaque cas, il a attendu je ne sais combien de temps, pendant que je restais vissée devant Internet à consulter toutes les météos du ciel et de la terre.

De la gare de Shanghai, il m’a amenée d’un trait à l’aéroport. M’a aidée à prendre patience (vol retardé) avec des commentaires rigolos sur les arrivants qui passaient. Après les Retrouvailles !!! (ici il faudrait au moins trois rangées de points de suspension, comme dans les romans chastes quoique minutieux de Frédéric Soulié le bien nommé), et pendant deux grands jours, Ciel Bleu a hélé des taxis, trouvé des restaurants, proposé des musées…

Mais nous a d’abord conduits à l’Hôtel du Capitaine, où Michel a découvert le tricotage de la circulation en Chine depuis la fenêtre de notre cinquième étage :

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(Et les nœuds de fils électriques… il ne s’en lassera jamais !)

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Pêle-mêle, quelques impressions du musée des arts populaires :

Des meubles laqués

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Des chaises qu’on croirait inspirées directement par l’école de Nancy, si elles ne l’avaient précédé de quelques siècles :

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Ici, des bateaux :

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« Drakkar » vient du mot « dragon » en vieux norrois : à la proue, voilà justement le dragon !

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Là, un simple peigne :

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Pendant ce temps, la neige est tombée, tombe, tombera…

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Mais place aux nourritures terrestres. Nous voici dans un restaurant végétarien, où Lan nous a promis la même nourriture qu’aux moines bouddhistes. Curieusement, le « poisson », le « canard », le « poulet », ont été façonnés de manière à ressembler… à du poisson, du canard, du poulet !

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Pluie, neige fondue, nuit, sur un vieux quartier de Shanghai sauvé de justesse de la démolition pour devenir branché :

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On y retrouve même le siège des toutes premières réunions du parti communiste chinois – avant qu’une trahison n’oblige les membres à aller se rencontrer sur un bateau au milieu du fleuve :

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Le lendemain samedi, retour à Hangzhou. Pas de photos. Neige, neige, neige. Le taxi qui nous trimballe est obligé de nous larguer avant d’arriver à la gare. Nous avons une bonne heure d’avance, mais sans Lan Tian je suis bien sûre que nous n’aurions jamais su où nous diriger pour franchir les cordons de policiers et de soldats qui maintiennent la foule au-dehors. A l’intérieur, les salles des guichets, les salles d’attente sont noires de monde. Heureusement, partout on laisse Lan passer avec nous. Il nous accompagne vers notre salle d’attente, nous explique le panneau lumineux qui annonce notre train. Rumeurs d’océan, sentiment d’impuissance totale devant tout ce qui pourrait arriver (suppression des trains, mouvements de foule…) mais en fait les gens restent calmes. Enfin on ouvre les portes vitrées donnant sur le quai. Enfin nous courons vers notre wagon – Lan avait eu l’astuce suprême de nous prendre des billets de première, pensant (à juste titre) que nous y trouverions plus facilement des voisins parlant anglais. Enfin le train part, mais je pressens que ce n’est pas fini : en effet, à l’arrivée, il faut attendre un taxi pendant plus d’une heure, après avoir traversé des halls et des couloirs où des familles par dizaines se sont déjà installées par terre pour la nuit. Pénombres où l’on distingue couettes, bagages, enfants, vieillards.

Les taxis arrivent un par un, séparés par de longues minutes. Là aussi tout se passe dans le calme, les gens se découragent et s’en vont – Dieu sait vers quelle solution de rechange – ou bien restent à bavarder, téléphoner, plaisanter jusqu’à ce que leur tour arrive. La nuit est tombée depuis longtemps.

Enfin notre tour arrive (Lan m’a appelée entre-temps, inquiet de n’avoir plus de nouvelles). Surprise : Hangzhou est sous la neige, les trottoirs sont inaccessibles derrière des murs de neige. Xixi Lu est méconnaissable, mais Babel est bien là, et là-haut, tout en haut, Marcopolo découvre enfin mon humble demeure – je veux dire notre splendide refuge !

Et ce matin…

La neige est tombée en silence toute la nuit. Le rideau s’ouvre sur une présence nouvelle, une élégance insolente de simplicité :

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Oui, mais comment sera l’aéroport jeudi ? L’avion de Francfort pourra-t-il atterrir ? Serons-nous à la gare à temps, Lan et moi, pour prendre le train de Shanghai ? Les bus pourront-ils circuler, y aura-t-il des taxis libres, comme celui que le monsieur est justement en train de prendre, en bas, dans Xixi Lu (si je pouvais arrêter le temps, et le taxi, et le monsieur…) ?

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Toutes ces questions se présentent une par une, puis en masse, puis à nouveau une par une, comme tirées au sort. Cependant, derrière l’arbre en dentelle, on empile comme tous les jours dans le camion bleu les masses de cartons apportés par les tricycles :

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Derrière ma fenêtre, un écureuil fait des acrobaties entre les climatiseurs, mais il est bien trop malin pour se laisser photographier. J’envoie un courriel à Steve et Ross pour les inviter à un verre d’après-dîner, ce soir, histoire de ne pas hiberner chacun dans son coin. Et je vais au supermarché avec Lan, acheter du vin et des fruits, de l’eau pure pour le thé, et des cacahuètes pour l’écureuil. Au coin de la rue, Hangda Lu aussi a changé d’allure. La neige coiffe même les « cages à lumière », les lampions porte-bonheur du Nouvel An :

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Mais voici qu’au long de la journée, tout a fondu. Je consulte les prévisions météo sur divers sites, en français, en américain (on annonce 30°, je mets du temps à comprendre que c’est en Fahrenheit). Et même en chinois, allez ! Je sais lire « Hangzhou » et Shanghai », c’est déjà ça. Partout on a dessiné un soleil plus ou moins voilé pour jeudi matin. Plus question de « bourrasques de neige » comme la semaine dernière, ni même de « fortes chutes » comme hier encore. Le ciel est plein d’archanges.

Est-ce ici le dernier billet de Marcopolette hors de la présence de son metteur en page et rédac’chef ? Croisons les doigts, comme ce matin les arbres au-dessus de Xixi.

  

Ci-gît Xixi

La cour d’en face, tout à coup, hier matin , en descendant l’escalier de Babel – sales, toujours, les vitres, ce qui ajoute grandement au flou du monde d’en face, un monde en étrange survie, la vie des vrais pauvres :

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Oui, le camion plein de vieux cartons est déjà prêt pour un premier voyage. Pourtant quelqu’un s’affaire à le charger encore, on distingue sur la pile instable une silhouette courbée sous la neige sous un « chapeau chinois » de paille ( !).

Ici à Babel, entre deux étages, sur le toit du restaurant d’en bas, voici le cadavre abandonné d’un climatiseur hors d’usage :

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L’hiver, c’est l’hiver sur Xixi Lu :

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Et l’hiver à Babel :

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Les bananiers sont en berne. Comme après le typhon, ils se relèveront vite, sans doute :

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Car les fêtes d’hiver des gens de l’Ouest sont bien terminées. Adieu, ballons flapis et vieillard aux yeux bleus, bientôt le Nouvel An chinois, qu’on appelle ici « Festival de printemps » !

  Photo 1





Choses vues, dragons et mystères




Oui, tout vaut mieux que rester dans ma chambre à me morfondre, à sentir mes idées mourir comme la neige que je vois fondre en pleurs par la fenêtre, ou tourner en rond, manège chaotique comme lors de mes tous premiers jours ici.




C’est pourquoi j’avais accepté hier la proposition de mon collègue Steve de faire un « one-day trip » (excursion d’un jour) en sa compagnie. « Comment font les hommes ? » me suis-je assez demandé en les voyant partir, et revenir, et raconter.

Steve est un ancien pilote arrivé il y a quelques années à Pékin pour donner des cours dans une école d’aviation. Depuis, il a décidé de rester en Chine pour quelques années encore au lieu de retourner s’ennuyer chez lui ; comme Philip (un vrai ex-prof de fac, lui), comme Ross, qui dans une autre vie travaillait pour le ministère de la Défense australien. Ils espèrent tous aller ainsi jusqu'à leurs soixante-dix ans, c'est-à-dire encore deux ou trois ans. Pour notre excursion, Steve avait balisé l’itinéraire vers un ancien village, Long Men (la « Porte du Dragon »). On va d’abord en taxi jusqu’à la station des bus de grande banlieue. La file d’attente pour prendre les divers billets est impressionnante :

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De là, on met une bonne heure pour atteindre les confins de Hangzhou. On passe devant des rangées et des rangées de buildings pas finis, mais qui n’ont déjà plus besoin de grues :

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Et puis des champs, des champs partout, des champs et des serres :

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Oui, c’est flou, parce que le bus va vite et que la vitre est sale. Mais de toutes façons c’est comme ça que depuis toujours je vois sans lunettes, et même pire (petit imprécis de myopie à l’usage des bien-voyants). Allez, je les remets, et je vous fais une place :

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Les montagnes, pas très hautes, sont souvent pointues et serrées comme un troupeau de chameaux bossus. Parfois plates aussi, et toujours bleu Vosges, avec les mêmes transparences qui vont en s’effaçant de plus en plus vers l’infini. Pas de sapins pourtant, mais une végétation très dense, d’un vert soutenu. Est-ce que quelqu’un y vit ? Steve n’en sait pas plus que moi, mais on dirait plutôt que les habitants se sont regroupés au pied de ces collines,

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comme pour veiller de loin sur des rivières mortes :

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On descend enfin, il faut maintenant trouver l’autocar de la dernière étape. En face de nous une agence des Télécoms… Non, personne ne comprend l’anglais, mais quelqu’un connaît quelqu’un qui pourrait comprendre Steve, on sort les portables de part et d’autre… Bref, pour finir une jeune employée grelottante dans sa petite veste impeccable nous accompagne tout au long d’un labyrinthe de rues boueuses jusqu’à une placette entourée, comme chaque fois qu’il est question de voyage en Chine, d’étalages de fruits et d’échoppes de « xiao qi » avec leurs chaudrons pleins d’eau ou d’huile bouillante où mijotent des mystères : de quoi se rassurer l’estomac avant de monter dans l’un des autocars, euh non, l’une des fourgonnettes cracra qui attendent de faire le plein de clients.

Impossible, cette fois, de prendre des photos du paysage – quel paysage ? Les vitres sont couvertes d’une couche de poussière blanche si épaisse qu’il ne s’agit plus de myopie, mais d’une maladie bien plus rare. On brinqueballe une petite demi-heure avant de descendre devant un amas de maisons récentes, genre chalets – les Vosges encore, à part le petit linge en train de sécher tout gentiment entre un arbre transi et un trépied de bambous :

  Photo 17

Mais dès qu’on se retourne, la voilà, sans aucun doute, la Porte du Dragon !

  Photo 19

Avant d’entrer vraiment dans le village, il faut s’acquitter d’une somme assez rondelette, contre laquelle on reçoit, comme toujours, un très joli ticket. Les premiers pas, pourtant, sont décevants : larges rues vides bordées de maisons récentes, parfois pas encore terminées :

  Photo 20

On croise même, comme sur Xixi Lu, l’omniprésent triporteur avec son chargement de cartons (d’où viennent-ils, tous ces cartons que consomme la Chine ? Où vont-ils ? Mystères..).

Enfin une porte peut-être ancienne, à moins qu’elle n’ait été refaite à l’identique. Steve m’apprend que les dragons sont réputés amateurs de perles, et en effet, ceux-ci semblent se disputer une énorme perle, à moins qu’ils ne soient chargés de veiller sur elle :

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Est-ce que les dragons aiment aussi ronger des os en pierre ? Celui-ci est énorme, allez, on se prend mutuellement en photo entre lui et le menhir chinois couvert d’inscriptions en lettres d’or :

  Photos 23,     24

On peut y distinguer le caractère « men » (« porte »), c’est le quatrième de haut en bas sur la deuxième colonne. Fastoche, non ? Il a vraiment la forme d’une porte.

Le village famélique d’aujourd’hui a dû être autrefois une bourgade importante. Il compte encore plusieurs maisons de maître traditionnelles, aux bâtiments classiquement regroupés autour d’une cour carrée. Certaines sont très bien préservées et entretenues, avec même les portraits des anciens maîtres de maison :

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Steve et moi avons une façon bien différente de voir les choses. Je vais d’une pièce à l’autre, j’entre et je sors en enjambant les poutres de bois qui forment seuils (toujours le culte de la marche ralentie, ou bien est-ce pour décourager les mauvais esprits ?), je m’oriente, je m’installe, je me comporte en invitée. Steve reste debout, réfléchissant à ses propres repères. Par exemple, il m’apprend que ces jarres, là, au milieu de la cour :

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étaient remplies d’eau en toutes saisons, afin de servir le cas échéant de pompes à incendie. Il admire et m’explique aussi l’architecture et l’assemblage de ces charpentes, uniquement par tenons et mortaises, sans un seul clou !

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Moi je reste toujours en arrêt devant les sculptures qui ornent la moindre pièce de soutien :

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Mais la plupart de ces maisons ont été réparties entre des familles manifestement très pauvres, qui tiennent des échoppes misérables proposant bien sûr des nourritures fumantes, mais aussi gadgets, bracelets, dragons lovés autour d’une perle, tout cela en faux jade, en faux ambre, en faux n’importe quoi.

Les ruelles sont pavées des mêmes pierres que celles qui avaient servi à construire d’autres maisons encore :

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Mais le plus navrant, c’est la saleté, et la résignation qu’elle suppose. Le manque d’entretien des façades comme des intérieurs qu’on entraperçoit. Si vraiment des gens vivent ici, comment n’ont-ils pas envie d’un minimum de confort au moins visuel ? Eux qui ont tant peur de "perdre la face", comment laissent-ils leurs façades se dégrader ainsi, comme si ça ne se voyait pas ? Steve me dit qu'à Pékin le nouveaux immeubles sont déjà lépreux et décrépits. Je l'ai vu aussi à Canton.

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Comment peuvent-ils accrocher des lampions de Nouvel An à la porte d’une cour qu’on a laissée devenir décharge – et où il faut supposer cependant que vit une famille, car on distingue sur la façade du fond la verrue carrée d’un climatiseur ? C’est l’un des mystères de ce pays que je ne serai pas parvenue à résoudre.

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Trompeuses collines

Mais je ne vais pas me laisser faire par le froid qui engourdit. Pas rester dans cette torpeur. Vacance ne vaut pas vacances.

Deux idées au moins : aller soit vers le Lac, malgré l’après-midi déjà avancée. Ou bien à la grande librairie où l’on trouve des rayons étrangers, farfouiller partout, regarder les images des livres que je ne comprends pas, et revenir avec un Agatha Christie bien british que je lirai ce soir sans vergogne entre mes deux bouillottes. A votre avis, qu’est-ce que j’ai choisi…. ?

Perdu ! Je suis retournée au Lac !

Sur l’avenue, on voit tout de suite que Noël c’est bien fini, c’était à peine un apéro, les vraies fêtes vont pouvoir commencer :

  Photos 1,      2

Mais le lac, la beauté du lac. Quel que soit le temps, quelle que soit l’heure. Les saules s’effilochent, le jour décline, mais rien n’est triste, le regard s’accorde très vite avec une mélancolie apaisante.

  Photos 4,      5
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Cette fois je vais plus loin que d’habitude sur la droite. Voilà le pont, le fameux pont qu’on voit partout sur les cartes postales, prolongé par la grande chaussée où je me promène souvent :

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Elle aussi est bordée de saules, le soir y descend doucement :

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Tiens, je vais essayer de retrouver le temple et la pagode dont m’avait parlé le jeune Américain taoïste l’autre jour. Ils devraient se voir sur deux collines voisines. En traversant la rue je trouve en effet les marches taillées qui devraient mener à l’un ou à l’autre. La pagode se devine là-haut, longue et pointue : je vais essayer le temple.

Marche après marche, je traverse un hameau misérable où des échoppes sales proposent des boissons et des « xiao qi », petites brochettes en train de tremper dans de l’eau ou de l’huile, on ne sait jamais trop (mais ça peut être très bon, j’en achète parfois, un peu au hasard). Puis voilà une maison de thé. Elle vient de fermer : un serviteur transporte une poubelle bien pleine à chaque extrémité de sa perche en bambou. Monter, monter (la nuit tombe). Bien sûr, je me suis trompée : voilà la pagode. Tant pis, je reviendrai !

  

En redescendant je croise une petite fille toute bondissante dans son anorak rose, avec des lunettes bordées de rose aussi. En m’apercevant elle s’arrête net derrière ses hublots. J’ai beau lui sourire, elle retourne en courant vers les deux personnes âgées qui la suivent, en criant « Ye ye, ye ye ! ». Je me souviens tout à coup que ça veut dire « Grand-père ! ». Une petite Mariette chinoise vient de rencontrer sa première étrangère…


Moi j’aime pas l’hiver (petit journal par grand froid)

Certains parmi vous, lecteurs chéris, se demandent peut-être où a bien pu passer Marcopolette depuis une semaine, maintenant que la fièvre du Zheda n’est plus une menace directe et que – béni soit gmail ! – les connexions internet, vaille que vaille mais coûte que coûte, ne sont plus coupables que d’étourderies raisonnables ?

C’est très simple : Marcopolette hiberne. Depuis les Sixties en Angleterre, Marcopolette n’avait plus hiberné à ce point-là. Les vaillants collègues de ma génération n’ont jamais oublié les minijupes de nos vingt ans, certes, mais pas non plus les barres électriques qui ne chauffaient que le plafond de la salle de bains (la ficelle qui pendait après aurait aussi bien pu être une chasse d’eau, tant était efficace le système). Le mot « radiateur » semblait intraduisible, ou bien faisait référence à l’exaspérant machin au gaz qu’il fallait, tel un parcmètre moderne, gaver de shillings pour espérer le secours d’un souffle chichiteux à l’extrême.

Oui, mais la Chine, vous entends-je protester, la Chine du Sud, même, puisque le Yang-tsé-kiang de nos vieux manuels est clairement au nord de ton Sud ?

Je réponds tout net : le Sud, mon œil, et je le prouve ! Voici ce qui m’attendait lorsqu’au matin du 17 janvier j’ai entrouvert paupières et rideaux :

  

Un nid de neige, parfaitement ! Ici, ce ne sont pas des barres électriques qu’on met au plafond, mais des climatiseurs qui déversent une haleine tiédasse dans un rayon de cinquante centimètres. J’ai compris que les choses sérieuses allaient commencer.

Ma voisine Irina a beau venir d’un coin de Russie où il fait -30° C en ce moment, elle est encore plus frileuse que moi. Et Steve, mon collègue de Chicago, n’hésite jamais à mettre ses écouteurs de peluche en forme de petits poulets dont je suis très jalouse (ce qui est génial dans notre statut de « foreign expert », c’est que le mot « foreign » donne droit à toutes sortes d’excentricités) :

   Photo 4 du 18 janvier

Mais le soir du 18, c’était la fête à Mariette, avec photo de Mariette et de ses parents exposée sur l’écran de l’ordinateur, gâteau de l’ami Ravaud et champagne français véritable pour les collègues et étudiants devenus des amis habituels, mais bientôt dispersés par le Nouvel An chinois et le retour imminent dans les familles. Etait-ce cet air de « dernière fois », les invités ne se sont séparés que vers trois heures du matin, après avoir souhaité à Mariette mille et mille bonheurs en ce monde :

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Lu avait été invitée aussi, mais au dernier moment sa grande copine Amélie (oui, comme Poulain) était venue chez elle discuter de ces choses de filles urgentissimes que j’imagine parfaitement. Sans doute un peu pour se faire pardonner, elle m’a invitée à dîner le lendemain dans une maison de thé près du Lac – invisible, le Lac, car profonde, la nuit, et pluvieuse, et glacée ! Mais le mode d’emploi est très sympathique : pour le prix d’un thé choisi parmi des pages et des pages de propositions sur le menu, on a accès à un buffet extravagant de plats de toutes sortes, salés, aigres-doux, épicés… Lu fait surtout une razzia sur les fruits. Ils viennent de la Chine du Sud (encore plus au sud…) et Lu affirme avec convoitise qu’ils sont tous très frais.

  Photo 1

Miam, tout y passe, même si les fraises n’ont pas encore, à vrai dire, un goût très précis. Mais pommes, poires, melons, oranges, « yeux de dragon » (ça ressemble à des grains de raisin enveloppés séparément dans une petite pelure, c’est sucré et très bon), raisins secs, kiwis, tout y passe. La table elle-même semble se réjouir : sans le portable de Lu elle ressemblerait à une composition hollandaise :

  Photo 6 du 19 janvier

Dimanche 20 janvier, je suis invitée chez Fuzheng, une collègue chinoise qui a passé un an à Reading et parle un excellent anglais british – une vraie musique pour mes oreilles, un vrai repos pour mon cerveau constamment en activité volcanique pour décoder au quart de tour les divers parlers et accents de mes collègues anglo-saxons et de nos étudiants.

Aujourd’hui je ne sais plus comment la remercier : elle vient me chercher à Babel, m’apporte une magnifique combinaison-doudoune toute blanche pour Mariette, puis m’emmène chez elle en taxi. Elle habite, avec son mari, sa petite fille et la nounou, un nouveau quartier de buildings très chics pour la Chine, six étages à peine, aux trottoirs bordés de voitures. Elle me fait fièrement visiter son duplex, aux pièces minuscules mais augmenté çà et là de terrasses et vérandas où vivent en permanence toutes sortes de plantes. La chambre des parents est pratiquement tout entière occupée par un grand lit et un lit à barreaux pour l’enfant, mais on a aussi trouvé le moyen d’intégrer dans un coin une petite tablette, juste assez de place pour un ordinateur et quelques livres – « Mon bureau ! ». Mais Kai Xin, la petite fille (son nom signifie « Ouvre ton cœur », et elle a déjà un nom anglais, « Felicity, pour qu’elle soit heureuse ») partage le plus souvent un autre grand lit, celui de son « ayi », la nounou qui vit totalement avec la famille et s’occupe aussi du ménage et de la cuisine.

Quand nous sommes arrivées, Kai Xin était en train de jouer à jouer du piano pour sa poupée tout en chantant l’air qui passait en même temps sur son DVD favori :

  Photo 2 du 20 janvier

J’avoue que j’ai eu un choc en la voyant en anorak ! Et en effet, il faisait aussi froid que dans le salon de mes logeurs anglais des années soixante. Bon, je garde mon manteau, et on s’installe à notre tour devant la télé pour regarder cette fois le DVD favori de Fuzheng, la série télé de « Pride and Prejudice » (décidément très populaire). C’est donc Mr. Darcy qui nous tient compagnie, faute de mieux (c'est le début de l’histoire, il est encore dans sa période revêche) en attendant le papa, lequel, dimanche ou pas, est encore à une réunion à la fac et n’aura pas fini avant six heures.

Lorsqu’il arrive, il enlève son manteau mais passe une veste d’intérieur en coton capitonnée, de celles que j’ai vues dans les vitrines autour de Xixi Lu. C’est un homme doux et sympathique, un vrai gentil, mais la conversation entre nous est limitée car il parle aussi peu anglais que je parle chinois. Fuzheng, très volubile au contraire, commente les plats qui, apportés par l’ayi, ont fait leur apparition sur la table. Tout comme chez Yongqi, la collègue de français qui m’avait invitée il y a… oh, si longtemps déjà… après la promenade avec Nicolas dans la forêt de bambous…, il s’agit d’une petite table carrée, à la nappe protégée par une plaque de verre, normalement appuyée contre un mur et qu’on tire vers le milieu de la pièce au moment des repas. Lanières de tofou, porc aigre-doux, nems (les premiers, à vrai dire, que je vois en Chine), soupe de boulettes de poissons, raviolis aux herbes, et pour finir, oranges et pommes coupées en quartiers, tout à fait comme à la maison de thé de la veille.

Vers les huit heures je sais que c’est bientôt le moment de prendre congé – on déjeune et on dîne tôt en Chine – et en effet on ne me retient pas plus que ne l’exigent les rites de politesse. Fuzheng et son mari m’accompagnent jusqu’aux abords du quartier. J’ai à peine le temps de les remercier qu’un taxi arrive très vite et me ramène vers Xixi.

Lundi 21, c’est Lan Tian, mon Ciel Bleu, qui vient passer l’après-midi chez moi, avec sa guitare, ses bonnes blagues…

  Photo 3 du 21 janvier

… et les deux billets de train qu’il a achetés à grand-peine (bientôt le Nouvel An chinois, qui commence à me faire peur !) : encore dix jours exactement et nous allons chercher mon Minou à Shanghai !

Nous sommes bientôt rejoints par Wang Hui, qui m’avait si bien aidée pour ma « Conférence de Noël », et avait découvert à cette occasion les musiques stockées dans mon i-tunes. Schubert, Scarlatti, Purcell, Ella, Billie, Bach (« I love Bach » !), il veut tout !

Une fois la chose faite les deux compères s’installent sur le canapé pour un concours de casse-tête forcément chinois…

  

Je le constate tous les jours : certains étudiants de Zheda sont sans doute extrêmement brillants, et en voici deux spécimens… mais ils sont TOUS encore très, très jeunes !


Cœurs, flaques, flocons, miroirs

Encore Zijingang ?

Encore Zinjngang.

Plus pour longtemps.

Je n’aurai bientôt plus rien à y faire : incroyable mais vrai, je suis allée rendre ce matin mes copies corrigées, les rapports d’évaluation, et même le sujet de remplacement pour les absents, qui a lui seul m’avait bien pris toute une soirée. Finie, la fièvre de Zheda ! L’attaque aura été brève. Il est vrai que j’avais été vaccinée.

Le temps d’attendre le passage de la navette du retour, je suis allée me réchauffer dans la salle des Experts étrangers (bientôt je ferai à nouveau partie des experts en rien, et si je me sens étrangère ça ne se saura pas). J’y ai retrouvé Ross, mon ange gardien des premières semaines, qui comme toujours a immédiatement sauté sur ses pieds (« Good morning, Madame ! ») pour m’offrir une bonne rasade de son café spécial « Blue Mountain » dans un de nos gobelets en carton. Mesuré alors à quel point c’était l’une de nos dernières conversations, bâtons confortablement rompus, rires et sourires en comparant nos vies antipodiques et nos trébuchements en Chine. Tôt ou tard il retournera vers le jardin de Canberra où il cultive ses quarante espèces de roses. Il ne retournera sans doute jamais en France. Sa fille l’avait guidé quand il était allé y visiter les cimetières australiens de la Grande Guerre, chercher parmi mille croix semblables celle qui portait le nom de son grand-oncle. Mais il ne parle pas français, y voyager seul serait trop compliqué.

Si aujourd’hui il faisait assez chaud pour des experts en salle, c’est que l’Administration, dans sa grande clémence et sa parfaite connaissance des conditions météo, avait enfin tenu sa promesse : autoriser les températures intérieures à monter dès que celles de l’extérieur s’approcheraient du zéro. Or, dimanche il a neigé tout l’après-midi (j’ai rien vu, je corrigeais mes copies), et aujourd’hui encore il tombait à regret de gros flocons qui s’éteignaient très vite en arrivant au sol. Flaques d’eau grise que bottes et baskets transportaient sur les dalles trop lisses des préaux.

  Photo 1

Pas question, bien sûr, de passer de si beaux miroirs au papier émeri ! Alors on met un avis en chinois, et puis en anglais pour les experts, avec même un petit dessin pour ceux qui décidément ne comprennent rien (peut-être l’origine actuelle d’un futur caractère mondial, quand tout le monde parlera chinois ?) :

  Photo 2

Les deux premiers caractères chinois se lisent respectivement « xiao » et « xin », « petit cœur ». « Petit cœur ! », c’est ainsi qu’on crie « Attention ! ». Mignon, non ?

Et quand ça devient vraiment trop dangereux, on déroule un tapis rouge. Quelques petits cœurs ont quand même dû se casser la figure, car c’est la toute première fois que je vois ça :

  Photo 3

En fait ce n’est que du carton, mais ça doit au moins permettre de se dépêcher quand on est en retard. Quand on a le temps, on peut s’imaginer qu’on marche sur la traîne d’une princesse fantôme. Et en se retournant d’un coup, on peut espérer la surprendre encore avant qu’elle n’ait tourné le coin :

  Photo 5

Paysages, passages

Sur le campus de Zijingang, il n’y a pas que des bâtiments blancs à petits carreaux, des rivières bordées de saules et des massifs de fleurs. Les paysagistes ont encore fait merveille en aménageant un lac. On se donne rendez-vous à la cafétéria « près du lac », sur la partie Ouest « de l’autre côté du lac », ou bien on va se promener « près du pont sur le lac ». J’y étais hier, retournons-y : une jolie promenade baignée de la lumière crue d’une journée d’hiver, et là-bas le pont tout blanc :

  Photo 3

L’eau tressaille un peu, mal refermée sur ses secrets, veillée par les arbres nus :

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Le pont attend qu’on le franchisse :

  Photo 8

C’est un pont chinois, au sol non pas tout lisse, mais avec des marches, des marches très basses, à franchir sans hâte sous peine de trébucher. Ainsi ralenti, on n’oublie pas de regarder le lac, avec au fond l’école d’architecture, plus huître perlière que jamais, plus immaculée de partager l’horizon avec la noire tour des bureliers :

  Photo 11

Et voilà, on est de l’autre côté.

  

Dernier cours tout à l’heure, une des dernières promenades ici. D’abord vite l’ascenseur vers la salle des Experts étrangers dont je ne fais plus partie qu’à peine, comme une dent de lait qui va bientôt tomber. Dédale des couloirs devenus si familiers, échappées vers les paysages lunaires des chantiers de building pour de futurs profs, et leurs villages de baraques bleues toutes semblables elles aussi. Entre chaque rangée, pas tout à fait la largeur d’une ruelle. Hiver ou pas, les ouvriers font sécher leurs vêtements dehors, devant les fenêtres. D’où viennent-ils ? Comment vit-on là-dedans ? Y a-t-on froid ? Ironie du slogan en anglais peint en blanc sur le mur bleu : « Culture is future » :

  Photo 13

Encore la fièvre du Zheda !

Oui, oui, les copies à corriger - ça c'est fait - les statistiques à voir et revoir (combien de % ont eu entre telle et telle note - moi qui compte encore sur mes doigts !) - les rapports proches de l'autocritique pour la terrible tour noire de l'Administration (keske je pense de ce trimestre écoulé, comment je m'y suis prise pour faire mes cours et eske ça a été efficace, keske je changerais pour une prochaine fois, et rapport sur les examens : comment j'ai choisi les sujets, sur quels critères j'ai noté mes copies...). En anglais et sans fautes de frappe ! Or, depuis que je suis Mamie, j'en fais en moyenne une à chaque mot avant de me relire, après, bof, je sais pas.

Ce sont les Chinois qui ont inventé l'administration, dit-on, et aussi le système des examens et concours. "Examens impériaux", ça s'appelait au temps jadis. Dans les contes de fées, les héros qui s'en vont chercher fortune ne sont pas de costauds fils de bûcherons, mais des "jeunes lettrés" fluets en route pour leur "examen impérial". Marianne m'a confirmé que l'idéal des jeunes Chinoises n'est pas du tout le chevalier en armes mais le jeune homme aux frêles épaules (si ! si! elle l'a dit !) qui sait lire et écrire (des vers, de préférence). Jeunes gens, à vos pinceaux et plumes d'oie ! (Enfin, de nos jours, s'il va passer ses examens dans le business, c'est encore mieux, j'ai l'impression...)

Oui, nous revoilà dans les examens. Donc, sans doute quelques jours sans Marcopolette. Heureusement, sous les pavés, les roses...





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zu mu

« zu mu » et « zu fu », dit Yang, « nai nai » et « ye ye », préfère Lu… le jour même où on me faisait cadeau d’un œuf tout doré plein de graines à faire éclore, alors que je m’arrêtais devant les choux et les roses du campus, une petite Mariette commençait son chemin vers nous… Qu’on nous appelle comme on voudra, votre Marcopolette est devenue grand-mère, et son Minou grand-papa !

Quoi que je fasse, rien d’autre n’a d’importance aujourd’hui, je reste assise sans bouger, à me laisser imprégner comme une éponge de cette évidence, de cette merveille : ni ici, ni ailleurs, le monde ne sera plus jamais le même.

Dans les choux




Ça y est, le champignon qui s’ennuyait tout seul règne de nouveau sur un parterre de courtisans. Pas de mièvres fleurettes, attention ! De beaux choux tout neufs, bien pommés, bien colorés. Il en sortira peut-être bientôt d’autres robustes et futés étudiants ? Et étudiantes, car il y a à la fois des choux jaunes et des choux roses – il est vrai qu’ici on met aussi du rose aux petits garçons, puisque c’est une couleur bénéfique pour tous :




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Totems, momies, poteaux de torture, que choisir ? Mais non : ce sont encore des palmiers emballés pour l’hiver, y compris avec leurs feuilles, dont on ne voit plus que quelques touffes çà et là. Ça me rappelle le coiffeur qui m’avait tant tondue en septembre. Ça me rappelle qu’il faudrait que j’y retourne. Ça me rappelle pourquoi j’hésite :

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Retour de la cafétéria, vers la salle de cours où doit avoir lieu l’écrit de mon premier groupe d’étudiants. Je ne cesserai jamais de m’extasier devant le soin et la science des jardiniers chinois. Les bâtiments tout neufs du campus s’étiolent et s’étoilent déjà de mille petits craquements discrets, mais tout ce qui est végétal est constamment surveillé et secouru. Devant la Bibliothèque, les mêmes choux décoratifs ont pratiquement poussé sur le pavé, selon un dessein apparemment hasardeux mais bien sûr soigneusement pensé :

  Photo 10

Tiens, aujourd’hui, au lieu d’une banderole, on a droit à un arc-en-ciel gonflable d’une seule couleur (très chic), enfin, deux, si on compte le jaune des inscriptions. Je distingue les caractères « année 2008 », « université »… Hum, sans doute les bons vœux de l’administration, et les bonnes résolutions à faire tenir par enseignants et enseignés…

  Photo 11

Nouvelles preuves de la diligence des jardiniers, cette haie aux lignes impeccables, ces arbres regroupés en un savant désordre :

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Voilà, c’est là :

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C’est le bâtiment « Dong 7 », c’est-à-dire « Est 7 » (il y a aussi toute une partie du campus située à l’Ouest, « Xi »). Je pourrais entrer tout de suite, mais il me reste un peu de temps, je vais passer par le jardin. Avec un peu (ou beaucoup) d’imagination, c’est (presque !) un petit Villandry :

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Ma salle est là-bas, tout au bout puis à droite :

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Mais je flâne encore un peu devant les massifs d’azalées et de rosiers nains :

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Faire l’appel, distribuer les sujets et les copies officielles… et lire enfin la lettre qu’est venu m’apporter "Steven" ce matin, pendant mes heures de bureau, en remerciement pour nos conversations sur "Pride and Prejudice", autrement dit "Orgueil et préjugés", qu’il venait de découvrir mais dont il voyait bien qu’il ne comprenait pas toutes les facettes, « because you see, Miss Anne, I lack the background ». Background, indeed ! C’est plus facile de me brancher sur le sujet que de m’arrêter, et je trouvais déjà vertigineux de me retrouver en train de répondre aux questions d’un jeune Chinois sincèrement passionné par un auteur qui a si durement appris à sourire du sort des filles. Cette fois, il venait me dire qu’une fois le livre terminé il avait tout repris depuis le début, et me donner cette lettre soigneusement fermée par plusieurs pliages. Et puis m’offrir un cadeau naïf et adorable, un œuf en plastique doré dans lequel dorment des graines à arroser (cette fois c’est lui qui m’a expliqué le mode d’emploi, rédigé en chinois bien sûr). Mais elles attendront que je sois rentrée à Strasbourg : ce sera un petit coin des jardins de la Chine qui pourra, je l’espère, éclore du côté de mes orchidées capricieuses et de mes aloès griffus comme des idéogrammes. Ça aurait plu à Miss Austen, je pense.


Le feu au lac

Rigolez pas, mes chéris, j'y retourne, au feu, et pas plus tard que demain ! Le feu des examens chinois, avec toutes ses casseroles, la fièvre de Zheda, l'entrée en religion dans la secte des lao shi ! Cette fois, au moins, je suis prévenue : il ne s'agira pas seulement de corriger quatre-vingt dix copies en un rien de temps, mais encore (toujours dans le même rien de temps) de fragmenter les notes en pourcentages, dix pour cent par ci, vingt pour cent par là, soixante-dix pour cent (!) pour finir, eux-mêmes à fragmenter en ceci et cela, et c'est pas tout, car il faudra encore expliquer et justifier les résultats obtenus dans un rapport, sans oublier le rapport d'auto-évaluation du trimestre écoulé, ouf !



En prévision, j'ai terminé aujourd'hui la traduction des poèmes de Cai Tianxin. Il m'en rajouterait une pincée que ça ne m'étonnerait pas, mais pas tout de suite, lui aussi va plonger incessamment dans les exams. Il est vrai qu'en tant que spécialiste des nombres, tous ces petits calculs savants ça devrait le connaître, mais sait-on jamais ?



Et là-dessus, n'ayant vu le ciel que par la fenêtre depuis deux jours, je décide d'aller voir le soleil se coucher sur le Lac. Il fait étonnamment doux, alors que la météo promet de la neige pour la fin de la semaine. De la neige à Hangzhou ! C'est sans doute possible, puisque je viens de traduire un poème qui parle de la neige qui se dissout en tombant sur le lac. Mais avant même de quitter Xixi Lu pour la grande avenue qui y mène, je suis arrêtée par un attroupement : voilà, ça devait arriver : à force de rouler n'importe comment, il y a des accrochages ! Engueulades, cercle de badauds, avis divers :

  Photo 1

Mais il reste aussi en ce monde des petites filles bien sages :

  Photo 2

Chemin faisant, on rencontre du petit linge en train de sécher, comme ça, naïvement, sur le trottoir, aidé par le climatiseur du rez-de-chaussée :

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Ah, le Lac ! Mais voici qu'au moment de traverser, je suis abordée par un jeune « étranger » accompagné d'une jeune fille asiatique, tous deux habillés de costumes légers, veste et pantalons impeccablement blancs avec par-dessus une tunique d'un bleu profond. D'habitude, les Occidentaux se croisent en s'adressant un léger signe de tête ou un petit sourire furtif, ou encore en s'ignorant complètement. Mais celui-ci me lance affablement « Hello ! », et la conversation s'engage toute seule. Ce sont des étudiants en taoïsme ; lui est américain et vit en Chine du Nord depuis douze ans, son amie est japonaise. Ils reviennent (bien sûr !) du temple que j'ai tant cherché, et où un moine leur a donné deux longues bandes de papier de riz constellé de petites pépites d'or, où il leur a calligraphié des caractères chinois anciens. Taoïstes ou pas, ils me laissent tous deux une impression d'amabilité sérieuse, de paix sans effort, le sourire du Lac lui-même.



Le Lac, vous connaissez bien maintenant. Mais c'est toujours aussi magique. On est lundi, ce n'est pas la foule des week-ends, à peine quelques dizaines de personnes par-ci par-là (c'est très peu pour la Chine !). D'un côté, le grand jour clair :

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De l'autre, le soleil encore suspendu entre les saules :

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Et la paix du lac :

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Même les statues de bronze sont presque seules aujourd'hui :

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Une perspective en forme de pleine lune sur un autre coin du rivage (curieux climat, où dès janvier on plante des pensées !) :

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Mais une brume se lève, et au lieu d'incendier le lac, le soleil pâlit doucement au-dessus du miroir aux lotus :

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Ceux-ci devront attendre un vrai printemps pour refleurir :

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Tout devient peu à peu rose et gris :

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Tout s'estompe derrière les rideaux de saules :

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Non, ce soir il n'y a pas le feu au lac. C'est la paix du Lac, la paix sans effort.


Un temps magnifique. Même pas froid !

Ce matin, bref voyage à Zijingang campus pour récupérer mes sujets d’examens, plus les pages à en-tête spécial (intitulé du cours, groupe, date, etc.) que j’ai concoctées pour que mes candidats y épanchent leurs chefs-d’œuvre. Là-dessus, il me reste une bonne heure pour flâner avant le passage de la navette qui s’en retourne à Xixi. Je pourrais, certes, prendre illico un taxi, j’en ai vu au moins trois qui attendaient le client devant l’entrée du campus, et j’en ai bien croisé deux autres depuis. Mais j’ai un aveu à faire : depuis que je sais que j’ai donné mon dernier cours, et que l’arrivée dans ces parages ne sera plus jamais synonyme de « stagefright », « Lampenfieber » et autres « papillons dans le ventre » (le trac, quoi !), le compte à rebours a déjà commencé, inexorable, intolérable comme tout ce qui finit. Au moment même où je le vis, j’ai déjà la nostalgie de l’instant présent. Il coïncide bizarrement avec la première découverte des lieux, la première rencontre des autres expatriés, sous la chaleur accablante de début septembre. Entre les deux, qu’y a-t-il eu ? Tant de choses. Presque rien, puisque c’est déjà fini.

Une heure, donc, pour regarder, fureter, croiser des visages que bientôt je ne verrai plus. La saison va changer bientôt. Les jardiniers continuent de s’activer, soigner, préparer la terre pour de nouveaux semis. Les saules dégarnis se regardent sans frayeur dans la rivière : au moins y voient-ils leurs jolis bas blancs :

  Photos 1,   2
  3,  15

Même la tour qui abrite la tant redoutée Administration avec ses bureliers cossus qui roulent en voiture – ne les émeut pas :

  Photo 5

A côté du petit lac…

  Photo 9

…les palmiers ont été emmaillotés pour l’hiver :

  Photo 23

Devant la caféteria « occidentale », le champignon musical attend les nouvelles plantations. La terre est déjà prête, les contours tout tracés :

  Photo 10

Derrière les colonnes presque grecques du Temple du Savoir – je veux dire de la grande Bibliothèque – l’ombre blanche de l’Ecole d’architecture :

  Photo 6

On a dit de l’Opéra de Sydney qu’il ressemblait à une huître enceinte. Cette Ecole-ci, à quoi pourrait-on la comparer ?

A une piste de ski à rebonds pour champions confirmés ?

  Photo 7

A un énorme bouillon de culture pour étudier les maladies de la peau ?

  Photos 12,   14

Spécial Don Quichotte : à un plat à barbe géant, relégué derrière la porte d’un moulin à vent sans ailes ? (Mmmouais…) :

  Photo 20

Quoi qu’il en soit, voilà le mode d’emploi – allez, pour une fois, on vous le fait aussi en anglais :

  Photo 21

Juste en face, quelques bâtiments se reflètent dans la vitrine du petit supermarché, où le Père Noël s’accroche encore :

  Photos 13,   18

Tiens, un champignon de trottoir !

  Photo 17

Voilà, la navette s’en retourne vers la ville. Je constate une fois de plus (ça mériterait un billet spécial, comme tant d’autres choses) que tout comme la Nature, les murs chinois ont horreur du vide. C’est peut-être pour cela qu’on n’y trouve jamais un seul tag : ils sont déjà pré-graffittés, pré-décorés, et même pré-rédigés :

  Photos 24,   25,
  26

Arrivée à Xixi Campus, et tout de suite une de ces coïncidences saisissantes entre le monde contemporain et l’une des rares images que les livres d‘école nous donnaient de la Chine ancienne. Traversant la rue en même temps que moi, un coolie d’aujourd'hui, avec sa lourde charge qui l’oblige à marcher à côté de son triporteur – mais ce qu’il transporte, ce sont des boîtes de polystyrène :

  Photos 29,   32

Et devant le restaurant chic, l’énigme de ces scooters électriques, tous pourvus de balais et recouverts de paillassons :

  Photo 33

???


Premier janvier ou pas…

le petit peuple de Xixi continue à bosser !

Les triporteurs passent et repassent, leurs tarifs affichés à l’arrière, prêts à transporter ou déménager absolument tout ce qu’on leur demandera. Parfois la charge est si lourde qu’ils ne peuvent plus pédaler et doivent mener leur vélo par la bride – euh, le guidon :

  Photos Triporteurs n° 2,
   3,     1

Le ciel est de nouveau bleu comme des yeux d’amoureux. Malgré le froid, les blanchisseuses ont mis à sécher linge et couvertures le long des fils électriques. Des fantômes de pendus projettent leurs ombres sur le mur qui regarde Babel :

  Photos Ombres du linge n° 2    , 1,
   3

En attendant le moment du repassage, on ravaude, on tricote, on discute, on rit…

  Photo Blanchisseuses

Dès qu’il fait beau, tables et chaises réapparaissent sur le trottoir. Quand on voit de vieux Chinois assis en rond autour d’une table, oublieux de tout le reste, c’est soit qu’ils mangent, soit qu’ils jouent au mahjong (cliquetis des dominos lorsqu’on passe) ou à un jeu de cartes indéfinissable (les cartes sont si usées qu’il doit être impossible de ne pas tricher). Ainsi au n° 22 de Xixi Lu :

  Photo Joueurs de cartes

Tristan et Yseult, les deux platanes enlacés de Xixi Campus, sont devenus complètement chauves, mais ils s’aiment quand même :

  Photo Arbres chauves

Une année qui s'étiole



Voilà de vaillants ballons qui auront fait ce qu'ils pouvaient pour aller jusqu'en 2008... Mais tout comme le naturel, les caractères chinois reviennent au galop :


  Photo 1

A vous tous, mes chéris fidèles, un très bon et chaleureux réveillon, et une
TRES HEUREUSE ANNEE 2008
- mais ceci, nous aurons l'occasion de nous le redire dans 2 mois à peine !


Dans lequel Marcopolette se met à parler du pays et assiste à une fête de Noël où renaît l’Opéra de Pékin

Hier, aboutissement d’une grrrande première pour Marcopolette : mes chéris, certains d’entre vous m’avaient envoyé de si jolies photos des Vosges sous la neige, de Strasbourg de jour et de nuit, et même de mouflets préparant leurs bredele sous l’œil attendri de leur maîcresse adorée ;-) que je m’en étais fait un petit diaporama strictement à usage interne, réservé à Lu, Camille, et autres étudiants-amis intéressés par Christmas dans ma hometown (oui, je sais, tous ces mots étrangers, c’est du chinois !). Mais l’ambition, vous savez ce que c’est : une réussite entraîne fatalement le désir d’autres sommets, et je m’étais retrouvée en train d’en proposer une version élargie au Département de français. Proposition acceptée, et même, malgré mes protestations, aussitôt baptisée du nom quelque peu intimidant de « Votre conférence, Madame » : et voilà l’angoisse qui commence à montrer le bout de son long nez tout pointu…

Tous mes étudiants qui font une « contribution » à mes cours sous forme d’exposé manient les divers écrans, ordinateurs et autres machins dont est pourvue chaque salle de cours avec un tel détachement que je m’étais dit « Hopla, c’est le moment de me faire expliquer ». Ah, Power Point, quand tu nous tiens ! C’était oublier une fois de plus les discordances secrètes entre « mon » Mac et « leurs » PC. Mais rassurez-vous, à partir de maintenant je vais faire court : Bruce à côté de moi, mon Minou à mille fois mille milles d’ici, m’ont non seulement tout bien expliqué (y compris comment on se sert d’une clef) (rigolez pas, boys and girls, je passe mon temps à rappeler à mes étudiants que si on ne sait pas c’est pas grave, il faut toujours une première fois) – mais, chacun de son côté, m’ont formaté toutes les photos, de sorte que j’avais deux versions idéales ! Quand je pense que la prochaine fois je saurai faire ça toute seule !!! (si, si !).

Bref, il n’y avait plus qu’à confier la clef à une jeune collègue chinoise (« Mon nom français c’est Echo – oui, comme la nymphe »), et hop, tout a marché comme sur des roulettes. Le Rhin, le tram, le nouveau Conservatoire, la légende de sainte Odile, les Vosges sous la neige, le match Enfant Jésus contre Pépé Coca, les bredele, les cristaux en Baccarat de la rue des Hallebardes, la façade en trompe-l’œil de chez Christian, le grand sapin de la place Kléber, tout, ils ont tout eu, tout ça et le reste. A chaque image j’y pouvais rien, j’avais envie de tout raconter. Finalement je n’aurais pas dû me faire tant de souci. Preuve que c’était vraiment une conférence : Echo m’a même apporté un verre d’eau !

Et là-dessus, invitation à une fête d’étudiants, un étage plus haut. Dès l’entrée, le ton est donné : ici aussi, on aime les ballons et les cœurs !

  Photo 2

Ça me rappelle le festival de poésie de Canton où j’étais allée en septembre. Les mêmes jolies jeunes filles font les annonces, mais cette fois-ci, saison oblige, en blouson ou anorak :

  Photo 1

Ici aussi, tout commence par la Petite Musique de Nuit :

  Photo 4

Mais, au lieu de déclamations de poèmes, on assiste – ou on participe – à des jeux. Des jeux incroyablement simplets, qui font incroyablement rire toute l’assistance. Par exemple, les jeunes filles demandent à des « lao shi » (professeurs) de venir sur l’estrade et de tourner le dos au public. Là, on leur scotche à chacun une grande feuille de papier, sur laquelle est inscrit le nom d’un héros (pour les messieurs) ou d’une héroïne (pour les dames). Echo me traduit (car tout ça est en chinois, bien sûr) : Roméo et Juliette, Adam et Eve… A mesure que les noms apparaissent, les rires fusent déjà :

  Photo 8

Et les voilà tous en train de tourner en rond, chacun cherchant son complément idéal avant même de savoir qui il est lui-même… un peu comme dans la vie, en somme… L’assistance est de plus en plus déchaînée :

  Photo 9

Et puis il y a eu des tours de magie, et puis des tours de cartes… des jeunes filles viennent chanter en karaoké… On est appelé sur scène sans trop savoir pourquoi (Echo se précipite et veut m’entraîner, mais hum, je préfère regarder), et on se retrouve dans le concours des cheveux les plus longs, puis des plus courts, puis des plus grands yeux (j’aurais dû y aller, j’étais sûre de gagner ! Mais c’est trop drôle de voir des gamines aux yeux bridés s’efforcer de les ouvrir aussi grands que possible ! ). Tout cela très bon enfant, très « anniversaire de Monsieur le Curé ». Plutôt sympathique, de voir des gens s’amuser de si bon cœur de choses si simples, surtout dans un environnement intellectuel classé si prestigieux !

Tout le monde retrouve soudain son sérieux lorsqu’un professeur déjà assez âgé monte sur scène et se met à chanter un air de l’opéra traditionnel de Pékin. Echo me souffle que « c’était interdit pendant la révolution culturelle ». Pendant qu’il chante, une jeune fille s’approche avec une guirlande de Noël, qu’elle lui passe autour du cou. Il est bientôt rejoint par une collègue qui lui donne la réplique.

  Photo 17

Elle aussi reçoit bientôt sa guirlande, plus - comme c'est une dame - une rose en bonbon :

  Phot 18

J’ignore totalement de quoi il s’agit. Les deux voix sont extraordinairement fortes et sûres. Cela n’a rien d’une démonstration d’amateurs. La technique ne semble pas si différente de notre chant classique. Toutes les notes sonnent plein, juste. Ce que nous appellerions les « ornements » fusent l’un après l’autre, très maîtrisés. Tout le monde est recueilli. Une légère hésitation de la chanteuse, son partenaire et les plus anciens lui soufflent aussitôt la suite. Ils n’ont rien oublié. Personne n’a rien oublié de la « révolution culturelle ». J’ai acheté un recueil de nouvelles traduites en français, où elle est constamment évoquée entre guillemets, comme si ça brûlait encore. C’est sûrement le cas, et pour longtemps. Les étudiants savent très bien ce que leurs parents ont dû souffrir, d’humiliations et pire, simplement s’ils faisaient partie des « instruits ». Ils me répètent souvent « La Chine s’est ouverte » avec un ton de soulagement, et aussi de confiance, une énergie dont je m’aperçois tous les jours à quel point elle est contagieuse.



Voix de Noël

Evidemment, à 6 heures rien n’était prêt. Vite, sécher la vaisselle empruntée à la cantine et que Ross avait tenu à relaver, vite, faire entrer dans sa chambre la deuxième table (venue elle aussi de la cantine, mais déjà briquée), chercher des chaises chez les uns et les autres, faire le compte de ceux qui ne viendraient pas, de ceux qui arrivaient, de ceux qui viendraient encore… Mais très vite, Ross a proposé ses premières rasades de whisky dans nos gobelets en plastique. Li Hua, Lan Tian et Wang Hui, qui n’y avaient jamais goûté, ont eu quelques sursauts de surprise, mais s’y sont faits très vite ;-) . Soupe au potiron, poulets en sauce italienne, spaghetti authentiques, Ross et Miao Feng, son amie chinoise, s’étaient surpassés, et les bouteilles apportées par les invités s’ouvraient toutes seules les unes après les autres :

  

Australie, Angleterre, divers Etats américains, Chine du Nord, Chine du Sud et France de toujours ailleurs, personne n’avait le même accent, ni ne parlait vraiment le même anglais que ses voisins. Et ce réajustement perpétuel de chacun pour entendre la voix des autres créait une polyphonie de bonnes volontés, fondait le tout dans un de ces moments où je saisis enfin, sans pouvoir vraiment le dire en mots, le vrai pourquoi de ma venue ici, ou peut-être, pourquoi pas, ici-bas. Au dessert, Lan Tian, notre Ciel Bleu, s’est mis à improviser en sourdine sur sa nouvelle guitare :

  Photo 17

Il faut dire que l’ami Ravaud, lui aussi, avait fait très fort ! Des deux Forêts-Noires en forme de bûches, une seule aurait suffi pour tout le monde, mais la deuxième a disparu tout aussi vite parmi mille louanges à la culture et à la pâtisserie françaises :

  Photo 8

Voilà, on est presque tous là, sur la photo… « Accourez, venez tous », mes chéris, il reste plein de place entre Li Hua et Ross… et même une bouteille de l’excellent Montravel qui, lui aussi, a fait honneur au pays :

  Photo 13

MERRY CHRISTMAS !

SHENG DAN KUAI LE !!

JOYEUX NOËL A TOUS !!!


Pêle-mêle de Noël

Il a d’abord fallu que je descende à la « réception » de Babel (bien grand mot pour un petit comptoir !) expliquer que ma chasse d’eau était en panne (pardon pour ce détail trivial qui peut pourrir la vie aux meilleurs d’entre nous !). J’avais bien reconnu d‘où venait le mal : chez nous, jadis, un plombier alsacien avait expliqué que c’était le « Schwimmer » - « Ja, ja, vous voyez, ‘s isch de Schwimmer », avait-il répété plusieurs fois, de sorte que le mot, sinon la chose, s’était bien imprimé dans ma mémoire. Et j’avais également appris qu’il suffit de raccrocher un truc à un machin, mais, baste, pour ce faire je ne suis pas encore assez « comme un garçon », et puis faut bien leur laisser quelque menue supériorité de temps en temps, s’pas ? (allez, les boys, je rigoooole).

Bref, je descends à la réception, et là, grâce à mes progrès fulgurants en chinois, je raconte mon problème, et grâce à un petit dessin je demande si je peux bénéficier du « cesuo » de l’appartement inoccupé juste à côté du mien. La jeune fille de permanence me donne les clefs sans hésiter. Je ne sais pas encore comment demain je vais parler du Schwimmer au factotum chinois de la maison, mais me voilà déjà en train d’explorer l’appartement fantôme. Tiens, on a une vue imprenable sur la cour de Babel, et non pas sur l’arrière du bâtiment comme chez moi. J’entends d’ailleurs des coups de marteau. Aha ! Grimpée sur une chaise, une serveuse est en train d'arranger une guirlande de ballons multicolores autour de l’entrée de notre (très) humble cantine, là ou flottait déjà la jupette de velours "Merry Christmas". Fixer des ballons sur un mur à coups de marteau, voilà qui est original ! (c’est son collègue, debout au sol, qui tient le marteau – qu’est-ce que je disais, les boys ?)

  Photo 1

D’ici j’ai également une vue aérienne toute nouvelle sur Xixi Lu. Le marchand de gâteaux :

  Photo 2

La cour d’en face, jusqu’ici mystérieuse… et qui ma foi continue de l’être… C’est d’ici que repart chaque soir un gros camion chargé des papiers et cartons rassemblés toute la journée par les chiffonniers en triporteur. Mais je ne sais rien d’autre…

  Photo 3

Tiens, voilà encore une vue imprenable sur l’un des climatiseurs qui en ce moment nous soufflent de l’air chaud dans les appartements :

  Photo 4

Les bananiers arrachés par le dernier typhon d’octobre ont déjà bien repoussé :

  Photo 5

Ici, on ne vend jamais que des bananes, mais le petit arbre qui pousse sur le trottoir a eu droit, comme tous ceux que je vois ici, à son long bas blanc :

  Photo 6

Je rentre chez moi où le Père Noël est déjà passé, grâce à mon Minou. J’ai ajouté dans le décor le bouquet de chatons offert par l’ange Ciel Bleu :

  Photo 9

Rhume de cerveau, brume dans la tête. Tant pis, vite une bonne écharpe, il faut que j’aille voir de plus près cette nouvelle guirlande… Aaahhh ! Très joli ! Je regrette quand même qu’on ne voie plus les caractères chinois :

  Photo 10

De loin, avec accompagnement des caisses de bière, l’effet est encore plus complet :

  Photo 11

Rentrons vite. Devant Babel les osmanthes achèvent de jaunir à côté des vaillants bananiers. Tiens, on aperçoit aussi des ballons dans la salle du restaurant :

  Photo 12

J’irai peut-être y jeter un coup d’œil demain. Ce soir (soir chinois = 18 heures) : avant-première de Noël avec mes collègues anglo-saxons dans l’appartement de Ross. See you soon !


Leçon de babélien

Cet après-midi le temps s’était remis au beau fixe, avec une fraîcheur juste assez revigorante pour rappeler que l’hiver ne fait que commencer. Me voilà donc sur la route qui mène au Lac une fois franchie Xixi, juste de quoi aller voir si Pépé Coca (qu’on appelle aussi le Père Noël par chez nous) a continué ses rapides progrès en babélien.

Avant de nouer mon écharpe, un dernier regard attendri à la carte envoyée par mon Minou, et dont j’ai fait une déco d’enfer à côté du panier de Lu et du cactus chinois qui me servira de sapin :

  

Bon, des sapins, en voilà, assez modestes, mais bel effort quand même pour la Chine du Sud !

  Photo 03

Par contre, ici, le restaurant a soigné sa vitrine !

  Photo 04

Plutôt attendrissant, ce mélange des genres. « La Chine s’ouvre » (« China is opening up »), me répètent de tous côtés étudiants et collègues. Effectivement – et mieux vaut ce slogan-ci que bien d’autres…

  Photo 05

Ah, une belle rangée de scooters électriques, de ceux qui vous foncent dessus à 40 à l’heure, sans bruit et sans lumière. Intéressant : au premier plan, on voit un guidon « customisé » (Babel n’en est plus à un barbarisme près), auquel on a adapté des bottes fourrées en guise de gants. Le tout premier que j’ai vu m’a fait croire à la rencontre inespérée d’un cow-boy très futé en même temps qu’original, mais en fait cet attirail n’est pas rare du tout : la fusée à roulettes que j’ai prise l’autre jour en était pourvue aussi. Et ça n’empêche pas le conducteur d’enfiler d’abord des gants de laine ordinaires sur ses petites mimines de prédateur de piétons :

  Photo 06

Le bon Papa Noël a dû faire pleuvoir sa photo sur la Chine en averses continues (après contrat juteux avec un businessman local), car son effigie est partout absolument la même. Il faudra que je demande à l’ami Ravaud. Oui, lui aussi s’y est mis :

  Photos 3,      4 (du 2° envoi)

Et que vois-je en rentrant ? Notre restaurant d’expatriés décoré de cette magnifique jupette de velours, qui proclame bien haut que décidément, Babel, c’est l’avenir !

  Photo 5

Charmés de Noël

Sur Google Earth, on voit très bien, tel l’œil du poulpe géant qui insistait pour suçoter Kirk Douglas dans « Vingt mille lieues sous les mers » (aha ! j’entends des frissons dans la salle…), le grand stade de 60 000 places où ont eu lieu, par exemple, les championnats du monde de football féminin de septembre dernier. Ça ne vous dit rien ? On ne va pas se disputer pour si peu. Ici, on ne parlait que de ça, même que mon arrivée était passée quasiment inaperçue, il faut bien le dire (là non plus, je jure que je n’en veux à personne) (vous avez entendu parler du Bon Dieu et de sa Grande Clémence ? Eh bien, sa grande Clémence, ça serait peut-être bien moi, des fois, je me dis).

Bref, juste à côté, devant, ou derrière, selon comment qu’on le regarde, il y a ça :

  

Un supermarché chinois très petit-neveu de l’oncle Sam, avec Pizza Hut et MacDo incorporés au rez-de-chaussée. La grande Clémence, qui est aussi une grande sentimentale, y retourne quelquefois trifouiller dans les rayons, en souvenir du jour où elle y a découvert ses tout premiers légumes chinois, et de celui où elle s’est retrouvée à la caisse juste derrière un bonze en robe safran venu s’acheter deux slips boxers avec des petits dessins dessus (avouez que ce sont des expériences qu’on espère toujours revivre).

Quoi de neuf en ce moment au Supercenter chinois ? Ceci : partout des vendeuses coiffées de bonnets rouges, pointus, bordés de blanc, mais très sobres, très chics… vous me direz que c’est ici qu’on les fabrique : certes, certes, mais, pas fous, c’est chez nous qu’ils envoient les bandeaux clignotants, petits grelots, et autres spirales de loufs qui permettent aux bancs de touristes d’une même espèce de se reconnaître dans l’aquarium de la place Broglie.

Le grand-père Coca-Cola joue encore un peu les timides, mais je suppose que ses ravages s’étendent un peu plus chaque année :

  Photos 47,      48,
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Folklore pour folklore, j’accepte l’invitation de Lu, mon élève de français, à « faire des achats ensemble » ce samedi après-midi. D’abord une bonne heure de leçon, pendant laquelle le chauffeur nous attend au bas de Babel dans la Mercedes noire de sa tante. Je repense à mon équipée dans la fusée à roulettes de l’autre jour, aux voitures comme celles-ci qui paraissaient plus énormes encore d’être frôlées de justesse par un virtuose des zigzags…

Lu m’invite d’abord à déjeuner : canard, poulet, crevettes, aloès au sirop, soupe de champignons, soupe de poisson épicée... et de la racine de lotus au riz glutineux (des fois il faut se méfier du son qu'ont les mots à l'oral, "glutineux" c'est pas très joli mais ce truc-là j'en raffole, c'est au premier plan sur la photo mais plus pour très longtemps...)

  Photos 2,      3

Le chauffeur nous rejoint, mange un peu, demande un bol de riz, puis s’en retourne au parking. Quand Lu est bien convaincue que j’ai assez mangé, on part se promener dans Hei Fang Jie, la « rue ancienne » où j’étais déjà venue avec Camille et Jenny : une suite de boutiques effectivement anciennes, où l’on trouve tour à tour des soieries, des thés, des parapluies, des peluches, des écharpes, des bonbons, des baguettes dans de belles boîtes, des sceaux qu’on grave devant vous à votre nom (chinois ou occidental), des jouets… bref, toutes sortes de bimbeloteries à marchander, mais aussi de très beaux objets au prix définitif.

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Entre les deux rives de la rue, une foule rieuse, curieuse d’autres échoppes encore. Un jeu de massacre :

  Photo 4

Un palanquin de mariée où l’on peut se faire photographier (normalement la mariée arrivait tous rideaux fermés, la tête entourée d'un foulard pour se faire une surprise à l'arrivée, et en sanglotant d'épouvante parce qu'en plus on lui avait dit que ça lui porterait bonheur) :

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Et… tiens tiens ! Que vois-je ici, faisant concurrence au lion chinois défenseur des portes ?

  Photo 8

Ah ! Ça se précise !

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Et même…

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Mais rassurons-nous : malgré les assauts d’une modernité d’emprunt, c’est encore devant le grand Bouddha tout doré qu’on vient prendre des photos de famille :

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A lui, on peut bien raconter tout ce qu’on veut,

  Photo 19

c’est un Gulliver qui n’a pas peur des petits lutins :

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Et même… ça le chatouille !

  Photo 22

Juste pour dire...

Parfois on se dit qu'ils sont presque un milliard et demi à savoir lire ça... On reste planté à côté et on se sent très bête...

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Après les nourritures terrestres…

… place à l’Histoire ! La voiture s’enfonce dans des rues de plus en plus étroites, s’arrête au bord d’une rivière près de laquelle a vécu un calligraphe renommé. Tianxin tenait à me montrer sa maison. La responsable des lieux vient justement d’ouvrir la porte :

  Photos 22,
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C’est encore l’une de ces maisons anciennes dans lesquelles, visites et lectures aidant, j’ai chaque fois davantage l’impression d’avoir vécu aussi. D’innombrables histoires chinoises (par exemple « Le Dit de Tianyi », de François Cheng, l’un des plus beaux romans que je connaisse, écrit directement en français – mais tant d’autres aussi) se passent dans ces habitations où chaque membre d’une même famille tenait ses quartiers selon son statut et son rang : maître et maîtresse, les fils dans l’ordre de naissance avec leurs propres femmes et enfants, jeunes enfants, serviteurs, tous avaient un domicile assigné selon une hiérarchie très stricte. Les logements, plus ou moins vastes selon la richesse du maître, étaient séparés par des cours. On y vivait ainsi à la fois chacun chez soi et soumis ensemble à l’autorité d’un seul chef.

Dans la cuisine, Tianxin retrouve des souvenirs d’enfance et s’amuse à nous montrer comment il aidait sa mère en activant le feu à l’aide d’un grand soufflet. Devant lui, le tonneau où l’on gardait l’eau de pluie :

  Photo 24

Diverses très belles poteries sont laissées à la poussière. C’est qu’on n’est pas dans un musée, plutôt une maison fermée, pas tout à fait à l’abandon :

  

Une bouilloire suspendue à un crochet :

  Photo 27

Dans le bureau du maître, la bibliothèque où l’on empilait les livres les uns sur les autres, au lieu de les serrer debout comme en Occident :

  Photo 34

L’alcôve et l’armoire à glaces de la chambre :

  Photos 36,           37

Dans une grande salle trône le buste du maître :

  

Les lambris d’une autre sont recouverts de gravures représentant d’édifiantes scènes d’apprentissage de l’écriture :

  Photos 42,      43

Et il y a aussi quelque part une table magnifique :

  

Mais j’aime encore mieux m’approcher des fenêtres pour regarder les cours. Avec le temps, leurs murs, leurs toits sont devenus de véritables paysages :

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Et cet arbre, là, d’où vient-il ? Où sont ses racines ?

  

… de l’autre côté du mur !

  photo 56

Le gong de métal suspendu à une poutre résonnait pour annoncer les visites :

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Toutes ces poutres sont très belles, souvent sculptées, de même que les boiseries de la façade :

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Tianxin nous propose une dernière photo :

  

Dehors, la rivière boueuse reflète le ciel gris. Le passé, le présent, eux aussi ne font plus qu’un :

  Photo 62

Il s’est remis à pleuvoir. Au bout de la rue, on avait mis du linge à sécher. Tant pis. Il sèchera plus tard. Peut-être même demain :

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Poètes et paysans

Cai Tianxin, le poète-mathématicien grâce à qui je suis ici, m’avait invitée hier à déjeuner, en compagnie du professeur Le Lianzhen, la très jeune doyenne du Département des Langues étrangères, dans une petite ville pas très loin du campus où il voulait également me montrer une maison ancienne. Et nous voilà partis, devisant gaiement sous une pluie battante dans la fameuse petite voiture rouge de Tianxin, jusqu’à ce qu’une immense pancarte nous indique, en chinois et en anglais de cuisine (c’est le cas de le dire), la direction du « 2th Goat Stew Festival ». On tourne donc à droite, pour s’engager sur une route enjambée par une série de banderoles en chinois sur fond rouge qui semblent vouloir nous souhaiter la bienvenue jusqu’au bout du monde. Impossible, malheureusement, de prendre des photos : trop de pluie au dehors, de buée à l’intérieur.

A l’arrivée, on découvre des baraques multicolores en préfabriqué, mises bout à bout sur deux rangs pour former une sorte de grand’rue de village provisoire :

  Photos 2,
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Chacune de ces baraques abrite en fait une salle de restaurant, dont la fenêtre s’ouvre sur un billot où un cuisinier pas peu fier propose ses morceaux de chèvre découpés au hachoir :

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Un peu plus loin, un baquet où un autre cuisinier remue des choses. (J’espère que ce n’est pas Saint Nicolas !)

  Photos 4,      7
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En tout cas, ce n’est pas le moment de cracher dans la soupe : nous voilà installés à l’une des tables recouvertes d’une nappe à carreaux et d’un carré de plastique rouge qu’à la fin du repas une serveuse viendra prestement nouer aux quatre coins pour jeter le tout à la poubelle. Sur la table se trouve aussi un réchaud à alcool. En attendant qu’on vienne y poser la marmite que mes compagnons ont choisie, on nous apporte à chacun un petit bol, une paire de baguettes et une cuiller en porcelaine.

Qu’on soit poète, mathématicien, doyenne respectée ou invitée étrangère, l’arrivée du ragoût fumant nous met aux lèvres le même sourire vorace :

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Il s’agit effectivement d’un ragoût, ou plutôt d’une sorte de pot-au-feu, ou hochepot – on me traduit en anglais par « hotpot » le mot chinois « huo guo ». Fondue chinoise, peut-être : on part à la pêche, on attrape ce qu’on trouve avec les baguettes, on recouvre de bouillon avec la petite cuiller. Tout est excellent, même les lanières de tripes qui font un peu peur au début. Comme on ne dispose que d’un seul bol, ma foi, on y recrache aussi petits bout d’os et grands bouts de peau (à la table voisine, on crache carrément sur la table : qu’importe, puisqu’une fois le repas terminé, la serveuse repliera le tout dans le carré de plastique qui protège la nappe) :

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Notre réchaud s’est éteint, mais bien vite on vient nous le remplir de combustible, curieusement coloré en vert fluo :

  Photo 17

A la table là-bas, les convives se lèvent sans arrêt, le verre de vin rouge à la main, de plus en plus gaiement, pour faire « gan bei » - cul sec – en se portant mutuellement des toasts dans de grands éclats de rire, comme si tout le monde avait son anniversaire en même temps. Des paysans du Nord, me disent Tianxin et Lianzhen :

  Photos 14,      16

Comme nous sortons, deux des filles du Nord me rattrapent pour une photo-souvenir sans laquelle leur journée ne saurait être parfaite :

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Il ne pleut presque plus. On regagne la voiture. A suivre…